ALEXANDRIE
Enfin, me voici sur cette terre d'Orient que j'ai tant désiré voir; et c'est avec un intérêt absorbant que je parcours les rues de la grande ville égyyptienne.
Je dis égyptienne, mais elle est plutôt grecque ou gréco-romaine. Ou bien encore, pourrais-je dire, elle est égyptienne par le peuple, grecque par les
LE CENTURIGN
arts et les lettres, romaine par le #ouvernement politique et militaire. C'est aussi une émule de Rome en Mmagnificence, et elle a comme toutes nos grandes cités coloniales SON Pioconsul, son sénat, ses magistrats, ses grands dignitaires, de même qu'elle a ses thermes, ses temples, ses cirques et ses théâtres.
Elle rivalise avec Rome par Ja science et lJes écoles, et elle possède les plus riches bibliothèques en manuscrits. La plus considérable qui contenait 750,000 volumes a malheureusement été brûlée au temps de Jules César. Mais Antoine a quelque
donnant 200,000 manus-
Passer dans mon esprit toriques ; et nos grands ici un rôle aussi glorieux
ntoine, ont été s.Juits tour à rceleuse, et ce n'est Pas sans ges témoins de la mort
mour! Et que de ruines il est mis au service du
Le fondateur d'Alexandrie n’a pas assez résisté, lui non plus, à ses entrainements. Mais quel grand homme il fut! Je me demande si notre César l'a jamais égalé. Sa colossale ambition, qu'il ne put jamais satisfaire, fut la cause de. sa perte. En douze ans, il était devenu le maître du monde. Mais il voulait toujours agrandir son vaste empire, et ii n'avait pas encore pourvu au gouvernement des pays conquis lorsqu'il mourut à l’âge de 33 ans!
Le quartier égyptien d'Alexandrie est l’ancien village de Rakôtis, où l'on retrouve encore les restes déchus du peuple des Pharaons. Un vieux temple de Sérapis, en ruines, y domine les autres édifices.
La partie moderne est la ville des palais, au centre de laquelle s'élève le Bruchéion dont la belle colonnade est d'architecture grecque. Quelques milliers de palais, avec autant de bains et des centaines de théâtres, des temples aux dieux de la Grèce et de Rome, des monuments, des statues, des obélisques, des hippodromes, font d'Alexandrie une grande cité, entourée de murailles et de tours.
C'est une civilisation nouvelle qui a succédé à celle que représentaient jadis Héliopolis, Memphis et Thèbes, dont les ruines gigantesques étonnent. Ptolémée Philadelphe et ses successeurs, qui ont régné sur l'Egypte pendant trois siècles après Alexandre le Grand, ont été les pères de cette
Grèce africaine, et Rome continue aujourd'hui leur
œuvre, :
Il y a aussi un quartier juif considérable à
Alexandrie, et mOn ami Gamalie] nous a été fort
utile pour le visiter. Il est
Comme le Ghetto de Rome ;
breux prêteurs d'arg
les plus riches.
on des Septante.
plus grande vénération pour ‘ils croient même inspirée par -douze nt tratraductions se sont
Par miracle, :
Gamaliel nous a présenté un
Jérusalem. 1] y.est deve liel l'Ancien,
à Jérusalem pour s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans la rumeur que le Messie a fait son apparition en Galilée.
Il a décidé de voyager avec nous, et nous en sommes enchantés; car il sait tant de choses, et il en parle si bien.
Gamaliel et lui viendront avec nous, visiter Héliopolis et Memphis. Ce sont les meilleurs compagnons de voyage que nous puissions désirer.
: HELIOPOLIS
Nous avons remonté le Nil en barque jusqu’à Héliopolis. Le voyage a duré toute une grande journée. Il aurait été plus long si nous n'avions pas eu l’aide d'un grand vent du nord qui enflait notre voile. Nos dix rameurs étaient heureux de se reposer, ét de chanter des hymmes à Rà, le Dieu-Soleil :
«Hommage à toi, Rà, Momie qui se rajeunit et renaît perpétuellement, Hommage à toi, Rà, Qui lances des rayons de vie pour les êtres intelligents. Hommage à toi, quand tu circules au firmament, Les dieux qui t'accompagnent poussent des cris de joie, O bienfaisant, resplendissant, flamboyant !
Ceux qui jamais ne hâlent, Armés de longues rames,
Manœuvrent ta barque.
Le ciel est en allégresse,
La terre est en joie |
Pour rendre gloire à Räâ-Karmakhis, Lorsqu'ils le voient se lever dans sa barque...
Ces chants
ages, et Les palmiers
Contre les rayo J'avais bien Île du Soleil, Héliopolis. e des grandes capi-
n nébuleuse, m'a-t-i] répondu, et
en pleine décadence.
i u'à l'origine, ce peuple et que ce Dieu était le X nomes, ou Provinces, qui composaient Ge pays, lui donnaient des noms différents, et lui décernai ulte sous des formes diverses.
C'est ainsi qu'on l'appelait, dans certains nomes, Phtah, ou Rà, et dans d’autres provinces Hor, Atoum, Thot, Osiris, ete., etc. Ces Dieux prenaïient en même temps diverses formes, et se cachaient dans des Corps de bêtes, de sorte que le
culte était décerné au Scarabée de Phtah, à l'Ibis , de Thot, à l'Epervier d'Hor, au Chacal d'Anubis, au Bœuf d'Hapi, au Phénix, au Crocodile, au Serpent, etc., etc.
Mais il ne reste plus guère de croyants à toutes ces divinités dégradantes. ..
—Je comprends que toute cette mythologie grotesque, qui n'avait pas même, comme la nôtre, son côté poétique, soit tombée dans l'oubli. Mais ‘leur Dieu unique, le Soleil, subsiste; et voyez comme il est beau.
—C'est vrai, repartit Onkelos; et cependant il va lui-même disparaître bientôt.
À ce moment, en effet, le soleil allait se cacher derrière les montagnes de la Lybie, et ses derniers rayons doraient une forêt d'obélisques qui se levait lentement à notre gauche au-dessus d’une grande “plaine sablonneuse.
C'était la ville du Soleil.
Hélas! ce n’est plus qu’un amas-de décombres. Ses nombreux obélisques, dont chacun rappelle un temple détruit, sont seuls restés debout, avec une partie des fortifications.
La plus majestueuse de ses ruines est le grand temple du Soleil, qui faisait la gloire de la ville célèbre. Les murs en sont lézardés et croulants par endroits; mais la colonnade, l’architrave, et le pylone subsistent encore.
Les 365 statues qui l'ornaient, et qui ont été renversées et brisées il y a 30 ans, n’ont pas été
On courut au deh clysme de Ja na
ture, serein :
ans l’isole elle, toute jeune encore, Son portrait.
On raconte à leur et de choses merveill
La femme et son enfant
était très était tout
euses.
l'arrivée de cette famille il jaillit du sol une source abondante et limpide qui coule encore.
Après deux années de séjour dans leur tente de feuillage sous le vieux sycomore, qu'on m'a montré, l'étrange famille se remit en marche à travers le désert dans la direction du pays des Juifs, et n'est pas revenue dans la terre des Pharaons.
Vous qui êtes un savant, ai-je demandé à Onkelos, connaissiez-vous cette histoire ?
—Oui, j'ai entendu raconter cela, il y a plusieurs années ; et quelques Nazaréens rattachent ce fait à l'enfance de leur prophète. Ils prétendent se rappeler que sa famille a fait un séjour en Egypte il
y a environ 30 ans, et que c'est au moment du passage de cet enfant, qu'ils croient être le Messie, que les fausses divinités du temple du Soleil auraient été renversées. L'enfant avait un peu plus de 2 ans, quand sa famille revint du pays des Pharaons, et se fixa à Nazareth. Mais tout cela me paraît légendaire.