‹ Le cercle du Moyen-LogoneChapitre 11 sur 30 · VII. — Hydrographie · texte numérisé non relu

VII. — Hydrographie

En saison sèche, la vaste plaine dont nous avons parlé au début du chapitre précédent ne présente à la surface que de rares points d'eau. Aussi les villages ont-ils percé des puits pour atteindre la nappe d'eau souterraine qui est à une profondeur variant entre 5 et 25 mètres. L'eau de ces puits est blanchâtre et peu agréable à boire.

En saison des pluies, au contraire, le pays se transforme presque entièrement en un vaste marais. Le sol est couvert par une nappe d'eau de 10 à 40 centimètres de profondeur, qui ne semble couler dans aucun sens.

Seuls, les villages, bâtis sur de légères protubérances du sol, émergent de cet océan liquide.

Dès la saison sèche, cette eau s'évapore et l'argile qui constitue le sol se fendille, se crevasse profondément et largement, ce qui rend la marche à cheval difficile, parfois même dangereuse, comme nous l'avons constaté en pays Somraï.

Le terme employé par le commandant Lenfant pour désigner ces cuvettes desséchées ne nous semble pas très expressif et nous croyons qu'il serait préférable de substituer à « Terre cassée » l'expression « Terre crevassée ».

La branche mère du Logone a été reconnue près de ses sources par Flegel et Mizon. Ce dernier la désigne sous le nom de Bini ; il l'a traversée peu avant d'atteindre Ngaoundéré, à 1.000 mètres d'altitude.

La mission allemande dirigée par M. von Bauer la longea de Sora à Agala sur une vingtaine de kilomètres. Elle avait de 40 à 60 mètres de largeur, 2 mètres de profondeur et ne se trouvait plus qu'à 54 mètres environ.

C'est quelques kilomètres en aval que le capitaine Lœfler la coupa près de Ngomi, à un endroit où elle avait (au commencement de la saison des pluies) 80 mètres de large, 1™80 de profondeur et un courant rapide (en ce point, on l'appelle Ba). Aux basses eaux, elle est encombrée de rochers et devient guéable; mais pendant la majeure partie de l'année, elle est navigable pour des pirogues à partir de la frontière allemande.

Comme il a été dit plus haut, le sergent Dumons a remonté son cours inférieur du 6 au 23 janvier 4904 jusqu'à Gaogaï, qui se trouve par environ 8*^06' nord, à une centaine de kilomètres de Ngomi.

La reconnaissance fut faite avec une baleinière en acier qui passa facilement dans cette belle rivière dont la largeur mesure souvent 200 et 300 mètres entre berges. Celles-ci forment en général des falaises de 4 à 5 mètres de haut. De nombreux bancs de sable commençaient à apparaître, mais les roches étaient peu nombreuses.

Il est fort probable que de juillet à fm janvier on peut remonter en baleinière au moins jusqu'à Gaogaï et que pendant trois mois on pourrait

atteindre ce point en vapeur. Pendant cette même période, on pourrait sans doute aller jusqu'à la frontière allemande avec des baleinières.

C'est donc une fort belle voie fluviale, qui sera r es utile pour la mise en valeur du pays et qui acilitera singulièrement sa pénétration économique.

La branche orientale du Logone, qui a été remontée en baleinière jusqu'à Doba par le lieutenant Faure, s'appelle Bandoulé en Mbaï. Elle est moins importante que la branche occidentale et dans son cours inférieur elle mesure 100 mètres de largeur entre berges.

Elle paraît formée des rivières, qui descendent du pays de l'ancien chef Dé (6°30' nord) et du Lim, qui, à l'endroit où il a été traversé par le capitaine Lœfler, avait déjà r)0 mètres de large et 1 m. 10 de profondeur. D'après cet officier, la Mambéré (90 mètres de large et 1 m. 20 de profondeur), qui coule un peu plus au Nord, irait se jeter dans le Ba. Mais, comme durant son voyage vers Gaogaï, le sergent Dumons n'a point relevé son embouchure, nous nous demandons si la Mambéré ne va pas plutôt rejoindre le Logone oriental. D'où viendrait en effet l'eau qui semble aller au Bahr- Sara par la dépression dont nous parlerons plus loin ? Aux haute-s eaux, le débit du Lim et des rivières venant du pays de Dé est-il suffisant pour alimenter à la fois la rivière qui passe à Lacinia et le bras qui paraît rejoindre le Babo près de Békessè ? Nous ne le croyons pas.

En août, en effet, le lieutenant Faure a découvert à trois quarts d'heure en amont de Doba un bras qui coule vers le Nord-Est.

Deux hypothèses se présentent : ou bien ce bras va remplir une dépression, qui se transforme en lac temporaire et plus tard se déverse dans le Logone, ou bien c'est un bras temporaire qui va rejoindre le Bahr-Sara.

Cette seconde hypothèse paraît être la plus vraisemblable. D'ailleurs, le lieutenant Faure et l'administrateur Bruel ont traversé et longé deux dépressions : le Som et le Nion, orientés 0. S. O.-E. N. E. qui vont se réunir un peu avant Bikoumbo, et rejoignent ensuite le Babo du capitaine Lœfler.

Aux points oii ils ont franchi le Som et le Nion, les altitudes sont 404 et 405 mètres, alors que le Bahr-Nahm est par environ 386 mètres. Il s'ensuit donc que, si la communication existe, Teau coule du Logone dans le Bahr-Sara, c'est-à-dire à l'inverse de ce qui avait été supposé par Maistre et le capitaine Lœfler.

Gomme nous l'avons dit plus haut (chapitre Reconnaissances)^ les renseignements indigènes sont concordants ; tous affirment qu'en saison des pluies il est possible d'aller en pirogue du Logone au Bahr-Sara, mais, jusqu'ici, nous n'avons pu le vérifier.

Néanmoins, surtout si l'on rapproche de ces renseignements les connaissances que nous avons des phénomènes que présente le Toubouri, on peut admettre qu'il s'établit une communication, au moins les années de grande crue, entre le Logone oriental et le Bahr-Sara par les dépressions signalées plus haut.

Il y aurait donc une grande analogie entre ce bras mort du Som-Babo et le Bahr-el-Azreg, qui coule à l'ouest de Fort-Archambault et qui, en saison des pluies, est une branche du delta du Bahr-Sara.

La dépression que le capitaine Lœfler appelle Babo porte, s'il faut en croire les renseignements que nous avons obtenus, les noms les plus divers : Bokoun, Béti, Miré, Kabrè, Bahr-Nahm, Mandoul, mais ne serait jamais désigné par le mot Babo, qui est le nom que les Saras donnent au Bahr- Sara. Nous avons néanmoins conservé cette appellation, parce que, depuis le voyage du capi-

taine Lœfler, elle a été employée couramment par les géographes.

C'est un cours d'eau fort curieux. Le capitaine Lœfler dit en effet : « Au village Yengué de Bibouna, nous trouvons quelques habitants qui veulent bien nous conduire vers la plaine défoncée du Babo. Nous marchons sur leurs traces et pendant plusieurs heures la colonne tout entière échelonnée sur une distance de 2 kilomètres, se meut péniblement dans la vase, au milieu de nombreuses dérivations, parmi le fouillis des herbes et des plantes aquatiques. Au bout du marais, nous trouvons la rivière qui coule librement sur une largeur de 25 mètres et 1 m. 30 de profondeur. Nous n'avons qu'à la franchir pour reconquérir la terre ferme. »

<( Le Babo qui, en cet endroit, doit, aux hautes eaux, déborder en suivant une immense nappe de plusieurs kilomètres de largeur, est orienté S.O.-N.O.))

Or, le 25 juin J 903, Fadministrateur Bruel l'atteignait à 6 kilomètres au sud de Bangoul et notait ceci : « La dernière heure, on marche dans des parties inondées probablement aux hautes eaux, car elles sont découpées en damier fort irrégulier par des digues plus ou moins importantes et qui sont faites, croyons-nous, pour prendre du poisson. Le sol est d'ailleurs humide. Est-ce la pluie de cette nuit ?

« Pas trace de lit, la pente est très douce, presque insensible. A l'endroit où, d'après les indigènes, les pirogues passent en saison des pluies, pas une goutte d'eau, seulement de l'herbe. Pas trace de mare, comme dans le Ba-lli.

(( C'est excessivement curieux. Comment le capitaine Lœfler a-t-il pu traverser en mars à Bibouna, qui est à une étape d'ici, en amont, une rivière de 25 mètres, de 1 m. 30 de profondeur, coulant librement, alors que les indigènes affir-

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ment qu'ici à cette époque il n'y a pas d'eau. Que devient l'eau vue par le capitaine Lœfler à Bibouna ?

« D'après les gens de Bangoul,il n'y aurait d'eau dans la dépression oii je suis qu'à partir de fin juillet et ensuite durant quatre mois environ. Au moment des grandes eaux la rivière ne serait pas guéable, il faudrait traverser en pirogue. Une termitière surmontée d'un arbre et de deux ou trois palmiers se trouve, affirment les indigènes, en plein thalweg. Je cherche à voir la trace de l'eau sur les troncs, je ne la trouve pas. Cependant les Mbaïs certifient que l'eau atteint le haut des palmiers, ce qui donnerait 5 mètres d'eau à l'endroit le plus profond. Mais alors quelle masse d'eau passerait là, car la rivière, si l'eau montait à ce niveau, aurait au moins 3 ou 4 kilomètres de large !

u A mon avis, l'eau ne doit pas dépasser le sommet de la termitière (si elle l'atteint même), ce qui donnerait comme profondeur maxima, à l'endroit où je suis, 1 m. BO à 1 m. 60. »

A hauteur de Daï et de l'embouchure, il y a de l'eau en mars, en avril et en juin, donc toute l'année. Mais, durant ces trois mois, il est impossible de remonter en pirogue du Bahr-Sara jusqu'à hauteur de Daï, à cause des seuils de sable sur lesquels il y a souvent 5 ou 10 centimètres d'eau. Pendant cette période, le courant est très faible ou même nul.

D'après un renseignement qui nous a été donné à Goundi par un Baghirmien, le Babo se partagerait à Koko en deux bras, l'un allant déboucher près de Balmane dans le Bahr-Sara (c'est celai dont nous venons de parler), alors que l'autre formerait le Ba-Palem ou Ba-lli.

A 4 kilomètres au nord de Koko, MM. Faure et Bruel ont bien trouvé une dépression large de 500 mètres environ, orientée S.E.-N.O., sans

berge nette et qui était sans eau en mai et juin. Il faut ajouter qu'à Péni les Saras dirent à l'administrateur Bruel qu'elle s'appelait Ba-Ili, mais qu'elle coulait vers le Babo, dont elle ne serait qu'un affluent, ce qui paraît assez vraisemblable d'après l'aspect général du pays. La ligne de collines, qui court sensiblement Est-Ouest depuis le Bahr-Sara jusqu'à Gabolo où elle atteint 461 mètres d'altitude, ne se prolonge-t-elle pas vers l'Ouest sans coupure, pour rejoindre les collines qui sont au sud de Kariatou ?

Il n'y a pas cependant impossibilité absolue à ce que les eaux de cette dépression coulent vers Palem, car le Ba-Palem, au point où on le franchit près de cette ville, est à 381 mètres d'altitude, alors que la dépression de Koko est à 386 mètres.

Il faut noter d'ailleurs que, contrairement à ce qui avait été dit à Tadministrateur Bruel, les indigènes ont affirmé au lieutenant Faure que les eaux de cette dépression coulaient vers le Nord- Ouest.

Là encore le problème n'a pu être élucidé, et c'est l'avenir qui apprendra quelle est la vérité.

Le Ba-Palem, à hauteur de la ville de ce nom, est une dépression large d'un kilomètre. Elle était complètement à sec le 19 juin et le 14 août 1903. Le 13 septembre 1903, il n'y avait encore que 2o centimètres d'eau (renseignement fourni par un courrier sénégalais). En novembre 1900, lors du passage du lieutenant Faure, il y avait 1 m. 30 d'eau sur 60 mètres de large, puis de part et d'autre de ce thalweg une zone de 200 mètres environ avec 60 à 80 centimètres d'eau et ensuite une zone d'inondation de même largeur avec quelques centimètres d'eau seulement. Le courant était très faible, mais sensible cependant.

D'après les indigènes, l'eau disparaîtrait dans les premiers jours de décembre.

A Gourgara-Primouta, le Ba-Ili (rivière noire en baghirmien), que les Ndamms appellent Koindigré, a un lit de 40 mètres de large environ, très net, avec des berges à pente assez douce de 3 mètres de relief, alors qu'à Palem les berges sont à peine sensibles à l'œil et ne sont indiquées que par le changement de végétation. De part et d autre de ce lit, on voit à Gourgara une zone d'inondation de 80 à 100 mètres de large.

Phot. Bruel

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