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IX. — Animaux sauvages et domestiques

Les éléphants paraissent assez rares dans le nord du cercle, mais on en trouve en abondance dans le sud, notamment dans le groupe de collines situées entre Kariatou et le Logone. Le maréchal des logis Lahure en signale également de gros troupeaux entre Pallaet Ayamba.

Beaucoup d'indigènes ne les chassent pas.

Les hippopotames abondent dans le Logone, dans les mares qui l'avoisinent et dans ses affluents : ils forment souvent des troupeaux de

plusieurs dizaines de bêtes. Les riverains les chassent au trident, maisles tuent difficilement.

On voit quelques rhinocéros le long des rivières. Les caïmans paraissent moins nombreux que dans le Ghari. Quant aux antilopes, on en trouve partout, dès qu'il y a de Teau. Elles forment des bardes fort nombreuses. Il y en a de beaucoup d'espèces.

Plusieurs fois les lions sont venus attaquer le troupeau de bœufs que nous avions à Laï et qui, la nuit, était enfermé dans une zériba. Chaque fois ils ont provoqué des paniques, les bœufs affolés se sont sauvés dans la campagne et les lions ont réussi à en tuer ou à en blesser plusieurs.

Les hyènes, qui sont fort nombreuses, sont de grande taille, et lorsque Foccasion se présente, elles n'hésitent pas à attaquer sinon l'homme, au moins des enfants endormis. Ainsi, dans la nuit du 7 au 8 août 1903, un enfant de 8 à 9 ans a été enlevé, durant son sommeil, dans une case voisine de notre camp et mangé. C'est à peine si l'on entendit un léger gémissement. Le matin, nous étions tous persuadés que c'était un lion ou une panthère qui l'avait dévoré. Mais les gens de Laï nous affirmèrent que c'était bien une hyène quil'avaitemporté. Quelques jours après, ils eurentdeux des leurs enlevés de la même manière ; l'un d'entre eux était un des fils du chef Temar.

Naturellement, sur toutes les rivières ou les mares, on voit beaucoup d'oiseaux d'eau : aigrettes, marabouts, grues couronnées, hérons, canards, sarcelles, oies sauvages, outardes, etc.

Dans la brousse qui avoisine les villages, on trouve de nombreuses bandes de pintades qui vivent aux dépens des plantations, au moins en grande partie.

Les autruches, signalées parle capitaine Lofler, paraissent former des troupeaux importants au nord de 9^ 20' iNord. Le 8 août 1903, un de nos

chasseurs en a vu près de Mébégué et, peu après, un troupeau s'est approché de Laï à une assez faible distance pour que le lieutenant Faure et le sergent Dumons aient pu tirer lés autruches de leurs cases, oii ils s'étaient cachés.

Malheureusement les indigènes ne savent pas les élever. Ce sera à nous de le leur apprendre.

Les termites sont plus rares que dans le reste du Ghari.

Souvent des vols énormes de sauterelles viennent ravager le pays et dévorer les plantations. Nous avons signalé ailleurs qu'en automne 1902 elles avaient dévasté tout le pays au nord de Laï.

Les indigènes élèvent tons des chèvres et des poules, ceux de l'Ouest ont aussi des moutons; mais leur vraie richesse est constituée par les chevaux et les bœufs qu'ils possèdent.

Dans tous les villages de la plaine on trouve beaucoup de chevaux. Il n'est pas rare d'en compter dans un même village jusqu'à 20, 30, 50, parfois même 100. Maistre dit avoir vu, le 25 novembre 1892, au moins un millier de cavaliers de Laï attaquer un village voisin. Lorsque le lieutenant Kiefîer quitta Laï le 14 décembre 1900, il fut accompagné par une foule de cavaliers que le lieutenant Faure évalue à 12 ou 1.500. 11 est probable que des villages voisins de Laï on était venu voir les Blancs.

En 1903, le sultan Gaourang a reçu, d'après ses propres déclarations, 1.100 chevaux pris dans le Moyen-Logone par les razzias dirigées par le Fatcha et le Barma.

Ces chevaux de plaine sont de petite taille (1 m. 20 à 1 m. 25), mais sont cependant vigoureux et très résistants. Ce sont ces chevaux que nous avons l'habitude d'appeler chevaux Saras, et cela peut-être à tort puisqu'ils paraissent moins nombreux chez les Saras que chez les Mbaïset les Massas.

Sur les contreforts du plateau de l'Adamaoua, dans toute la région de l'Ouest où l'altitude atteint 450 mètres et dans la zone de Binndéré- Foulbé, on trouve de grands chevaux (beaucoup ont 1 m. 60 au garrot) de race bornouane ou fellata, qui valent le double ou le triple des chevaux saras. Ils sont cependant moins résistants que ces derniers et vivent difficilement dans les plaines. Ils paraissent moins nombreux que les chevaux de la petite race. Cependant le commandant Lenfant estime que Bokary, le lamido (chef) de Binndéré-Foulbé, peut disposer de 2.000 chevaux.

Les Fellatas de l'Adamaoua et ceux de Binndéré- Foulbé tiennent beaucoup à leurs chevaux.

Nous croyons pouvoir estimer à 10 ou 15.000 le nombre des chevaux, qui se trouvent dans le Moyen-Logone, et ce chiffre nous paraît être un chiffre minimum.

Il sera donc facile de percevoir annuellement, à titre d'impôt, de 3 à 500 chevaux.

Nous devons dired'ailleursque, durant les treize premiers mois d'occupation, nous avons perçu, à titre d'impôt ou d'amende, 375 chevaux de race Sara et nous avons pris aux Fellatas à Bipia 70 grands chevaux.

Lorsque nous occuperons le pays en entier avec un personnel suffisant, ce qui nous permettra de bien établir notre autorité, il sera facile de se faire payer comme impôt les 500 chevaux dont nous avons parlé il y a un instant, et cela sans appauvrir aucunement le pays.

Mais naturellement il faudra s'occuper d'encourager l'élevage, de sélectionner les reproducteurs, de faire venir des étalons des pays voisins, si cela est nécessaire, etc. Il y aura lieu aussi de songer à améliorer la nourriture de ces animaux en introduisant des fourrages artificiels appropriés au pays (herbe du Para, par exemple) et en

leur donnant du sel. A l'heure actuelle, bien peu de chevaux en reçoivent une ration, car c'est une marchandise rare et chère. Le natron lui-même n'entre pas dans la ration journalière que donnent les indigènes. Elle se compose, en général, d'herbe verte, parfois de fanes d'arachide et bien rarement de mil.

Avec les animaux que nous exporterons du Moyen-Logone, nous pourrons d'abord repeupler peu à peu en chevaux les bords du Ghari et ramener ainsi le pays à Fétat dans lequel il était avant l'invasion de Rabah. Nous devrons tenter ensuite d'introduire les chevaux chez les indigènes du Haut-Ghari. Gela ne sera peut-êbe pas très facile, mais c'est possible, car le cheval peut vivre dans le Haut-Ghari lorsqu'on prend quelques précautions et lorsqu'on l'entoure des soins nécessaires. Nous devons d'ailleurs espérer que la science trouvera d'ici peu, si ce n'est déjà fait, un remède permettant de lutter contre les piqûres de la tsetsé.

Il faut noter ici qu'un travail lent, mais certain, est en train de se faire dans l'esprit des indigènes du Haut-Ghari, qui commencent à être frappés des résultats obtenus à la Mission de la Sainte- Famille des Banziris.

Gomme nous pourrons introduire aussi le bétail (nous montrerons plus loin que c'est possible), nous transformerons complètement les conditions économiques du Haut-Ghari, en résolvant ainsi à la fois la question des transports et celle de l'alimentation. Mais il ne faut pas oublier que de tels résultats ne s'improvisent pas et ne s'obtiennent pas par une simple décision administrative, mais bien au prix de beaucoup de méthode et de patience.

Le bétail paraît tout à fait inconnu au sud du 9e (jegré. Avant les razzias ouaddaïennes, baghirmiennes et Finvasion de Rabah, les Niellims, les

Ndamms, les Somraïs avaient, si l'on en croit leurs propres déclarations, de grands troupeaux de bœufs. Mais, à l'heure actuelle, ils n'ont plus une seule bête à corne. Nous devons donc faire le nécessaire pour leur permettre de reconstituer leurs troupeaux.

Sur la rive gauche du Logone, dans presque toute la région au nord de 9° 30', on trouve des bœufs et parfois en assez grande quantité, comme autour de Binder, de Lamé, de Léré, etc. L'adjudant Tixier dit que nulle part au Soudan il n'a vu d'aussi grands et d'aussi beaux troupeaux. Lu maréchal des logis Lahure a trouvé les derniers bœufs à Loroba, entre Lamé et Palla.

Le long de la frontière allemande, au sud de 8*^30' on doit aussi trouver du bétail, car on est sur des plateaux oii il vit bien et le pays a été plus ou moins soumis aux Fellatas de l'Adamaoua, qui sont de grands pasteurs.

En treize mois d'occupation, le capitaine Faure a perçu à titre d'impôt 380 bœufs. Nous ne comptons pas dans ce chiffre 69 têtes laissées en dépôt à Léré, Gourmi et Tikem et qui depuis ont dû être conduites à Laï.

Aussi, dès la première année, nous avons pu remettre à Gaourang 200 chevaux et 200 bœufs, ce qui représente le double du fermage annuel (en bétail et en chevaux) que nous lui devons pour l'administration des territoires baghirmiens de la rive gauche du Logone.

Ainsi, on trouve en abondance, semble-t-il, dans le Moyen-Logone, deux éléments importants de richesse : des chevaux et du bétail, et ces deux éléments manquent totalement au Congo proprement dit. Lorsque les communications auront été établies avec la Sangha, il sera sans doute possible de faire un commerce important avec les sociétés concessionnaires, qui ont besoin de viande pour nourrir leur personnel, de montures pour

leurs agents et d'animaux de transport pour relier les factoreries créées à l'intérieur des terres à celles qui sont sur des cours d'eau navigable.

On a donc au Moyen-Logone des richesses complémentaires de celles du Congo. Il est donc fatal qu'un courant commercial s'établisse; à nous de le susciter et de le développer.

Les ânes vivent bien au nord du 9® degré, mais il ne paraît pas en être de même au sud. Tous les essais faits pour chercher à les introduire dans le Haut-Ghari ont échoué piteusement. Cependant nous devons dire que la mission de la Sainte- Famille des Banziris en a quelques-uns qui se portent bien.

Il n'y a que les musulmans qui emploient les ânes, les fétichistes du Moyen-Logone n'en ont aucun.

Pour de petites courses, les marchands baghirmiens ou haoussas les chargent jusqu'à 100 et HO kilos, presque autant qu'un bœuf porteur.

Ce sont donc des animaux précieux, qui pourraient être très utiles pour transporter le mil d'impôt.

En utilisant les voies d'eau et des ânes, on pourra assez facilement décharger les populations de la lourde corvée du portage du mil d'impôt et elles nous en seraient très reconnaissantes, car on veut bien nous payer tout le mil que nous demandons ; les difficultés commencent quand on veut le faire transporter dans nos postes.

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