FEMMES DE LAI DEFRICHANT
Comme les indigènes fument, le tabac est dans tous les villages Tobjet de soins particuliers. On sème aussi autour des cases de nombreuses espèces de courges dont les larges feuilles grimpent jusque sur les toitures.
Le sésame ne se récolte qu'en petite quantité.
Commepartout en Afrique tropicale, dès les premières tornades, on commence à travailler la terre.
Durant la saison sèche, on a brûlé une première
fois les herbes dans tout le pays, pour pouvoir chasser et pour circuler plus facilement. Voici comment on défriche les terres que l'on veut cultiver : on coupe les arbustes sans les arracher le plus souvent, surtout s'ils sont un peu gros, puis on pioche la terre pour enlever les racines des herbes et on les brûle en même temps que les branches et les troncs d'arbre coupés.
En certaines régions, on relève la terre en longs billons parallèles, comme dans la région de Laï ou en pays Sara et Mbaï. Dans d'autres, comme en pays Somraï et Gaberi, chaque champ forme un vaste damier et l'on relève la terre de chaque carré pour former une pyramide tronquée, haute de 40 à 50 centimètres et de 1 m. 50 de côté environ.
Ces façons de cultiver, qui sont très différentes de celles usitées dans le Haut-Chari, paraissent tenir à la nécessité qu'il y a de protéger les racines contre l'inondation qui couvre presque entièrement le pays au fort de la saison des pluies.
Les instruments avec lesquels on travaille la terre varient avec les tribus. Voici les principaux types remarqués :
Chez les Çomraï, ^i§«î
c'est une pioche,
formée d'une branche d'arbre, qui sert de poignée et d'une partie du tronc d'arbre, dans laquelle est fixé le fer. Ce dernier, en forme d'anneau plat, large de 3 à 4 centimètres et de 20 à 25 centimètr>es de diamètre, porte d'un côté une espèce d'éperon, qui sert à la fixer au corps de la pioche (fig. 1).
Chez les Massas de Laï, la portion de tronc d'arbre, dans laquelle est emmanché le fer, qui est petit et plein, a 50 à 60 centimètres de lon^ et est assez grosse, si bien que cela forme comme un petit socle de charrue à main avec lequel on relève facilement la terre pour former le billon.
Pour se servir de ces deux sortes de pioches, on se courbe en deux. Nous n'avons d'ailleurs vu nulle part au Congo de pioche à manche long, comme celles dont on se sert en France.
Chez les Toummaks, on emploie un instrument qui ressemble beaucoup à celui des Saras, mais le manche est coudé deux fois, au lieu d'être droit. (Voir figures 2 et 3.)
On travaille à genoux et on brise la terre à la main.
C'est un instrument très pratique pour sarcler, mais il l'est beaucoup moins pour défricher, car on ne peut remuer la terre profondément faute de point d'appui. C'est un outil pour terres légères.
Il est à noter que chez les Toummaks on n'élève plus ni billon ni butte, comme chez les Massas ou les Somraïs. C'est sans doute parce que l'on se trouve dans un pays légèrement vallonné, où, par suite, l'eau ne forme jamais de grandes nappes, puisqu'elle peut s'écouler.
Lors de notre occupation du Moyen-Logone, par suite des razzias et des sauterelles, il n'y avait pas un grain de mil, ni à Laï,ni dans les villages massas, riverains du Logone : aussi fûmes-nous obligés d'en envoyer chercher, pour la nourriture de notre personnel, dans les villages situés loin du fleuve. Une partie de ce mil fut distribuée aux habitants pour ensemencer leurs champs, mais au lieu de le mettre en terre, ils s'empressèrent de le manger, tant ils avaient faim. Il fallut à la fin faire semer le mil devant nous.
Trois fois de suite le lieutenant Faure donna du mil de semence aux gens d'Ere, trois fois ils le mangèrent. La quatrième fois, on dut envoyer une patrouille qui le fit mettre en terre en sa présence.
Voilà qui montre bien d'une part combien la famine était grande dans le pays, et de l'autre combien ces populations sont peu prévoyantes.