UN COIN DE LAÏ EN RUINES
ment, leurs embarcations étant plus petites que celles de ces derniers, leurs antennes n'ont
que 6 à 7 mètres de long au lieu d'en avoir 15 ou 16.
Dès qu'un banc de poisson est signalé, toute les pirogues du village vont se placer en ordre de bataille pour barrer presque tout le fleuve, et au commandement d'un amiral tous les filets se lèvent ou s'abaissent. Une ou Jeux pirogues rabattent le poisson sur les pécheurs, en frappant en cadence le bordage avec de« morceaux de bois, ce qui fait un bruit de tam-tam fort étrange, surtout la nuit.
Jusqu'au 10' degré, les Massas ne font en général que de petites plantations de mil, mais au nord de ce parallèle ils ont des champs immenses. Ceux qui habitent Fintérieur de la rive gauche sont aussi de grands agriculteurs ; ils échangent leurs produits contre le poisson que leur vendent les pécheurs.
Les Massas habitent de grosses agglomérations, qui forment de vraies villes. Les plus importantes sont en territoires français : Laï, Djimane, Kim, Nang, Tchoa, Noung, Tiéré, Banne.
Laï était encore en 1900, lorsque les lieutenants Faureet Kieffer font visité, une fortgrande ville oii ils ont compté plus de 7.000 cases.
La ville, bâtie sur la rive droite du Logone, couronne une falaise, qui domine le fleuve de 8 à 10 mètres aux basses eaux. Elle se développe sur 2. km. 500 et a une centaine de mètres de largeur en moyenne. Autrefois des faubourgs s'éloignaient jusqu'à 3 ou 400 mètres de la rive. Actuellement il n'en reste plus qu'un ou deux petits.
Toutes les cases sont agglomérées et séparées seulement par des ruelles étroites et tortueuses.
Lors de notre installation en 1903, Laï présentait un aspect lamentable. Le lieutenant Faure, qui l'avait vue trois ans avant, ne pouvait en croire ses yeux. Plus des trois quarts des cases
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étaient en ruines, n'avaient plus de toitures et étaient inhabitées. Des quartiers entiers étaient abandonnés. Tout respirait la misère. Plus une poule, plus un cabri, plus un mouton. On voyait à peine 150 à 200 chevaux.
La population, bien que peu nombreuse, était squelettique et mourait de faim. Chaque jour il y avait des enterrements.
Partout, jusqu'au 10® degré, le pays était dans le même état. Voilà comment deux ans de razzias suffisent à ruiner presque définitivement une région.
Heureusement nous sommes venus ramener le calme dans ce pays troublé, nous avons sauvé de la mort bien des gens, grâce au mil que nous avons distribué et à la viande d'hippopotame qui a servi à payer les travailleurs que nous avons employés pour construire le poste, pour le niveler, etc. On donnait matin et soir environ 500 grammes de viande à tout travailleur, quel que fût son âge ou son sexe : aussi les volontaires ne manquaient pas.
Actuellement la confiance et la prospérité sont revenus, les cases se reconstruisent et les troupeaux de cabris et de poules se reconstituent. Les gens ont engraissé et respirent la santé.
Les constructions massas sont fort curieuses. Les cases sont en pisé peu épais (5 à 6 centimètres) . Elles sont rondes et ont 2 m. 50 à 3 mètres de diamètre. La murette a 1 m. 20 à 1 m. 50 de haut. La toiture est en paille et de forme presque hémisphérique.
Voici comment on les fabrique : On tresse sur le sol, à plat, en partant du centre, une natte ronde. Lorsqu'elle atteint un diamètre suffisant^ on en relève les bords et on passe autour une corde de paille que l'on fixe. (C'est d'ailleurs le procédé employé partout au nord du 8® de latitude pour faire les paniers.) On a ainsi une gi-
gantesque corbeille que l'onretourne sur un poteau de 2 mètres de haut. On donne alors à la natte la forme d'un dôme, dont on assure la rigidité au moyen de trois ou quatre cordes circulaires que l'on fixe comme la première. On applique ensuite sur cette carcasse un ou deux secco (nattes plates), que l'on enroule autour du dôme et que l'on coud à celui-ci. Enfin on recouvre le tout avec une série de petites bottes de paille de 4 à S centimètres de diamètre, qui sont enfilées dans . une corde que Ton enroule en hélice. On obtient ainsi une toiture solide, complètement imperméable, mais lourde.
Il est à noter que partout, au nord du 8^ degré de latitude, les toitures sont entièrement en paille et ne reposent sur aucune ossature en bois. Gela tient sans doute à ce qu'il est difficile de trouver des baguettes ou des perches droites d'une certaine longueur.
En général, les cases sont accolées au nombre de deux ou de trois, les murailles se touchant et les portes ouvrant toutes d'un même côté sur la cour. Naturellement elles sont orientées du côté opposé à la direction ordinaire des tornades.
Les greniers à mil sont en pisé et ont la forme de grosses bouteilles. Ils ont 1 m. 80 à 2 mètres de diamètre et 3 mètres à' 3 m. 50 de haut. Ils reposent sur un lit de gros blocs de limonite pour être à l'abri des rats et des termites. Le goulot de la bouteille à 40 centimètres de haut et 70 à 80 centimètres de diamètre. C'est la seule ouverture du grenier et, pour entrer, sortir le mil ou le remuer, un homme s'y laisse glisser.
Un bonnet de paille se place sur le goulot pour empêcher la pluie de mouiller le grain et une sorte de collerette de paille tressée protège toute la partie conique de la bouteille.
Chaque famille possède à côté de ses cases un ou deux greniers et le tout est enclos d'une grosse
natte de paille de mil [secco) qui isole des voisins. Au milieu de la cour ainsi formée se trouve le foyer formé de trois gros blocs de limonite. C'est aussi là que l'on fabrique \e pipi (bière de mil) dansdegrandesjarresde20 à 40 litres. Les Massas, comme tous leurs voisins d'ailleurs, sont d'excellents potiers.
Phot. Bruel.