Voie Bénoué-ToTibouri-Logone
Francé-Léré ou Tréné 450 fr.
Léré-Ompi 108 » ( 6 myriamètres
Ompi-Déro 50 » (10 —
Déro-Eré 54 » (3
Eré-Fort-Lamy 65 » (35
Fort-Lamy-Fort-de-Cointet,. . . 64 » (20
Fort-de-Cointet-Fort-Bretonnet . 88 » (26 Fort - Bretonnet -Fort - Archam-
bault 116 )> (33
Total 985 fr.
45 fr.
45 fr.
Il est à noter que les tarifs appliqués dans les bassins du Congo et du Chari ne sont pas les mêmes, puisque pour 10 myriamètres on paye dans le premier cas 50 francs et dans l'autre 32 fr. Il est probable qu'on les unifiera en augmentant les seconds, ce qui est rationnel, puisque le Chari est un bassin fermé oii on a de grosses diffieultés à amener des embarcations métalliques dont il faut porter les pièces à dos d'homme, pendant qu'il est beaucoup plus facile d'en faire parvenir de semblables en amont des rapides de Bangiii.
Aussi, nous estimons que la tonne reviendra en réalité, à Fort-iVrchambault, à 1.100 francs lorsqu'on lui fera suivre la voie de la Bénoué.
Mais, dans ce calcul, nous avons admis que l'on pourrait utiliser le Toubouri et le Sienlé, pour faire des transports par eau (l'avantage qu'il y a à chercher à employer le Sienlé est qu'à la fois on utiliserait plus longtemps la voie d'eau et que d'un autre côté tous les transports par terre se feraient en territoire français, tandis que, si l'on remonte le Toubouri jusqu'à Domo, il faut faire du portage en pays allemand, de DomoàDioikoidi, ce qui nécessiterait des arrangements spéciaux).
Or, si l'on s*en rapporte aux constatations faites par MM. d'Adhémar et Audoin, il ne paraît pas certain que l'on puisse utiliser le Toubouri et le Sienlé. Aussi faut-il prévoir le cas oii le capitaine Faure, qui est en train de continuer les études faites en 1905 et 1904, tout en faisant un essai pratique (il est chargé de faire passer par là un convoi de 42 tonnes de ravitaillement), constaterait que les années de pluie moyenne on ne peut naviguer sur le Toubouri et le Sienlé avec des embarcations calant 60 centimètres en charge. Il faudrait alors faire des transports par terre directement de Léré ou de Tréné à Ere en utilisant les chevaux et les bœufs, qui se trouvent dans la
région. La route aurait ainsi 20 myriamètres et le transport d'une tonne coûterait sur ce secteur 360 francs, au lieu des 212 francs prévus pour la voie Ompi-Déro-Eré.
Dans ce cas, la tonne reviendrait àFort-Archambault à 1.250 francs, c'est-à-dire sensiblement au même prix que la tonne remontant par FOubangui, lorsqu'elle profite du tarif minima sur le chemin de fer de Matadi.
Ces chiffres montrent avec éloquence quel intérêt nous avons (actuellement) à utiliser la voie de la Bénoué, que les négociateurs du traité du 4 février 1894 ont tenu à nous réserver. Elle nous procurera à la fois une économie d'argent et de temps. Or, on sait quelle est l'importance de ces deux facteurs dans toute entreprise commerciale ou de colonisation.
On peut admettre, en effet, qu'une tonne de marchandise venant de France met au minimum 110 jours pour atteindre Fort-Lamy en prenant la voie du Congo et 75 à 80 seulement en remontant la Bénoué.
On voit de suite l'intérêt que nous avons à établir nos communications postales par cette route entre la France et Fort-Lamy. Dernièrement, d'ailleurs les Allemands ont ouvert un bureau postal international àKousseri.
Les seuls reproches que l'on puisse faire à cette route sont d'un côté qu'elle traverse deux territoires étrangers, ce qui peut présenter quelques inconvénients, bien que la liberté de transit nous soit garantie par l'Acte général de Berlin et la convention du 4 février 1894, et, de l'autre, que ce sont des compagnies étrangères qui bénéficieront du mouvement commercial que nous créerons.
Il est facile de répondre que, tant que le chemin de fer du Congo français ne sera pas construit et ouvert, nous resterons tributaires d'une voie
étrangère, le chemin de fer de Matadi, pour l'exploitation de tout le Congo intérieur.
Ne peut-on pas espérer aussi qu'un jour ou l'autre une compagnie française s'installera dans la Bénoué pour y exécuter nos transports ou que tout au moins une compagnie internationale se constituera pour utiliser la voie Bénoué- Toubouri-Logone, dont les x\nglais et les Allemands ont besoin pour pénétrer dans le Bornou?
L'utilisation de la Bénoué, préconisée par Mizon et Lœfler, et sur laquelle le commandant Lenfant a attiré l'attention du grand public, est donc nécessaire actuellement et constitue un progrès notable, qui permettra de donner un premier essor au commerce du bassin du Bas- Ghari.
Mais il ne faut se faire aucune illusion : si l'on ne fait pas de Ompi au Logone un canal sur lequel on pourra naviguer toute l'année, en même temps qu'un chemin de fer de Tréné à Ompi, on n'aura qu'une solution provisoire.
Encore, même dans ce cas, et en escomptant les réductions de tarifs qui se produiront fatalement dans l'avenir, il est difficile d'admettre que le prix de transport d'une tonne de France au Baghirmi puisse descendre au-dessous de 400 fr. Gomment, avec un tel tarif, songer à exporter des matières encombrantes et de valeur moyenne, comme le coton?
Le problème ne sera résolu que lorsque le Transsaharien permettra de faire des transports de Zinder à la Méditerranée aux tarifs qu'indique M. Leroy-Beaulieu, 70 à 80 francs la tonne pour les marchandises ordinaires, et 50 à 45 francs pour les marchandises de faible valeur. On pourra alors, au moyen du Transsaharien prolongé jusqu'au Baghirmi, desservir ce pays à des tarifs variant entre HO et 120 francs la tonne
MOYEN-LOGONE. 9
pour les marchandises de première catégorie et de 50 à 60 francs pour celles de la seconde.
Le jour où il en sera ainsi, le bassin du Tchad verra une véritable révolution économique se produire.
Mais cela n'aura lieu, au plus tôt, que dans quinze ou vingt ans, et d'ici là, il faut vivre, assurer le développement du pays à tous les points de vue d'une part en lui permettant de doubler sa population, grâce à la sécurité, à des mesures de prévoyance et à l'introduction de l'hygiène, qui est presque inconnue, et de l'autre, en transformant tous les indigènes en consommateurs de produits manufacturés en Europe.
Pour cela, il faut se mettre sans retard à construire les tronçons de route nécessaires pour joindre les portions de cours d'eau utilisables. On a vu que c'est un travail relativement facile, puisque leur longueur totale doit être de 90 ou de 200 kilomètres, suivant que l'on pourra ou non utiliser le Toubouri et le Sienlé.
Il importe, avant tout, de savoir ce que nous voulons, et d'agir ensuite en conséquence.
Notre seul désir est-il de pouvoir teinter de nos couleurs cette partie de la carte d'Afrique ? N'y sommes-nous allés que pour y faire de la géographie et des sciences pures ?
Dans ce cas, nous pouvons nous abstenir d'engager de nouvelles dépenses.
Mais est-ce là le but poursuivi ? Ne voulons-nous pas au contraire mettre en valeur, aussi rapidement que possible, les territoires qui nous sont reconnus par la diplomatie européenne, et cela à la fois dans l'intérêt de la métropole et dans celui des indigènes que nous voulons civiliser et faire sortir de la barbarie oii ils vivent?
Il faut alors organiser la région, comme nous l'avons dit plus haut. Les habitants se soumettront d'autant plus volontiers qu'ils nous ver-
ront occuper le pays avec des moyens suffisants et un peu de méthode.
On doit reconnaître que dans l'ensemble les populations sont bien disposées à notre égard. Nous avons donc intérêt à profiter de l'état d'esprit créé par la dispersion des razzias fellatas et par la suppression de la traite des esclaves pour asseoir définitivement notre autorité. Si l'on tardait, cela deviendrait peut-être plus difficile, car l'heure psychologique serait passée.
Gomme nous l'avons montré, le Moyen-Logone a une valeur propre : il est riche et d'un accès relativement facile, si l'on se sert de la Bénoué, Il pourra écouler ses produits plus facilement que bien des points du Congo, pendant qu'il enverra dans ce pays des animaux, bœufs et chevaux, qui lui manquent totalement et lui sont indispensables pour assurer son développement agricole.
Enfin, le Moyen-Logone est une porte ouverte sur le bassin inférieur du Ghari, qui permettra de tenter le relèvement et l'exploitation de ce pays, qui est pauvre surtout parce qu'il a été dévasté depuis des siècles par des conquérants noirs dont le dernier a été Rabah.