SCÈNE IV
LiSIDOR.
Eh bien?
Araminte.
Rêvez-vous, mon cher Lisidor ? que je me charge de Céliante, que je la conduise au spectacle ! Mais j'aimerais autant y mener ma fille. Vous ne la connaissez donc pas? C'est la plus maussade petite créature, d'une indolence, d'une langueur ! Cela n'a pas vingt ans, et madame affecte de ne se parer jamais, elle ne met ni diamants ni rouge. Elle semble dire : « Regardez-moi, je suis jolie, mais ces charmes-là sont à moi ; il n'y a point d'art, je n'en ai que faire : la nature a pourvu atout... » Joignez à cela son impertinente manie de ne porter jamais que des ajustements jaunes et de se placer toujours à côté de moi qui suis blonde. Lisidor.
J'ignorais ces motifs; mais seraient-ils assez puissants pour vous faire renoncer au plaisir que vous vous promettiez au spectacle?
Araminte.
Assurément. D'ailleurs où Céliante vit-elle ? A-t-on jamais vu quatre femmes d'un certain état se resserrer dans une loge et braver en public tous les hasards de la chaleur? Pour moi, ie n'y lien-
ny
drais pas, et puis il faudrait au moins cinq ou six hommes pour nous conduire, et tout cela ressemblerait à un lendemain de noces. Allons, que ce
tracas-là finisse. Que l'on dise àCéliante que j'ai... ma migraine et que notre partie est remise. Je resterai chez moi, j'y verrai du monde. Faites savoir que je suis visible. (Lisette sort. A Lisidor.) Aussi bien le baron m'a-t-il écrit qu'il viendrait ce soir ; s'il ne me trouvait pas, il faudrait bouder des siècles. Mais qu'entends-je? Serait-ce déjà lui? Je vous garde au moins, Lisidor.
Lisidor.
Je serai bien flatté de le connaître.
Araminte.
Ne m'abandonnez pas, je vous en prie, à tout l'ennui d'un tête-à-téte de cette espèce. Cet homme est un original dont le caractère... Eh! bonjour, mon cher baron.