SCENE VI
DAMON, ARAMINTE, LISIDOR.
Araminte.
Vous voilà, Monsieur Damon ? Que font nos dames ?
Damon.
Elles vont se rendre ici; et, si cela peut vous plaire, Madame, je n'attendrai plus que vos ordres et leur présence pour commencer la lecture de ma tragédie. Vous m'avez paru la désirer.
Araminte.
Oui, j'en serai charmée : cela vient à miracle ; je reste chez moi ; et, tenez, voilà monsieur {en montrant Lisidor) qui pourra vous donner d'excellents avis ; c'est un connaisseur.
Damon.
Je n'en doute pas... Cependant, pour des avis, je les écouterai, sans doute... Mais... ma pièce est finie. Madame, et je crois avoir à peu près tout prévu; ainsi il ne reste plus...
LisiDOR, en souriant.
Que des éloges à en faire.
Damon.
Je l'espère du moins : le choix du sujet a généralement paru très heureux, les situations frappantes, les incidents bien ménagés... Pour la versification, c'est un médiocre avantage, j'en conviens ; mais encore en est-ce un, et, parmi les auteurs naissants, je n'en aperçois pas qui s'avise de me le disputer.
Araminte.
Pour moi, j'ai la plus haute idée de votre ouvrage. Votre mérite a déjà percé.
Damon.
Il est vrai, Madame ; j'avais à peine mes dix-neuf ans que je faisais déjà parler mon cœur. Il faudra me faire avertir; quoique j'aie renoncé aux tragédies, je violerai pour vous mon serment... Nous aurons des loges?
Damon.
N'en doutez pas; j'ai toujours compté sur votre bienveillance, et, en vérité, pour nous soutenir dans la carrière des arts, nous avons besoin que les personnes de votre rang daignent semer quelques roses sur les épines dont elle est remplie. Araminte, à Lisidor.
Comme il parle! [A Damon.) Vous pouvez