SCENE V
qu'il commande à des hommes, et c'est en les rendant heureux qu'il s'assure le droit de l'être lui-même.
Araminte.
Je ne puis m'y refuser, Baron, il y a bien du vrai dans ce que vous dites. Quant à ma fille, j'en suis au désespoir ; mais les engagements que j'ai pris sont d'une nature à ne se pouvoir rompre, et si j'osais manquer aux égards que je dois au marquis, voici monsieur qui depuis longtemps se propose.
Le Baron.
Quoi ! Lisidor aussi prétend à Lucile ?
LiSiDOR.
Je l'ai vue, c'est une excuse pour l'aimer, un titre pour lui vouloir plaire. S'il m'eût été possible de vous prévenir sur mes sentiments...
Il me suffit. Vous savez ce que je pense de vous, et je ne veux pas qu'il soit dit que j'aie jamais fait obstacle au bonheur d'un galant homme. Araminte.
Sans doute, vous nous demeurez? On pourra s'amuser; j'ai du monde.
Le Baron.
Raison de plus pour que je vous quitte.
Araminte.
Au moins revenez souper; j'ai quelques projets à vous communiquer à mon tour.
Le Baron.
J'ai, de ma part, aussi bien des choses à vous dire. Je reviendrai ; mais à condition que nous ne serons pas plus de huit à table, et que les valets sortiront dès qu'ils auront servi.
Araminte.
On fera tout ce qui pourra vous plaire.
Le Baron.
En ce cas, à ce soir. [A Lisidor.) Vous m'intéressez, tenez ferme, et, s'il en est besoin, je vous promets mon secours. Au revoir, ma charmante Araminte. (// sort.)
Araminte.
Quoique le baron se plaise à paraître extraordinaire, on ne peut lui refuser un fond de bon sens et de probité.
Lisidor.
Il serait à souhaiter que tous les hommes lui ressemblassent.