Le Cérémonial [microform]
I. Cérémonies. — Un rapide aperçu sur la notion, la raison d'être, l'antiquité des cérémonies servira ici d'entrée en matière (i).
I . Notion. — Les religions païennes ont employé le mot Cœremonia pour signifier toute expression du culte de la divinité par des signes sensibles ; le christianisme s'en est servi de bonne heure pour désigner toute manifestation du culte véritable. Dans nos saints Livres, le mot latin cœremonia traduit les expressions hébraïques àèodah, service de Dieu, ou encore miswârôty observance en l'honneur de Dieu (2). Saint Thomas (3) parle d'étymologies assez curieuses relevées dans les auteurs ecclésiastiques ; on pourrait y ajouter celle qui fait dériver l'expression de deux mots grecs : x^V^'î» vo[jioç, d'où lex manûs, règle du geste et du mouvement du corps. — Les cérémonies sont, en général, tous les actes extérieurs de la religion, plus spécialement encore les marques de religion et de piété qui accompagnent la prière publique, la célébration du saint sacrifice, l'administration des sacrements, conformément aux règles m.arquées dans les livres liturgiques. Par là, les cérémonies se distinguent des formules de la prière, de la matière et de la forme des sacrements : ce sont des gestes officiels, actes individuels ou dispositions d'ensemble, prescrits dans les fonctions sacrées ; trois éléments les constituent, savoir attitudes , mouvements ou actions; les règles qui les
(i) Sur les cérémonies on trouvera deux articles intéressants dans Dictionnaire de la Bible, t. II, c. 437-441 ; Dictionnaire de théologie catholique, t. Il, col. ai39-2i5i.
(2) Genèse, xxvi, 5 — Deuteron., iv, 8 et vil, ii.
(3) Sumnta theoL, I* II», q. 99, a. 3.
concerneut sont formulées dans les Rtibriques (i).
2. Raison d'être. — Les cérémonies tendent à embellir les saintes fonctions, à en relever la majesté ; elles éveillent, entretiennent dans l'âme des fidèles les sentiments de respect, de dévotion et de religion qui honorent Dieu et sanctifient l'homme ; elles parlent aux yeux des illettrés et leur inculquent plus aisément la connaissance des plus hauts mystères ; elles indiquent à tous les dispositions exigées pour la digne réception des sacrements ; il en est qui contiennent une signification mystique ou morale. Toutes ont pour résultat de faire participer le corps en même temps que l'âme à l'accomplissement des devoirs de la religion, de maintenir l'homme tout entier dans un état de dépendance, d'adoration et d'amour vis-à-vis de son Créateur (2). Par rapport au culte intérieur, elles sont une marque distinctive, un revêtement, une peinture.
3. Antiquité. — Aussi, les cérémonies ont-elles existé de tout temps dans l'Eglise catholique, et celle-ci s'est inspirée des pratiques de la religion mosaïque.
Notre-Seigneur a abrogé en grande partie les pratiques cérémonielles de l'Ancien Testament, mais II en a relevé certaines autres et montré par sa conduite comment des actions communes et vulgaires allaient devenir le véhicule de sa grâce : ainsi 11 souffle sur ses Apôtres au moment où II leur communique le Saint- Esprit et le pouvoir divin de remettre les péchés {/oan., XX, 25). Les Apôtres, , investis du pouvoir d'enseigner et de gouverner l'Eglise, pratiquent et prescrivent à leur tour de nouveaux rites ; l'Église enfin, héritière de leurs prérogatives, précise^ complète
(i) Menghini, Elementa Juris lîturgici, p. 114. — Vigourel, Cours synthétique de liturgie, p. 65. — Le saint Concile de Trente, sess. 22^ cap. 5, appelle encore du nom de Cérémonies les bénédictions mystiques, la lumière, l'encens, les vêtements que l'on emploie dans l'exercice des fonctions sacrées.
(2) Les cérémonies, dit M. Olier (Cérémonies de la Grand'Messe, p. 24), servent à expliquer au peuple ce qui se passe dans le secret du sacrement, et qui, étant caché dans la foi, doit être révélé sensiblement au peuple afin qu'il le respecte.
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et modifie cet ensemble d'actions, de mouvements, d'attitudes qui accompagnent les fonctions saintes. L'expression Cérémonie n'était pas, encore passée dans la langue ecclésiastique, que déjà les actes désignés depuis sous ce mot étaient l'accompagnement obligé de la récitation de l'Office divin, de l'offrande du Saint Sacrifice et de l'administration des Sacrements.
4. Développement. — Peu à peu, on eut des règles concernant la bonne exécution des fonctions sacrées : souvent d'un caractère local au début et transmises par la tradition orale, elles passent d'une église à l'autre et sont consignées par écrit en des caractères qui se distinguent des formules de prières par la couleur rouge : ce sont les Rubriques. L'heure devait venir où, dans un recueil spécial, on déterminerait la manière d'exécuter ces règles. Ce recueil serait le Cérémonial.
II. — Cérémonial. — Cette dénomination, tirée du mot Cérémonies, n'est pas à beaucoup près aussi ancienne que le recueil auquel on vient de faire allusion : ce que les Grecs ont appelé Archieraticon, les Latins l'ont désigné sous les noms de Liber Cceremoniarum, Liber (ou Codex) Cceremonialis y et, par abréviation : Cœremoniale. Ces diverses expressions n'apparaissent guère avant le xiv^ siècle et s'appliquent au recueil des observances sacrées, des directions à suivre pour le digne accomplissement des fonctions ecclésiastiques. — Avant le xiv® siècle, il existe dans l'Église occidentale des recueils analogues, généralement appelés Ordines, c'est-à-dire indication de l'ordre à suivre ; les plus remarquables sont ceux de l'Église romaine, mais les églises particulières et les monastères ont aussi les leurs. C'est dans ces Ordines, dont les origines sont assez obscures, qu'il faut chercher les sources principales du Cérémonial romain. Puis à ces recueils succèdent les premières éditions du Cérémonial romain, les Cérémoniaux des églises particulières. Les Souverains Pontifes, en vue d'obtenir l'uniformité, publient le Cérémonial des Évêques, comme le
Ô LE CEREMONIAL
code officiel auquel il faut, autant que possible, se référer dans les petites églises. — La Sacrée Congrégation des Rites, instituée en iSSy, par Sixte-Quint j a reçu pour mission d'approuver les nouveaux rites, de réprimer les abus, de donner des éditions authentiques des livres de liturgie, d'interpréter les rubriques et de^ résoudre toutes les difficultés soulevées à leur sujet.
Nous nous bornerons, dans cet opuscule, à faire l'histoire du Cérémonial ; conséquemment nous laisserons de côté les rubriques du Bréviaire et du Missel imprimées en tête de ces livres, et nous renverrons à l'étude sur le Rituel ce qui regarde les règles à suivre dans l'administration des sacrements. Toutefois, comme à l'origine, cette administration des sacrements était intimement liée à la célébration de la messe, il en faudra bien dire quelques mots pour exposer l'ordonnance de certaines cérémonies.
La présente étude comprendra trois chapitres, savoir :
Chapitre I. — Les Cérémonies de l'Église pendant les six premiers siècles (fin du i^' au vii^ siècle).
Chapitre IL — Les Ordines romani et les Ordines des autres églises occidentales (du viii^ au xiv° siècle).
Chapitre III. — \^&& premières éditions du Cérémonial romain et le Cérémonial des Èvèques.