CHAPITRE PREMIER
Les Cérénjonies de l'Église
pendant les six prenjiers siècles.
,Les renseignements que fournissent les écrits de l'Eglise primitive sont assez maigres sur le sujet qui nous occupe, et cela se conçoit : l'Eglise, tenue dans l'ombre durant les années de persécution, ne songe pas â donner à ses offices un appareil extérieur de solennité, les règles qu'elle suit sont plutôt sommaires. Néanmoins les lieux où se célèbre le Saint Sacrifice, les ministres qui y prennent part, l'attitude et le maintien des fidèles font pressentir ce que sera plus tard la pompe des cérémonies extérieures ; et quand a pris fin la persécution, surtout aux vi^ et vn^ siècles, on voit s'élaborer l'ordonnance des saintes fonctions, principalement à Rome, dans la célébration de la messe pontificale solennelle. C'est ce que l'on essaiera d'établir sommairement dans les deux articles du présent chapitre.
Article Premier.
Quelques indications sur les Cérémonies pendant la période qui va de la fin du I®'" siècle
à la fin du V«.
Dès la première heure, les fidèles ont leurs lieux de réunion pour lesquels ils ne tardent pas à adopter une disposition spéciale; l'offrande du Saint Sacrifice est
la fonction par excellence à laquelle se rattachent toutes les autres ; elle est accomplie par l'évêque, ou le plus ancien des prêtres, autour duquel se groupent divers ordres de ministres ; pour l'exercice d,e leurs fonctions, tous portent des vêtements qui bientôt seront affectés uniquement à cet usage ; on détermine enfin l'ordonnance du service liturgique dont l'uniformité s'établira peu à peu, grâce à l'influence prépondérante de la pratique romaine.
1° Les lieux de réunion sont, pendant toute la durée du premier siècle, des maisons particulières ; on se donne rendez-vous tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, quelquefois dans une salle du troisième étage (i). Les communautés sont composées souvent d'un petit nombre de fidèles, et là où les chrétiens sont nombreux, les églises établies dans les maisons particulières sont fort multipliées. Saint Justin, dans sa première Apologie, fait allusion à ces divers lieux de réunion. — Cependant, au cours du m* et du iv® siècle, des édifices sont officiellement et exclusivement destinés au culte ; on les appelle domus ecclesiœ. Avant Constantin, ces édifices paraissent avoir été construits sur le modèle des habitations romaines : ainsi, la basilique chrétienne a un vestibule, un atrium ou première cour ornée d'une fontaine, un peristylium ou seconde cour entourée de colonnes, puis la nef et le sanctuaire qui correspondent au tablinum, grand salon de réception ; le style de l'église elle-même (c'est-à-dire nef et sanctuaire) est à peu près celui delà basilique privée (2), ou de la basilique publique. Cette dernière était une vaste salle servant de tribunal, de lieu de marché ou de lieu de promenade. Jusqu'à la paix de l'Eglise, c'est de préférence dans les faubourgs des villes que se
(i) Voir Actes des Apôtres, il, 46 ; — XII, la ; — xx, 9.
(2) De la basilique privée, domus privata, on a fait domus ecclesiœ, domus Dei, domînicum ; les Grecs disaient Kuptaxov, d'où est venue dans les langues germaniques l'expression Kirche, Churck, — H. Maruc- CHI, Basiliques et églises romaines, pp. 14-18.
construisent les lieux d'assemblée des fidèles. — Sous Constantin, l'architecture religieuse reçoit une grande impulsion par la construction d'un grand nombre de basiliques du type classique à Rome, à Jérusalem, à Constantinople et ailleurs : on attribue à cet empereur l'ancienne basilique de Saint-Pierre au Vatican, celles du Latran, de Saint-Paul, de Saint-Laurent, de Sainte- Agnès, des Saints Pierre et Marcellin (i) ; Ethéria, dans sa Peregrinatio, parle des églises dues à la munificence de Constantin et de sainte Hélène. — Il y eut aussi, après Constantin, des basiliques civiles converties en lieux de culte : le poète Ausone (f 392) y fait allusion dans ses lettres à l'empereur Gratien, quand il écrit : La Basilique autrefois pleine de transactions est maintenant pleine de prières pour votre conservation (2).
2° Dans ces édifices, chacun eut sa place marquée. D'après l'orientation régulière (à laquelle il y avait parfois des exceptions), l'autel fut placé à V extrémité est, trois degrés au-dessus du niveau de l'église, tout au fond se trouvait le trône de l'évêque et à l'extrémité opposée se trouvciit la sacristie (secretarium). Voici les recommandations qu'on trouve dans la Didascalie, document du m® siècle : Dans les églises, ô évêques, réunissez le peuple avec le plus grand soin, préparant attentivement des places aux frères, en toute pureté. Réservez une place aux vieillards du côté oriental de la maison, que le trône de l'évêque soit placé au milieu d'eux et que les vieillards siègent avec lui. Ensuite, de l'autre côté de la maison se tiendront les séculiers, enfin les femmes, afin que lorsque vous vous lèverez pour prier, les conducteurs se lèvent d'abord, puis les séculiers, et enfin les femmes (3). — Cette disposition est plus explicitement décrite dans
(i) DucHESNE, Liber Pontificalîs, t. I, pp. 188-197.
(2) Voir P. Z,., t. XIX, col. çS;.
(3) La Didascalie, c. xil, traduction Nau, Paris, 1902, p. 75.
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les ConsHhitions Apostoliques : Que l'édifice soit de forme oblongue, tourné vers l'Orient, pourvu de sacristies ou logements pour les prêtres à droite et à gauche, du côté qui fait face à l'Orient... La chaire (ou trône) de l'évêque s'élèvera au centre, le collège des prêtres s'assoira à ses côtés, les diacres se tiendront debout, alertes, vêtus légèrement ; ils veilleront à ce que dans l'autre partie de l'église les laïques prennent place en bel ordre et sans discussions, que les femmes s'assoient et gardent le silence ; le lecteur se placera au milieu (de l'église) sur un point élevé..., les portiers se tiendront à la porte d'entrée des hommes, les diaconesses à la porte des femmes (i). — A partir de Constantin, ces dispositions essentielles furent conservées, mais on ajouta quelques particularités empruntées au Cérémonial civil. L'évêque prit place au fond de la tribune, la chaise curule (suggestus) du magistrat lui servit de trône (cathedra). Autour de l'évêque, rangés en demi-cercle, les prêtres assistants prirent place sur les banquettes où s'asseyaient les assesseurs, ce fut le presbyterium. L'enceinte, jadis occupée par les avocats et les plaideurs, fut élargie pour recevoir les clercs, il fallait, à cette place autour de l'autel (mens a), grouper diacres et sous-diacres dans ce qui fut appelé altarium ou sacrarium ; là aussi, dans ce qu'on appela le choeur se placèrent les chantres (schola cantorum) et avec eux les clercs inférieurs obligés de se rpfouler vers la nef pour ne pas rendre l'autel inabordable. De chaque* côté, auprès de l'espace qui fermait le chœur (cancelli) furent élevés deux ambons (ou chaires) pour les lectures et les prédications, l'ambon de gauche servit au chant de l'évangile et celui de droite à la lecture de l'épitre ; les ailes (ou bas-côtés) entourant le sanctuaire
(i) Cotistîtutions Apostoliques, livre. II, c. 5/, P. G., t. I, col. 723. — Le Testament du Seigneiir ne parle pas de la forme oblongue, mais recommande de placçr le trône de l'évêque à Vest, de l'entourer des sièges des prêtres, ces sièges seront au niveau de l'autel et trois degrés au-dessus du niveau de l'église ; il y a deux entrées distinctes pour les fidèles.
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furent réservées aux groupes des vierges et des veuves. Dans la nef principale se pressaient les exorcistes, acolytes, portiers, et, derrière eux, à la suite d'un passage laissé pour la circulation, se tenaient les fidèles. La séparation des sexes fut observée, comme elle l'avait été primitivement dans les réunions des Catacombes ; si la basilique contenait une seule nef, on la partageait par moitié dans le sens de la longueur, les homrnes occupaient la droite, les femmes la gauche ; des séparations de pierre ou de bois, parfois même des tringles munies de rideaux empêchaient les communications. Dans le prolongement de la nef était \q pronaos ou narthex, ou péristyle : là se tenaient les catéchumènes et les pénitents qui n'avaient pas le droit de participer aux saints mystères, ils devaient quitter l'église au signal donné par le diacre.
3° La description qu'on vient de lire suppose un personnel assez nombreux de ministres pour chaque église, après la paix de Constantin. La distinction des ordres paraît dès le ii® siècle ; à Rome, au" iii^ siècle, chaque église ou titre possède au moins deux prêtres (i), ces prêtres ont à leur service des ministres d'ordre inférieur comme acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers, chantres. Le nombre des diacres fut limité à sept pour toute la ville : l'importance de leur charge, l'étendue de leur territoire établissaient les diacres dans une sorte de supériorité à l'égard des prêtres ; de là des conflits dans lesquels les papes eurent à intervenir, les diacres allèrent jusqu'à bénir les repas en présence des prêtres, et ceux-ci refusèrent de se tenir debout pendant que le diacre chantait l'évangile. Dans les égUses autres que celles de Rome, le nombre des diacres était illimité.
(i) Le vocable « Utulus^ » est appliqué à vingt-cinq églises de Rome dès le iir siècle; au V siècle, on en trouve vingt-huit. Comme les Actes du Concile tenu sous Symmaque, en 499, portent jusqu'à soixante-six signatures de prêtres titulaires, on en conclut que chaque église pouvait avoir deux ou même trois^ prêtres. P. L., t. LXXVIII, col. 858. — Du- CHESNE, Les titres presbytéraux et les diaconîes, dans les Mélanges de l'école française, a. 1887.
4^* Au début, dans les fonctions sacrées, lies divers ministres portaient les mêmes vêtements que les citoyens de l'empire romain. Aussi, lisons-nous dans une lettre du pape saint Célestin I (422-402) aux évêques de Vienne et de Narbonne que les prêtres de Gaule sont à blâmer pour vouloir se distinguer des laïques par le costume : « Nous devons nous distinguer du commun par notre savoir et non par nos habits, par notre manière de vivre et non par nos vêtements, par notre pureté d'âme et non par l'élégance de notre mise. Si nous commençons à nous occuper de nouveautés, nous foulerons aux pieds les traditions léguées par nos ancêtres pour nous arrêter à de vaines superstitions (i). C'est ainsi que le colobium des sénateurs, sorte de tunique, avec manches très courtes ou sans manches, resserrée par une ceinture, et la pœnula, sorte de manteau très ample, d'une seule pièce et descendant seulement jusqu'aux genoux, ont donné naissance à la tunique, à la daltnatique et à la chasuble • du vêtement porté sous la tunique dérive l'aube dont le rochet et le surplis ne sont que des réductions. Le pallium est un insigne réservé à certains titulaires des grands sièges épiscopaux : manipule et étole sont de date plus récente.
5° Les fonctions solennelles sont, en ces temps reculés, l'administration du Baptême qui s'accomplit aux veilles de Pâques et de la Pentecôte, la célébration de la messe, l'ordination, etc. — Le Baptême, ou rite de l'initiation chrétienne, a sa préparation éloignée, c'est le catéchuménat, sa préparation prochaine dans laquelle les élus ou compétents reçoivent un complément d'instruction durant tout le Carême; quand le jour est venu de l'administrer, le néophyte déclare renoncer à Satan, descend dans la piscine de façon à y plonger la partie inférieure du corps tandis que le prêtre lui verse l'eau sur la tête en invoquant le nom des trois Per-
(1) MansIi Conciliorum colîectio ampltssima, t. IV, col. 43i.
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sonnes divines, une onction et l'imposition des mains appellent sur lui le Saint-Esprit; enfin il reçoit la nourriture eucharistique et un breuvage de lait et de miel. Alors le nouveau baptisé passe au rang des fidèles et, comme signe de sa nouvelle condition, il revêt une robe blanche qu'il portera jusqu'au dimanche octave, appelé pour ce motif dominica in albis depositis. De droit, l'évêque préside à la cérémonie assisté par les prêtres et les diacres (i). Bien des particularités du temps de Carême et du temps pascal à l'heure actuelle ne s'expliquent que si l'on tient compte de ces usages primitifs. — Pour la célébration du Saint Sacrifice de la Messe, elle revêt toujours un caractère solennel sans être pourtant manifestée aux profanes non encore initiés. Le jour choisi pour la réunion liturgique régulière est le dimanche, aux heures de la nuit ou du matin. D'après saint Justin plusieurs fois cité ailleurs, les chrétiens ont dans ces assemblées la lecture des Saints Livres, l'homélie, la prière ; ils y joignent le chant des psaumes et la messe proprement dite, c'està-dire l'action de grâces, la consécration, la fraction du pain, la distribution des éléments aux fidèles; les catéchumènes n'assistent qu'à la première partie de la messe, ils sont congédiés avant l'Eucharistie. En dehors du dimanche, il y a quelquefois des réunions analogues pour les jours anniversaires des défunts, les fêtes des martyrs (2). — Les circonstances ne permettent pas davantage de donner une solennité extérieure au rituel des funérailles : on est fondé à penser que les prières récitées en ces occasions ont laissé des traces dans les invocations gravées sur les tombeaux, dans les prières de notre messe des morts. — Quant aux rites primitifs
(i) Tertulliem, Adv. Praxeam., c. 27. P. L., t. II, c. 190. — It., de Baptisnto, c. 7 et 8. P. Z,., t. I, col. 1206. — It., De Resurrecttone carniSf viii, P. L., t. II, col. 806. — S. Justin, I Apologi c. 61-67. P. G., t. VI, col. 419. — S. IRÉNÉE, Adv. Hœreses., I, ai, P. G., t. VII, col. 657.
(2) Tertullien. De Corona militis, III. — P. L., t. II, col. 79. — S. Cyprien, Epist. 34 et 3^. P. L., t. IV, col. 323 et 338.
de l'ordination, de la consécration des vierges, de la pénitence, de l'extrême-onction et du mariage, on trouve quelques allusions soit dans les monuments des Catacombes, soit dans les écrits des premiers Pères (i).
A partir du iv® siècle, l'Église en pleine liberté de se produire au grand jour peut donner à ses cérémonies un développement considérable. Les Pères de cette époque y font volontiers allusion et attestent l'application des ministres à les bien exécuter. On a fréquemment cité les éloges décernés par saint Jérôme au jeune Népotien (2) ; saint Augustin, dans sa lettre à Janvier (3), traite longuement des rites de l'Église, parle de diverses pratiques, comme le jeûne du Carême, le lavement des pieds, les chants ; ailleurs il présente les cérémonies comme les liens visibles entre des hommes qui appartiennent à la même religion (4). saint Léon, écrivant aux évêques de Sicile, les dissuade d'administrer le baptême solennel au jour de l'Epiphanie, parce que la triple immersion, symbole de la sépulture de Jésus, s'adapte mieux aux mystères de Pâques et de la Pentecôte (5). — On voit cependant que l'uniformité n'existe pas entre les diverses églises occidentales ; les saints Docteurs ne s'en préoccupent |)as outre mesure. Saint Ambroise dit, par exemple : « En tout je désire suivre l'Église romaine, mais cependant nous avons chacun notre sentiment personnel et ce qui paraît mieux pratiqué ailleurs, je crois bien faire de l'adopter. » Saint Grégoire le Grand, dans sa
(i) Marucchi, Éléments d'archéologie chrétienne : Notions générales, pp. 195 et 264. — D. CabROL. Le livre de la prière antique, p. 457. — Pour l'ordination et la consécration des vierges, voir l'opuscule : Le Pontifical, pp. n, 22-23 ; pour le mariage, voir S. IGNACE, Epist. ad Polycarpuml P. G., t. V, col. 724, et Tertullien, ad Uxorem, II, 9. P. L., t. I, col. i3o2.
(2) S. JÉRÔME, Epist. LX. P. L., t. XXII, col. 596.
(3) S. Augustin, Epist. LV. P. L., t. XXXIII, col. 204.
(4) It., Contra Faust., P. L.; t. XLII, col. 355.
(5) S. LÉON, Epist. XVL P. Z.j t. LIV, col. 695.
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réponse à saint Augustin de Cantorbéry, exprimera la même pensée sous une autre forme (i). Des Ûturgistes, comme le cardinal Bona (2), s'appuyant sur ces témoignages de l'antiquité, ont établi que des rites différents ne blessent pas l'unité de la foi : ce qui n'infirme pas la vérité de l'adage : Lex orandi, lex credendi.
Article II
Les Cérémonies à Rome, au VP et au Vir siècle ; la messe pontificale solennelle au temps de saint Grégoire le Grand.
Il est difficile de dire à quelle époque furent consignées par écrit les premières règles des cérémonies romaines : des auteurf croient pouvoir attribuer à saint Grégoire le Grand un Ordo Romanus, mais ils ne disent pas comment dégager dans les Ordïnes Romani qui nous sont parvenus^ ce qui appartient en propre à ce grand pape. De fait Mabillon qui a édité toute une série de ces Ordines Romani, dit que VOrdo primitif remonte jusqu'à saint Gélase ou du moins jusqu'à saint Grégoire ; il est assez vraisemblable de supposer un recueil de ce genre au moment où parurent les premiers Sacramentaires, car ces documents n'ont qu'un bien petit nombre d'indications relatives aux cérémonies et celles-ci devaient être consignées dans un recueil séparé ; d'autre part, il est manifeste que les plus anciens Ordines publiés par Mabillon renferment des détails postérieurs à saint Grégoire.
Une oeuvre d'élimination a été tentée par le R. P. Grisar (3) et ce religieux a donné la plus antique description de la messe pontificale grégorienne. Voici quel est à ce sujet le sentiment de Mgr Duchesne (4) : « UOrdo
(i)S. Ambroise, De Sacramentis, lib. III. P. L., t. XVI, col. 482 . — S. Grégoire le Grand, lib. XI, Epîst., 64. P. L., t. LXXVII, col. 1187.
(2) Rerunt Itturgicaruntj lib. 1, c. 6, n. 2, t. I, pp. gS-gô.
(3) Voir la Cilnlta Cattolica da 20 mai iSgS.
(4) Mgr DucHdSNB, Origines du Culte chrétien^ 2' édition, p. 154,
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de la messe stationale, dans l'état où il nous est parvenu, est certainement postérieur à saint Grégoire le: Grand, Nous y trouvons, il est vrai, certaines dispositions que nous savons avoir été introduites par les soins de ce pontife, comme l'office des defensores regionarii qui paraissent dans l'escorte du pape (i), le graduel exécuté non par le diacre mais par un chantre conformément au statut du Concile romain de 595, le Pater noster placé avant la fraction et le Pax Domïni (2). Mais d'autres traits consignés da.n.sVOrdo Romanus I ne nous permettent pas d'affirmer que tout le rituel remonte au temps de saint Grégoire et au commencement du vii^ siècle, tels sont par exemple: la mention des diaconies, la désignation du palais de Latran sous le nom de Patriarchium (3), le développement considérable de la cour pontificale, le chant de VAgnus Dei introduit seulement sous Sergius P*" (687-701), etc.
En somme, cinq innovations dans la Liturgie romaine sont attribuées sans conteste à séiint Grégoire le Grand. Ce sont ; i) l'insertion des mots : diesque nostros... dans le canon de la messe ; 2) la récitation du Pater noster à la fin du canon et avant la fraction ; 3) l'extension du chant de V Alléluia après le graduel au delà du temps pascal ; 4) l'interdiction aux sous-diacres de porter la chasuble à la messe ; 5) la défense faite aux diacres de chanter autre chose que l'évangile. Qu'il y ait eu quelques autres changements accomplis par le saint Pontife, c'est possible, mais nous n'en avons pas la preuve (4).
Ce que l'on ne peut refuser à saint Grégoire le Grand, c'est d'avoir remis en honneur la pratique des stations,
(1) Comparer P. Z.,t.LXXVIII, col. 938 et P. Z., t. LXXVII, col. 953 ou lib. IX, Epist. XI.
(3) S. Grégoire, lib. IX, Ep. XII, P. Z., t. LXXVII, col. 955.
(3) DucHESNE, Liber Pontîficalîs, t. I, pp. 364 et 371. C, Atchlev, Ordo Rom. /, pp. 4 et 7.
(4) H. DUDDEN, Gregory the Great, vol. I, pp. 265 et 271.
Pour mieux faire comprendre bon nombre de nos cérémonies, nous allons résumer ici les origines de cette pratique. L'expression statio fut primitivement en relation avec celles de jeûne et de vigile (i). Un peu plus tard à Rome, et depuis le v® siècle au moins, le mot station, désigne des réunions liturgiques solennelles et générales. Tandis que les jours ordinaires et même les dimanches ordinaires chacun pouvait assister au service religieux célébré dans l'église de sa paroisse f^ifïV«/M5'^, les jours de station, tout le monde était convoqué à une même assemblée tenue sous la présidence du pape qui officiait en personne. L'usage s'introduisit sans doute à l'époque où le presbyterium de l'Eglise romaine cessa d'être groupé autour de l'évêque pour être réparti entre les circonscriptions des paroisses urbaines : c'était un moyen de maintenir l'unité dans le troupeau chrétien. C'est au même but que tendait la pratique du fermenium ou portion du pain consacré à la messe papale et distribué aux prêtres des titres ou paroisses urbaines pour être mêlé aux espèces par eux consacrées. Les grands actes de la vie, comme l'initiation chrétienne, l'assujettissement à la pénitence publique, étaient accomplis dans ces assemblées générales et aux grandes fêtes de l'année ; puis, de temps en temps, particulièrement durant le carême et aux autres jeûnes officiels, on avait de ces réunions d'ensemble où se célébrait la liturgie eucharistique. La réunion se tenait tantôt dans une église,
(i) Voir à ce sujet les traités de TertuUien. Cet auteur emploie volontiers le mot statio comme l'équivalent de sentijejunîum^ jeûne se terminant à la neuvième heure (trois heures après midi) : il l'applique aux jeûnes des mercredis et vendredis en dehors du temps pascal. Dès les premiers temps, en Afrique et à Jérusalem, il y eut ces jours-là un service liturgique (messe) auquel assistaient les fidèles. Firent exception à cette pratique, Alexandrie et peut-être aussi Rome. Mais les jeûnes-stations changèrent de caractère, et devinrent un office liturgique, comme l'atteste le Lectionnaire de Victor de Capoue (a. 546), Un peu plus tard se développe le système liturgique des stations à Rome : on y trouve trois jours de la semaine en carême, lundi, mercredi et vendredi. Bientôt fut ajouté le samedi. Finalement, il paraît très probable que le système fut revisé par saint Grégoire le Grand. Thurston, Lent and Holy Week, pp. i5i-i54 et Rev. Bénéd.,t.Yll, p. 368.
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tantôt dans une autre : les fidèles convoqués dans une église distincte de la station se rendaient à l'église stationale avec le clergé de la région à laquelle ils appartenaient, le pape lui-même y venait accompagné du clergé palatin : avant de partir on chantait la collecte, puis la procession s'avançait au chant des litanies. Dans l'égHse stationale le pape célébrait la messe, les prêtres titulaires cocélébraient avec lui, chacun ayant devant soi une petite patène spéciale sur laquelle l'évêque (ou le Pontife) disposait l'offrande ; avant la communion, un sous-diacre annonçait le lieu de la prochaine station. Durant la journée un acolyte portait au pape une petite étoupe imbibée avec l'huile prise à la lampe du maître-autel de l'église stationale ; de tous les morceaux d'ouate ainsi recueillis on formait un oreiller qui se plaçait sous la tête du pape après sa mort.
Un détail de la notice de saint Hilaire (461-468) nous atteste l'existence des stations à Rome au temps de ce pontife : l'auteur signale l'exécution d'un service d'autel complet, destiné aux messes stationales ; ce service, déposé dans la basilique Constantinienne ou à Sainte- Marie, était transporté le jour de la station à l'église où se tenait l'assemblée liturgique (i). L'usage des stations tomba en désuétude au moment où les Lombards occupèrent les Catacombes aux environs de Rome. Saint Grégoire le Grand (f 604) remit en honneur cette pratique des stations ; à l'aide des homélies prononcées par ce pape, on peut fixer les stations existant sous son pontificat ; l'indication de nos missels actuels en fournit la série à quelques variantes près. Le cérémonial spécial des messes de station, observé pendant tout le moyen âge et reproduit dans les Ordines Romani va nous donner une idée de la messe solennelle.
(i) DucHESNE, Liber Pontificalîs, t. I, pp. i63, 246, etc. Voir aussi H. Marucchi, Basiliques et Eglises Romaines^-ç. 62.
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