CHAPITRE III
Les prenjières éditions du Cérémonial romain et le Cérémonial des Evêques.
Article premier. — Premières éditions du Cérémonial romain.
I. Historique de la publication. — Les derniers Ordines Romani, décrits dans le précédent chapitre, furent rédigés sous la forme d'un journal où les auteurs se contentèrent de consigner au jour le jour les pratiques de la curie romaine. Bientôt se manifesta chez les liturgistes le souci de condenser en une sorte de règlement stable ces pratiques qui variaient parfois d'une année à l'autre ; tel paraît avoir été le dessein d'Augustin Patrizi (surnommé Piccolomini), évêque de Pienza, dans la compilation dédiée au pape Innocent VIII en 1488, sous ce titre : le Livre des Cérémonies pontificales. L'oeuvre ne fut pas publiée. Il paraît, du reste, que les maîtres de cérémonies papales étaient opposés à des publications de ce genre. On le vit bien en i5i6, sous le pontificat de Léon X, lorsque Christophe Marcel, archevêque élu de Corcyre, édita à Venise un recueil ayant pour titre : Ritimm ecclesiasticorum sive Sacrarum Cœremoniarum Sanctce Romance ecclesiœ libri ires. A cette nouvelle, le maître des Cérémonies, Paris de Grassi, s'indigna de voir les pratiques de l'Eglise romaine ainsi livrées au public : c'était, disaitil, les exposer au mépris ; de plus, Christophe Marcel avait reproduit l'oeuvre de Patrizi, il y avait ajouté des erreurs et des inexactitudes tirées de son propre fond.
Paris de Grassi présenta ses plaintes et ses griefs, aux cardinaux d'abord, et bientôt après au pape luimême : ce dernier déclara qu'il s'en tiendrait à l'avis des cardinaux. Dans les consistoires du 1 1 mars et du 25 avril iSiy, de Grassi lut un mémoire où il s'efforçait de prouver que la divulgation des cérémonies n'était en aucune façon utile au commun des mortels, qu'on n'aurait bientôt plus de vénération pour la personne du Souverain Pontife si l'on dévoilait les mystères sacrés qui s'accomplissent autour de sa personne et font qu'on le considère presque à l'égal d'un dieu : la conclusion était qu'on devait livrer aux flammes le livre avec son perfide auteur, ou du moins qu'il fallait reprendre et punir sévèrement ce dernier (i). Le réquisitoire fut, à bon droit, jugé excessif dans ses motifs comme dans sa conclusion : il est étonnant qu'on soit allé jusqu'à présenter Marcel comme un plagiaire, car suivant la remarque de Catalani, ni dans la dédicace à Léon X, ni dans le cours du recueil, Marcel ne s'était présenté comme l'auteur de la publication ; les cardinaux ne prononcèrent pas la sentence rigoureuse suggérée par de Grassi, et, le premier moment de colère passé, le livre fit son chemin. On en vit des rééditions à Florence en 1621, à Cologne en iSSy (puis en 1572 et 1677), à Rome en i56o, à Venise en 1573, i583 et 1616, à Leipzig en 1783. En i75o, J. Catalani donna une édition de l'œuvre de Christophe Marcel avec commentaires, sous le titre : Sacrarum cœreînoniartim sive ritutcm ecclesiasticorum Sancfœ romance ecclesice libri très, ab Augustino Patricia ordinaiij et a Marcello Corcyrensi archiepiscopo primum editi, nunc vero tandem in duos tomos distribua ac innumeris pêne mendis purgati et commentariis atccti. — Ce titre, un peu long, nous dit la part respective qui revient aux divers auteurs dans la rédaction de notre Cérémonial romain ; Patrizi a rais en un
(i) Voir la lettre de Paris de Grassi dans Mabillon, P. L., t. LXXVIII, col. 1401.
meilleur ordre les renseignements puisés dans les Ordines Romani, Christophe Marcel a édité le recueil de Patrizi, enfin Catalani en a corrigé le texte et y a ajouté des commentaires explicatifs : ce que d'ailleurs il a fait aussi pour le rituel et le pontifical (i).
IL Contenu de la publication. — Nous devons à Catalani la délimitation des matières exposées dans le Cérémonial, tel que nous l'avons aujourd'hui. Primitivement ce que l'on appelait Ordinaire renfermait les divers rites de l'Eglise catholique pour la messe, l'office divin, les sacrements : ce qui regarde l'administration des Sacrements passa ensuite dans le Pontifical (pour les Evêques), dans le Rituel ou Livre Sacerdotal (pour les simples prêtres) ; au Bréviaire et au Missel qui renferment le texte des formules à réciter à l'office et à la messe, on joignit les rubriques pour la récitation et la célébration privées. De la sorte on a réservé pour le Cérémonialles règles de la célébration solennelle de la messe et de V office.
La publication de Catalani se divise en trois livres : le livre premier contient les fonctions extraliturgiques, comme sont : l'élection et la consécration du Souverain Pontife, le couronnement d'un empereur, la canonisation des saints, la création des cardinaux et autres cérémonies analogues ; le livre deuxième décrit la manière de célébrer les saints offices dans tout le cours de l'année en ce qui regarde la messe, les vêpres et les autres heures ; le livre troisième enfin donne quelques règles et instructions générales concernant les cérémonies.
IIL Autres publications analogues. — Il parait bien que Paris de Grassi modifia sa manière de voir sur les publications de ce genre, car il édita lui-même un Ordo Romanus ; avec toute l'exactitude désirable, il y résuma ce qui concerne les fonctions pontificales, leur nombre, l'ordre et la manière de les accomplir au
(i) Zaccaria, Bibliotheca rîtualts^ t. I, p. 175-176.
cours de l'année, les divers rites observés, les ornements employés tant par le Souverain Pontife que par les cardinaux assistants. Cet Ordo, il est vrai, n'a pas de caractère officiel : on le trouve dans l'ouvrage de Dom Martène : De Antiqua ecclesiœ disciplina in divinis celebrandis officiis (i).
Au XVIII* siècle, Gatticus , chanoine régulier du Latran , publia une sorte d'extrait des manuscrits et journaux des xv^, XVI® et xvii* siècles auquel il donna le titre de : Acta selecta cœremonialia Sanctœ romanœ ecclesiœ. Seul le tome I de cet ouvrage parut à Rome en 1753 et, bientôt après, Benoît XIV en ordonna la suppression. Au cours de ce même siècle, différents extraits du Cérémonial et du Pontifical romain ont été publiés à part, notamment le Cérémonial de l'élection et du couronnement du Souverain Pontife, puis le cérémonial des Evêques dont nous parlerons dans l'article suivant (2).
Depuis 1907, les Ephemerides liturgicœ ont commencé, d'après un plan assez étendu et fort détaillé, un Cœremoniale Parockorum, auctore Petro de Amicis, prêtre de la Congrégation de la Mission (ou de Saint-Lazare). Les cinq premières parties ont paru : elles comprennent des notions générales concernant les églises et leur mobilier, les actions saintes qu'on y doit accomplir (pars i^J, les cérémonies de la messe privée (pars a^ et 3^), les cérémonies de la grand'messe ou messe chantée (pars 4^), les fonctions liturgiques et extraliturgiques (pars S^J. Cette publication, qui n'a pas jusqu'ici de caractère officiel, semble destinée aux églises de paroisse et précise des points insuffisamment déterminés dans le Cérémonial romain ou le Cérémonial des Evêques.
(i) Ce traité édité à Lyon en 1706, est distinct du De Antiquîs Ecclesiœ ritibus : voir Zaccaria, Bibliotheca ritualîs, t. Il, p. 244,
(a) Zaccaria, opus citât. ^ t. I, pp. 176-178.
Article IL — ^Le Cérémonial des Evêques.
Historique de la publication. — Comme on vient de le dire, le Cérémonial des Evêques est un extrait du Cérémonial romain : la source principale est le dernier Or do Romanus, publié par Dom Martène, où trois cérémoniaires pontificaux, Augustin Patrizi, Paris de Grassi et Jean Burchard ont consigné les traditions d'une époque antérieure. Le Cérémonial des Evêques est devenu un recueil officiel, grâce aux approbations successives données par les Souverains Pontifes : aussi le pape Clément VIII dans les lettres apostoliques « Cum novissime » du 14 juillet 1600, déclare qu'après la publication du Pontifical réformé et corrigé par ses soins, il s'est occupé de faire corriger également le Cérémonial des Evêques. Dans ce but, il a nommé une commission d'hommes pieux et instruits, particulièrement au courant de ce qui concerne les rites et les cérémonies ; l'œuvre accomplie. Clément VIII en ordonne la publication et veut qu'elle soit observée dans toute l'Eglise, sans qu'on y puisse faire aucun changement, addition ou retranchement ; on conservera les antiques cérémoniaux dans ce qu'ils ont de conforme à la nouvelle publication. Celle-ci deviendra obligatoire dans les délais plus ou moins longs, suivant l'éloignement de Rome, et tous devront s'y soumettre dans l'accomplissement des cérémonies.
Cinquante ans plus tard, dans ses Lettres apostoliques « Etsi alias » du 3o juillet i65o. Innocent X constate que quelques erreurs se sont glissées dans le Cérémonial des Evêques et il le fait reviser, prenant en même temps des mesures pour que la nouvelle revision soit conservée intacte. Une mesure analogue est prise au siècle suivant par le pape Benoît XIII, comme on peut le voir dans ses lettres apostoliques « Licet alias » du 6 mars 1727.
Sous Benoît XIV (1740-1758), de nouveaux soins furent apportés pour obtenir une édition correcte du
Cérémonial des Evêques. Et ce même pontife par ses leXXres « Quod Aposto lus » du i5 mai 1741 confirma tout ce qu'avaient fait ses prédécesseurs en pareille matière : «La recommandation de se prévenit d'honneur les uns les autres adressée par l'Apôtre à tous les fidèles, écrivait-il, doit être surtout observée par les évêques et les prélats dans leurs fonctions tant civiles que religieuses ; toute cause ou source de contestation se trouve supprimée par les lois et prescriptions du Cérémonial des Evêques. Mais comme certains abus se sont introduits, nous n'avons cru rien faire de mieux que d'instituer une commission pour remettre en vigueur les lois dudit Cérémonial et en presser l'exécution. » Benoît XIV fit ajouter à la nouvelle édition la formule de la bénédiction et de l'imposition du Pallium, et celle du serment que doivent prêter par procureur les archevêques absents de Rome pour recevoir ledit Pallium, conformément à la constitution du 12 août 1748.
IL Contenu de la publication. — Le Cérémonial des Evêques est une sorte de directoire des saintes fonctions et de celles qui, sans être sacrées, concernent néanmoins les ministres de la religion, évêques ou prêtres. La pensée des papes qui l'ont approuvé est qu'on ne restreigne pas aux seuls évêques les règles contenues dans ce livre, comme son titre semblerait l'indiquer, mais qu'on les étende aux autres ministres et aux fonctions non épiscopales (i).
Le Cérémonial des Evêques est divisé en iroïs livres : le premier livre traite de la personne de l'évêque : on y trouve marqué ce que le prélat doit faire au moment de son élection, lors de sa première entrée dans son diocèse, les vêtements qu'il doit porter sur le territoire soumis à sa juridiction, les fonctions qu'il doit y remplir, même en présence d'un légat aposto-
(1) Ce livre contient, non les rites liturgiques, mais les règles à suivre pour les accomplir, principalement dans les églises cathédrales et collégiales. Menghini, Elementa juris liturgici, p. 34, n. i35.
lique, cardinal, nonce, ou d'un autre prélat (ch. 1-4). Viennent ensuite les fonctions à remplir par les divers ministres de l'évêque ; on mentionne successivement les maîtres des cérémonies, le sacristain, le prêtre assistant, les chanoines, le diacre et le sous-diacre pour la messe solennelle, les chapelains et autres ministres inférieurs (ch. 3 à 11). Puis on décrit l'ornementation de l'église, la manière de disposer les sièges de l'évêque et des autres prélats ou personnages illustres, les règles pour l'usage du trône et du dais, les observances à garder pour l'entrée et la sortie de l'évêque quand il vient à l'église cathédrale, quand on y reçoit un cardinal légat ou non légat, le Pallnim et son usage, comme aussi l'usage de la mitre et du bâton pastoral (ou crosse) (ch, 12 à l'j). On spécifie les marques de respect, la tenue, les cérémonies qu'il faut garder et observer soit à l'église soit en dehors de l'église, l'attitude et les actions soit de l'évêque célébrant soit du prêtre officiant pn présence de l'évêque, la manière de faire les sermons ou allocutions, etc. (ch. 18 à 26) ; comment on peut suppléer au manque de chanoines ou d'autres ministres, et régler le chant des oraisons ou des autres parties de la messe, comment doit être célébrée la messe basse, dite par l'évêque ou par un prêtre, en présence de l'évêque (ch. 26 à 3o). Le livre se termine par un dernier chapitre (ch. 3i) où sont exposés tout au long les rites et cérémonies à garder dans la tenue d'un concile provincial ou d'un synode diocésain.
Le second livre traite des parties de l'office divin et ■ de la messe : on y expose la manière de célébrer les vêpres solennelles (premières ou secondes), les Compiles, les Matines et les Laudes, la messe solennelle, soit lorsque l'évêque officie, soit lorsqu'il assiste simplement, soit lorsqu'il est absent (ch. 1 à pj. Trois chapitres sont ensuite consacrés aux offices pour les défunts (ch. 10 à 12). Après avoir dit en général ce qu'il faut faire en cç.s divers offices, on expose les
diverses particularités qui se rencontrent au cours de l'année liturgique, par exemple, pour les dimanches de l'Avent, la veille et le jour de Noël, les fêtes qui se célèbrent entre Noël et la Purification, la bénédiction et la distribution des cierges au jour de la Purification, la bénédiction et l'imposition des Cendres au début du Carême, les dimanches du Carême et spécialement celui des Rameaux, les offices du Jeudi Saint, du Vendredi Saint et du Samedi Saint, la messe solennelle et la communion générale du jour de Pâques, les autres dimanches de l'année, les litanies et la procession du jour de Saint Marc et des trois jours des Rogations, la fête et la procession du Très Saint Sacrement. (ch. i3 à 33). Un chapitre est consacré aux autres fêtes et un autre à la manière dont on célèbre l'anniversaire de l'élection et de la consécration de l'évèque (ch. 33 à 33). On expose ensuite les pratiques à observer pour l'anniversaire soit de l'évèque défunt soit des chanoines défunts de l'église cathédrale, pour la maladie, la mort, les funérailles de l'évèque et l'élection de son successeur (ch. 36-38). Le dernier chapitre (3ç) traite du chant du Cojtfiieor, du mode de publication des indulgences et de la bénédiction donnée par l'évèque à la fin du sermon.
Le troisième livre donne le cérémonial à observer par les gouverneurs, chefs de province, vice-légats quand ils entrent dans leur territoire et pendant le temps qu'ils y séjournent, quand ils viennent à l'église cathédrale pour les grandes solennités, ou pour la communion générale : on y spécifie les marques de déférence que cç:s personnages doivent se donner à l'église, les honneurs qu'ils doivent rendre à l'archevêque ou à l'évèque, notamment lorsque celui-ci est cardinal (ch. 1 à 11).
Cette simple énumération des chapitres du Cérémonial des Evêques apprendra au lecteur pourquoi l'Eglise catholique est considérée à juste titre comme la grande école du respect. Ce qu'elle enseigne ici à tous ses
enfants, c'est qu'ils doivent honorer tous les dépositaires du pouvoir civil ou religieux comme les représentants de Dieu même. Elle se souvient de la parole de saint Paul : // n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été instituées par Dieu (i). C'est donc Dieu lui-même que l'Eglise nous fait honorer dans la personne de tous ses ministres, non seulement des évêques et des prêtres, mais aussi de tous les princes séculiers, chefs de la société civile, à quelque titre qu'ils la gouvernent. Les membres de la hiérarchie spirituelle doivent se souvenir (q^ue s'ils reçoivent des honneurs dans leur personne, ils doivent les faire remonter à Dieu, de plus, honorer eux-mêmes le Seigneur dans la personne de leurs supérieurs, de leurs égaux et de leurs subordonnés. Quant aux chefs de la société civile et à tous leurs auxiliaires, ils doivent considérer qu'ils se grandissent et s'honorent en honorant les ministres de la religion, qu'ils gagnent en autorité et en considération toutes les fois qu'ils s'abaissent devant Dieu et devant ses représentants dans l'ordre spirituel.
III. Rapports de la publication avec les ordines romani; utilité pratique des règles qui y sont énoncées. — Quelques points spéciaux méritent d'être relevés dans le Cérémonial des Evêques. i° Les honneurs rendus à la personne de l'évêque. Dans chaque diocèse, le représentant officiel de Jésus-Christ et de son vicaire est l'évêque appelé à le gouverner spirituellement ; par l'institution canonique, l'évêque tient du pape le pouvoir de régir les âmes. Quand donc il arrive pour la première fois au milieu du troupeau confié à ses soins, il faut qu'il présente ses lettres de créance, comme garantie de sa dépendance à l'égard du Saint-Siège : après quoi, il recevra les honneurs dus à sa dignité.
(i) Rom,, xiii, 1.
5o LE CÉRÉMONIAL
Aussi est-ce avec raison que le cérémonial trace les règles à suivre pour la présentation et la première réception de l'évêque dans sa ville épiscopale. Ces règles sont un diminutif du cérémonial observé à Rome pour la réception et l'intronisation du pape, surtout à partir du xiii^ siècle (i). Devant le prélat on porte la croix pour lui apprendre, à lui-même et à ses diocésains, qu'il vient au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, comme son disciple et son représentant, que les bénédictions répandues sur son passage sont les bénédictions de Jésus lui-même. La première visite du prélat se fait à l'église cathédrale où il commence par offrir ses adorations au Très Saint Sacrement, monte à l'autel pour y rendre grâces à Dieu et implorer sa protection, se rend au trône épiscopal où s'étant assis il reçoit l'acte de soumission de tous les dignitaires ; puis, quand on a imploré le patron de l'église, le prélat est conduit à la demeure épiscopale. Dans la suite, chaque fois que l'évêque vient à l'église pour quelque office, l'entrée et la sortie s'accomplissent avec le même cérémonial et l'on agit de même pour la visite épiscopale des paroisses du diocèse. S'il plaît au Souverain Pontife d'envoyer un visiteur extraordinaire, cardinal ou légat, dans une province, un diocèse ou une simple paroisse, des honneurs semblables lui sont rendus ; l'évêque du lieu qui accompagne cet ambassadeur pour le présenter à ses diocésains s'abstient de bénir par déférence pour le représentant du Saint-Siège. Dans l'église où l'ambassadeur est reçu, on lui assigne une place d'honneur et les dignitaires se groupent autour de lui suivant le rang qui convient à leur dignité respective.
2" Réunions présidées par révêque. — Le Cérémonial règle jusque dans les moindres détails ' la manière de tenir ces réunions. Pour la disposition du
(i) Voir les Ordines Romani XJII et XIV.
LE CÉRÉMONIAL 5l
sanctuaire et du chœur, le mieux serait d'adopter le plan des anciennes basiliques. Si cependant le trône épisGopal ne peut être placé au fond de l'abside et derrière l'autel, on le mettra du côté de l'Evangile. Tantôt, le prélat célèbre lui-même, tantôt il assiste aux offices célébrés par un prêtre. Dans le premier cas, les règles spéciales tracées dans le Cérémonial rappellent soit les pratiques de l'église primitive, soit les rites observés encore maintenant à la messe du Pape : ainsi, l'évêque est entouré d'un plus grand nombre de ministres que le prêtre ; aux vêpres et à laudes, il a un prêtre assistant, deux diacres d'honneur, sept ministres d'ordre inférieur (pour le livre, le bougeoir, la crosse et la mitre, l'encensoir et les cierges) ; deux maîtres de cérémonies assurent la bonne exécution des rites et des mouvements divers; à la messe, il y a de plus un diacre pour l'évangile, un sous-diacre pour l'épître, et ces deux ministres assistent le prélat quand il est à l'autel. Le Cérémonial des Evêques détermine ce que chacun doit faire, comme aussi les rites que doit observer le célébrant assisté de la sorte. Les ornements que doit revêtir l'évêque sont disposés à l'avance sur l'autel et on les lui présente au moment voulu pour l'habillement au trône ; le Très Saint Sacrement est d'ordinaire réservé dans une chapelle et à un autel distinct de celui où l'évêque célèbre solennellement.
Pour la messe célébrée par un prêtre en présence de l'évêque, il y a lieu d'observer certaines pratiques en raison des honneurs rendus à la dignité épiscopale.
Il est un genre de réunions sur lequel on donne des détails circonstanciés dans le Cérémonial des Evêques à la fin du premier livre : ce sont les cas extraordinaires où le métropolitain convoque en assemblée les evêques de sa province, où l'évêque appelle en synode les principaux membres du clergé diocésain. Comme dans ces réunions sont traitées des affaires intéressant le bien des âmes, le Cérémonial veut que les fidèles en soient informés, que des prières soient récitées, des
jeûnes et autres bonnes œuvres soient accomplis pour attirer les bénédictions du ciel sur les membres et les délibérations de l'assemblée. L'ouverture des séances se fait par une messe solennelle du Saint-Esprit que célèbre à la cathédrale l'archevêque métropolitain ou l'évêque diocésain; dans la salle de réunion on dispose les sièges de façon à ce que la dignité hiérarchique soit scrupuleusement respectée, tous sont appelés à émettre leur avis d'après l'ordre de préséance, des prières moins solennelles sont récitées au commencement de chaque session, la dernière séance se termine par des acclamations et le baiser de paix que tous se donnent en signe de charité et de mutuelle entente. Si le concile ou synode dure plusieurs semaines, on chante chaque jeudi à l'église cathédrale une messe solennelle du Saint-Esprit.
3° Célébration solennelle des vêpres et de la messe par tévêque. — Plusieurs fois par an, c'est-à-dire aux grandes fêtes de l'année spécifiées dans le Cérémonial, l'évêque doit célébrer dans sa cathédrale. Cette célébration a pour objet de rappeler et de représenter aux fidèles les solennités où le peuple de Rome était convoqué en une église désignée d'avance pour assister à la messe du pape : rien n'est plus propre à exprimer d'une façon vraiment caractéristique l'acte de Notre- Seigneur célébrant la dernière Cène au milieu de ses Apôtres, l'union du troupeau avec le pasteur, l'union des pasteurs subalternes avec le pasteur suprême.
Voilà pourquoi dans les premiers temps, les évêques de la campagne romaine dont le territoire touchait à la ville de Rome, recevaient un fragment des espèces consacrées par le pape dans une messe précédente et, en ces solennités,, ajoutaient ce fragment^ aux espèces consacrées par eux pour marquer ainsi d'une façon sensible leur union avec le chef suprême de toute l'Eglise. Cette pratique n'est plus observée maintenant; il reste néanmoins un assez bon nombre de rubriques de la messe épiscopale pour rappeler, mieux que la messe
LE CEREMONIAL Oâ
solennelle célébrée par un prêtre, les observances des premiers âges. A ce point de vue, les chapitres du Cérémonial des Evêques, qui traitent de la messe épiscopale solennelle, sont intéressants à parcourir : relevons à titre d'exemple quelques traits empruntés par ledit Cérémonial aux anciens Ordines Romani. — A. Il est à souhaiter que dans les églises cathédrales, il y ait une chapelle distincte du chœur ; l'évêque accompagné de ses chanoines, se rend dans cette chapelle pour y adorer le Très Saint Sacrement, réciter les prières préparatoires pendant qu'on chante tierce, revêtir les ornements, terminer en chape l'heure de tierce par le chant de la collecte de la Messe (i), revêtir ensuite les tunicelles, les gants, la chasuble, recevoir la mitre, l'anneau et la crosse. Lorsque l'encens a été bénit, le Pontife fait alors son entrée solennelle et s'avance vers l'autel en bénissant le peuple. Ces diverses cérémonies permettent de reconstituer par la pensée les pratiques de la station, des préparations faites à la sacristie de l'église où l'on devait célébrer et de la marche à l'autel pendant qu'on exécutait, au chœur, le chant de l'introït. — B. Arrivé au bas de l'autel, le pontife s'arrêtait un instant dans un profond sentiment de son humilité, puis il montait les degrés pour baiser l'autel et le livre des Evangiles et de là, se rendait directement à son trône. De nos jours, les mêmes cérémonies s'accomplissent, mais l'Eglise a voulu que le pontife exprime les sentiments d'humilité dans les formules et prières de la confession et que par un premier encensement à l'autel, il rende un premier hommage à la pierre sacrée, symbole de Jésus-Christ lui-même. — C. Comme dans les premiers temps, la partie de la messe qui comprend les lectures et les chants s'accomplit tout entière pendant que l'évêque demeure assis au trône. C'est là qu'il lit les prières de l'introït, dit le Kyrie, entonne et
d) Le Cérémonial des Evêques suppose ici que l'heure de tierce est chantée par les chanoines dans la chapelle où le prélat revêt les ornements.
récite le Gloria in excelsis, chante la collecte, entend le chaint de l'épître et de l'évangile, entonne et récite le Credo, L'autel est vraiment ce qu'il signifie, la table du sacrifice, le lieu où s'immole la victime, le pontife n'y paraît debout que quand il s'apprête à renouveler les saints mystères. — Z>. A l'offertoire, le calice est apporté de la crédence à l'autel par le sous-diacre, le diacre présente au pontife l'hostie, met le vin et l'eau dans le calice qu'il présente également. Ces cérémonies sont une reproduction de l'antique offrande où les dons présentés par les fidèles au pontife étaient disposés sur la crédence (ou prothèse) par les diacres et autres ministres, et où les diacres mettaient eux-mêmes sur l'autel les éléments à consacrer, tandis que les sous-diacres apportaient calices et patènes. Puis, quand le pain et le vin ont été offerts, le sous-diacre ayant sur ses épaules le voile humerai reçoit la patène, vase mettre au bas des degrés de l'autel et demeure là pendant que s'accomplissent les saints mystères tenant la patène à la hauteur des yeux. C'est encore là une réminiscence de la pratique ancienne, alors que la patène, de proportions plus considérables qu'aujourd'hui, eût été un encombrement sur l'autel jusqu'au moment de la fraction de l'hostie. L'attitude du sousdiacre tenant la patène devant ses yeux, rappelle l'époque où tous les assistants qui entouraient le pontife (évêques, prêtres, diacres, sous-diacres) se tenaient inclinés pendant toute la durée du canon ; seuls les diacres se relevaient à Nobis quoque peccatoribus ^ovlv aider le pontife dans l'acte de la petite élévation (i). — E. Avant la communion, les ministres qui servent à l'autel reçoivent le baiser de paix au chœur pour marquer quelle étroite charité doit régner entre les fidèles appelés au même banquet de la sainte communion. L'évêque, après avoir communié, distribue lui-
(i)Mabillon, Comnentariusînordinem Romanum. P. L., t. LXXVIII, C9I. 877.
même le corps du Sauveur à ses ministres d'abord, puis aux assistants, mais il faut remarquer que diacre et sous-diacre communient avant le Confiieor et que, pendant la distribution de la sainte communion, le diacre tient le ciboire auprès du pontife : ce sont là des vestiges de la pratique primitive, où les ministres qui servaient à l'autel prêtaient un concours actif au célébrant pour la distribution de la communion comme pour la réception des offrandes. L'évêque dit les dernières prières d'actions de grâces à l'autel, laissant au sous-diacre le soin de purifier le calice et de le rapporter à la crédence : autre vestige de la pratique romaine primitive où les sous-diacres avaient la charge de porter à l'église de la station les vases sacrés nécessaires à l'oblation du saint sacrifice et de les reporter ensuite à la demeure pontificale. La bénédiction solennelle ayant été donnée, l'évêque récite le dernier évangile en retournant de l'autel au trône : ce rite observé de nos jours par les prélats et seulement à la messe solennelle rappelle la pratique communément suivie par tous les prêtres quand on commença à réciter le début de l'Evangile de saint Jean ; tous récitaient de mémoire ce passage comme formule d'actions de grâces en se rendant de l'autel à la sacristie. Ainsi la messe pontificale solennelle, mieux que la messe célébrée par un simple prêtre, nous rappelle la pratique primitive et donne l'explication de rubriques qui sont plus ou moins difficiles à comprendre pour quiconque n'a pas assisté à l'une de ces messes ; on en peut dire autant, toutes proportions gardées, de la messe chantée et célébrée par un prêtre assisté d'un diacre et d'un sous-diacre.
4° Les règles à observer dans le cas où le siège épiscopal devient vacant par la mort du titulaire, les honneurs à rendre à l'évêque défunt, \qs prières pour l'élection de son successeur, etc.. sont autant de pratiques empruntées à ce que les Ordines Romani avaient statué à l'occasion de la mort du pape. On voit dans
toutes ces observances la sollicitude des anciens âges pour ne pas oubKer au delà du tombeau les pasteurs sur lesquels a pesé la lourde charge du salut des âmes, pour appeler les bénédictions du ciel sur ceux qui auront à continuer une tâche aussi difficile. C'est la mise en acte de celte recommandation des Livres Saints : Souvenez- vous de ceux qui vous conduisent, qui vous annoncent la parole de Dieu ; et considérant quelle a été l'issue de leur vie, imitez leur foi... Obéissez à ceux qui vous conduisent et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte (i).
(i) Héhr., xmi, 7 et 17,
Conclusion
Pour concevoir une haute estime du recueil dont on a essayé ici de rechercher les origines et de retracer l'histoire, il faut se rappeler ce que dit Innocent III au commencement de son traité sur la messe. « La célébration de la sainte Messe a été réglée avec tant de prévoyance et une telle attention que les rites en représentent ce qui s'est accompli par le Christ lui-même et sur son adorable personne ; depuis le jour où II est descendu sur la terre jusqu'au jour de son ascension au ciel, tous les événements de sa vie se reproduisent ici d'une façon admirable tant par les paroles que par les signes. Ainsi dans l'offrande du sacrifice, on voit des personnes, des actions, des paroles et des objets : il y a trois catégories de personnes, célébrant, ministres, assistants ; trois catégories d'actions, attitudes, actes, mouvements du corps ; trois catégories de paroles, prières, chants, lectures ; trois catégories d'objets, ornements, vases sacrés, matière (ou éléments) du sacrifice. Le tout recèle des mystères vraiment divins, sous chaque catégorie se voile une céleste douceur, pourvu que cela soit saisi par un observateur attentif, capable de sucer le miel du rocher et l'huile qui sort de la pierre la plus dure (i). » Les remarques du saint pape se rapportent à la messe célébrée solennellement avec ministres sacrés, mais on peut les étendre sans peine aux autres offices solennels qui sont comme un rayonnement et une extension du saint sacrifice : on voit également que, dans la
(i) Deuteron., XXXII, i3. — Innocentius III, De Sacro aîtaris mysierio, dans P. L., t. CCXVII, col. 774.
pensée du pieux auteur, les diverses cérémonies ne sauraient être de simples actes extérieurs plus ou moins vides de sens, qu'il faut les accomplir avec les sentiments de dévotion et de piété inspirés par la foi. Dans la publication officielle du Cérémonial des Evêques, le même enseignement nous est donné ; on comprend l'importance de l'exacte observation des règles, particulièrement dans ce qui est dit des maîtres de cérémonies. L'évêque apportera un très grand soin à les bien choisir, et il veillera à ce que tous leur obéissent avec docilité. Il prendra, à cet effet, deux membres de son clergé, à l'extérieur convenable et avenant, mais remarquables surtout sous le rapport de la science, de la piété, de la vertu, de l'habileté et de la docilité ; le premier aura au moins vingt-cinq ans, sera prêtre, formé à la pratique du bien, possédera, autant que possible, une connaissance spéciale du droit canon ou de la théologie, s'appliquera à étudier constamment ce qui concerne les divins offices et les rites de l'église. De plus, l'évêque avertira soigneusement tout son clergé, chanoines et autres membres du choeur, qu'une obéissance sans réplique ou objection est due aux cérémoniaires en tout ce qui regarde le culte divin, qu'il faut avoir les yeux sur eux pendant l'office pour exécuter ce qu'ils indiquent au moindre signe (i).
(i) Ccerejnoniale Episcoporum, lib. I, cap. v.
LE CÉRÉMONIAL Sç