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CHAPITRE II

Les Ordines Romani et ceux des autres églises occidentales, entre le YIII* et le XIY^ siècle.

Durant cette longue période, les renseignements sur les Cérémonies sont fournis par les nombreux Ordinaires des diverses églises : on constate dans ces documents que l'ordonnance rituelle n'est pas partout la même et que, dans la seule Église romaine, cette ordonnance reçoit des modifications aux diverses époques, notamment au xiv^ siècle, quand la cour pontificale quitte momentanément Rome et se transporte en Avignon. Nous étudierons ici en deux articles : 1° les Ordinaires de l'Église Romaine ; 2° les Ordinaires des autres églises occidentales.

Article premier.

Ordinaires de l'Église Romaine.

Mabillon a publié quinze de ces Ordinaires (i) et bien que là collection ne soit pas complète, que l'édition puisse laisser à désirer au point de vue de la correction du texte, cette publication, avec le commentaire qui la précède, demeure jusqu'à ce jour la source principale où l'on peut se renseigner sur lespratiques de l'Eglise romaine. Il importe donc de la faire connaître au lecteur. Les Ordines Romani appartiennent à diverses époques, les plus anciens peuvent remonter jusqu'au vii^ et même au vi® siècle ; ils diffèrent également entre eux par l'objet dont ils trai-

(i)Mabillon, Musœum Jialicum, t. Il et P. L,, t. LXXVIII, col. 85i et seq.

tent. Tous nous transportent à une époque où l'office divin, la Messe, l'administration des Sacrements revêtaient un caractère de solennité en grande partie disparu maintenant. Mettant à part les trois derniers qui marquent une nouvelle période dans l'ordonnance des cérémonies, nous grouperons les autres d'après la matière qui s'y trouve exposée ; ce qui nous permettra de décrire : i° le rit romain de la messe pontificale et de la messe épiscopale, d'après les Ordines I à VI ; 2° le rit romain du baptême et des ordinations, d'après les Ordines VII, VIII et IX; 3° le cérémonial des dignitaires de la Cour romaine et des diverses solennités de l'année, d'après les Ordines X, XI et XII ; A^ le cérémonial romain à la fin du xiii® et pendant le XIV® siècle, d'après les Ordines XIII, XIV et XV.

§ I . — Le rit romain de la messe pontificale

ET de la messe épiscopale

d'après les ordines romani I A VI.

I. Les Documents. — i° Pour VOrdo Romanus I, Mabillon s'est servi d'un manuscrit de Saint-Gall et de trois autres manuscrits copiés au ix* siècle. Mais on a constaté que toutes les parties de ce document ne sont pas purement romaines ni de même antiquité ; la portion la plus ancienne et purement romaine est contenue dans les vingt et un premiers numéros, elle expose les cérémonies de la messe pontificale ; on croit que la rédaction actuelle fut faite par Etienne III (768-772) sur un texte du vi^ siècle, si l'on tient compte des suppléments, il faudra en reporter la date après 795, car au n° 24, nous lisons le nom de Charlemagne avec une référence au pontificat d'Adrien I^*" considéré comme terminé (i). Quant à la deuxième partie, Mabillon l'a éditée d'après un manuscrit de Saint-Gall : il y donne deux rédactions concernant les cérémonies pascales.

(1) F. Atchley, Ordo Romanus J, with Introduction and notes. London, 1905, p. 7

Amalaire, dans son traité De Officiis ecclesiasHcis composé vers 83o, se réfère à cet Ordo; raaisy dans un voyage fait à Rome deux ans plus tard, cet auteur dut constater que son texte ne concordait plus avec l'usage romain. De fait, dit Mgr Duchesne, quand on lit cette partie de M Ordo Romanus I, on a l'impression de se trouver en face d'un usage de Rome mais combiné avec d'autres usages inconnus à la Cour pontificale (i).

2° UOrdo Romanus II de la série Mabillon paraît être une recension gallicane du précédent, faite sous Charlemagne ou quelqu'un de ses successeurs immédiats ; tout en suivant son modèle, le rédacteur introduit certaines pratiques de la Gaule. Mabillon estime ce document très ancien ; « la preuve en est, dit-il, qu'Amalciire en a expliqué les parties dans ses Eclogœ de Sacrificio Misses, Le récent éditeur de VOrdo I, F. Atchley ne partage pas tout à fait ce sentiment ; il pense qu'Amalaire avait plutôt sous les yeux un texte apparenté à VOrdo II. C'est le texte de VOrdo Romanus II qu'Hittorp reproduit en premier lieu dans sa collection (2).

3*^ Mabillon n'ose pas dire à quelle époque fut rédigé VOrdo Romanus III, dont le contenu est à peu près le même que celui des deux précédents ; il y a joint le fragment d'un Ordo Romanus IV, extrait d'un manuscrit qui a appartenu à Constantin Cajetan. Hittorp donne cet Ordo en quatrième lieu. C'est à l'aide de ces documents que l'on décrira la messe pontificale au IX* siècle.

4° Deux Ordines Romani V et VI, ayant pour objet la Messe épiscopale, sont présentés par Mabillon, comme tirés d'anciens manuscrits : le premier des deux est tiré d'un Codex très ancien de Saint-Gall ; il donne le rit de la Messe épiscopale, d'après la pratique de

(1) Mgr DucHBSNB, Origines du Culte chrétien, a* édition, pp. 189 et 141.

(2) Hittorp, De divînis catholicœ ecclesice officiis, 1 vpl. in-fol. Parisiis, 1624.

l'Eglise romaine et renferme des détails intéressants (i).

IL Le Contenu. — i° Messe pontificale, d'après VOrdo Romanus I. Il s'agit de la messe stationale, célébrée par le pape entouré de nombreux ministres, dans une église désignée d'avance, en présence des fidèles de toutes les régions de Rome. Pour en donner une idée, il convient d'ajouter quelques détails à ce que l'on a déjà dit de la pratique des stations.

La ville de Rome fut partagée, au point de vue ecclésiastique, en sept régions, chaque région fut présidée par un diacre appelé régionaire, qui avait sous lui des ministres inférieurs. Au jour de la semaine qui leur était assigné, ces ministres avaient à remplir un office auprès du pape, soit pour la procession à l'église de la station, soit pour la messe. En la fête de Pâques, la station était à Sainte-Marie-Majeure; un peu avant l'arrivée du pape à l'église, on venait lui indiquer le nombre des nouveaux baptisés de la veille, il répondait : Deo Grattas. A la procession, pour se rendre à la station, on porte devant le Pontife le Saint-Chrême, le livre des Evangiles, les linges et les vases sacrés nécessaires pour la célébration de la liturgie. Les membres du clergé qui ne sont pas désignés pour accompagner le pape le précèdent et vont l'attendre à l'église de la station : un peu plus tard, le pape arrive monté à cheval ; sur l'ordre du sous-diacre régionaire, un ministre lui présente l'eau pour se laver les mains ; VOrdo Romanus III ajoute qu'on lui présente aussi l'encens en signe de soumission.

(i) Sur ces Ordines, voir Mabillon. P. L., t. LXXVIII, col. 986, 967, 97S, 985. — HiTTORP (f 1684) a donné dans son Ordo Romanus une sorte de compilation sur la pratique de l'Eg-lise romaine quand la liturgie, de cette Eglise fut introduite dans les Gaules so^s Pépin le Bref et Cliarlemagne. Tommasi trouve qu'il y a dans cette oeuvre un amas de matériaux présentés sans ordre (farrago quœdant). Ayant Hittorp, Georges Cas- SANDRE (f i566) sous le titre : Ordo Rotnanus de officia Missœ, avait édité un recueil de documents liturgiques avec commentaires, dont le mérite est d'avoir été le premier en ce genre. (^Dictionnaire d' Archéologie chrétienne et de liturgie, t. II, col. 2339.)

Déjà, à ce moment, les fidèles se sont réunis dians Téglise de la station, ils sont rangés, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre ; le sous-diacre assistant sort de la sacristie, suivi d'un acolyte qui porte le livre dés évangiles magnifiquement relié, ils traversent l'église où tout le monde se lève par respect, vont jusqu'à l'autel, sur lequel le sous-diacre dépose solennellement l'évangéliaire : puis tous deux rentrent à la sacristie. Pendant ce temps, le Pape s'y est rendu directement pour revêtir les ornements sacrés (aube, cordon, amict, tunique, dalmatique, chasuble, pallium) ; les autres ministres revêtent aussi leurs ornements respectifs ; on appelle la Schola, le pontife désigne luimême le sous-diacre qui doit chanter l'épître et celui qui chantera le répons. La Schola ayant pris place dans le choeur, commence l'introït, pendant que le pape précédé de ses ministres sort de la sacristie. En tête marche un sous-diacre portant l'encensoir, puis, viennent sept acolytes avec leurs cierges allumés. Arrivés au presbyterium, les diacres quittent leurs chasubles pour accomplir plus aisément leur service à l'autel, deux acolytes tenant ouverts des sacs où se trouve la sainte réserve (sancta) (i), s'approchent du pontife, celui-ci vénère le corps du Sauveur et s'assure que les saintes espèces sont en quantité suffisante. Le pape s'avance ensuite jusqu'à l'autel, prie un instant en silence, donne le baiser de paix à l'un des évêques assistants, au premier des prêtres et à tous les diacres, fait signe au préchantre d'entonner Gloria Patri. Quand on chante Sicut erat, les diacres vont deux à deux baiser l'autel aux extrémités, reviennent ensuite près du pontife ; celui-ci monte à son tour à l'autel,

(i) On lit dans Or do Romanus 1, « Salutat sanctaii, P. Z,., t. LXXVIII, col. 941, dans Ordo Romanus. JI, « adorât Sancta ». Jbid., c. 970. Il s'agit des saintes espèces du pain conservées d'une messe précédente pour être mêlées au vin consacré d'une messe suivante : ce qu'on appelait le fermentum. — Voir divers passages du Commentaire de Mabillon sur rOrdo Romain, P. L., t. LXXVIII, çol. 855, 860, 870-871. L'usage disparut vers le ix* siècle.

baise le livre des évangiles, puis l'autel, s'avance vers son trône, où il reste debout tourné vers l'orient.

Le chcEur chante Kyrie que l'on répète jusqu'à ce que le pontife fasse signe au préchantre de s'arrêter j puis le pape se tourne vers l'assemblée, entonne Gloria in excelsiSy se tourne immédiatement vers l'orient pendant que le chœur continue l'hymne. Après quoi, il salue le peuple en disant : Fax vobis (i), se retourné vers l'orient pour dire la collecte, s'assied puis invite les évêques et les prêtres à s'asseoir eux aussi. Pendant ce temps les sous-diacres régionaires montent à droite et à gauche de l'autel ; celui d'entre eux qui a été désigné pour l'épître va à l'ambon ; quand il a fini sa lecture, il est remplacé par le sous-diacre qui vient chanter le Graduel, un autre se présente pour chanter l'Alleluia ou le Trait. Le chant terminé, le Diacre désigné pour l'évangile vient baiser les pieds du pape et recevoir la bénédiction, puis va à l'autel prendre le livre des évangiles, se rend à l'ambon : devant lui marchent deux acolytes avec des cierges, un sousdiacre portant l'encensoir entre deux sous-diacres régionaires occupés à mettre de l'encens sur le feu. Tous s'avancent ainsi à l'ambon (à celui du nord s'il y en a deux). L'un des sous-diacres s'avance, fait un support pour le livre des évangiles avec son bras gauche tandis que le diacre cherche le passage à chanter. Le diacre reprend le livre refermé, glissant un de ses doigts à l'endroit voulu, porte le livre à l'ambon et chante l'évangile (2). Le chant terminé, le diacre descend, présente le livre au sous-diacre, celui-ci le

(i) Les mots : Sacerdos autem : Dotninus vobtscum, placés en note de VOrd. ront. II ; Ibid., col. 971, ont été insérés dans le texte par Hittorp ; ouvr. cité, p. 3.

(2) D'après VOrdo Ront. Il, col. 972, au commencement de l'évang-ile, le diacre fait un signe de croix sur son front et sur sa poitrine (l'auteur de VEcloga mentionne seulement le front) ; tous les assistants se signent de même. Ceux qui ont à la main des bâtons les déposent, . tous sont tournés vers l'orient tandis que le diacre fait face au midi. Après l'Evangile, le sous-diacre présente le livre à baiser, non seulement aa clergé mais à tout le peuple.

LE CEREMONIAL 2D

transmet au sous-diacre assistant. Ce dernier tenant le livre sur sa chasuble le présente à baiser à tous ceux qui sont au chœur en suivant l'ordre hiérarchique ; puis un acolyte vient avec le coffret dans lequel il enferme le livre des évangiles et l'emporte.

Cependant le pape salue l'assemblée et l'invite à prier (i). Le diacre qui vient de chanter l'évangile retourne à l'autel, prend le corporal (linge de la grandeur de nos nappes d'autel), se rend à une extrémité de Tautel et aidé d'un autre diacre y étend le corporal. Le pontife et ses ministres s'avancent vers l'assemblée pour recevoir les offrandes (pains et flacons de vin) ; le pape lui-même reçoit les pains, l'archidiacre reçoit le vin. A mesure que les pains sont présentés, on les passe à deux acolytes qui les reçoivent dans un sac de lin. Pour les flacons de vin, on les verse dans un grand calice à deux anses porté par un sous-diacre régionaire ; quand ce calice est rempli, on le vide dans des vases (scyphi) tenus par des acolytes. — L'offrande terminée, le pape retourne à son trône, se lave les mains et l'archidiacre en fait autant devant l'autel. Sur un signal du pontife, l'archidiacre monte à l'autel, y range les pains, reçoit du clergé l'offrande du vin et du chœur l'offrande de l'eau, verse dans un grand calice le vin puis un peu d'eau. Alors le pape reçoit les offrandes de pain du clergé et les place sur l'autel.

Finalement l'archidiacre reçoit le calice des mains du sous-diacre qui le soutenait, place le calice sur l'autel à la droite du pain offert par le pape, tire le voile de l'offertoire qui était passé dans les anses du calice et pose ce voile à l'extrémité de l'autel. Le chœur ayant chanté l'antienne et le psaume de l'offertoire s'arrête sur un signal du pape, alors que, tout étant disposé comme on vient de le dire, celui-ci s'est approché de l'autel. Le pontife dit la prière secrète sur les oblations,

(i) \JOrdo Rom. 11^ mentionne le Credo, l'encensement de l'assistance après l'évangile, l'encensement des oblats, col. 972-3.

puis élève la voix pour la clause : Per omnia. Pendant la secrète et les autres prières jusqu'à la fin du canon, le clergé se groupe autour de l'autel ; les évêques sont immédiatement derrière le pape, ayant l'archidiacre à leur droite, le second diacre à leur gauche, les autres sont en ordre sur une ligne, les prêtres occupent le presbyterium ; les sous-diacres régionaires se tiennent derrière l'autel faisant face au pape. Celui-ci chante la préface et, quand la Schola a exécuté le Sanctus, il dit le canon sur un ton moins élevé (i). A la fin du canon, quand le pontife dit : Per ipsum et... l'archidiacre vient à l'autel, passe le voile de l'offertoire dans les anses du calice, soulève celui-ci et le tient en face du pontife jusqu'à la fin de la prière ; le pontife touche le calice avec l'un des pains consacrés ; l'archidiacre pose alors de nouveau le calice sur l'autel et écarte le voile. Un acolyte a tenu la patène dans un linge depuis le commencement du canon, debout derrière les diacres; au milieu du canon, il donne cette patène au sousdiacre assistant, et celui-ci la présente un peu plus tard à l'un des sous-diacres régionaires, A la fin du canon, ce dernier vient se placer derrière l'archidiacre, et quand le pape dit ces mots : ab omni perturbatione... l'archidiacre se tourne, baise la patène, la prend et la présente au second diacre. A Pax Domini (2) le pape accomplit la cérémonie des Sancta, c'est-à-dire fait trois signes de croix sur le calice et y laisse tomber une parcelle du pain consacré, réserve d'une messe solennelle précédente (3). L'archidiacre donne le

(i) L'Ordo Rontanus //signale les signes de croix à faire sur les saintes espèces durant le canon : voir la réponse du pape Zacharie à saint Boniface mentionnée ailleurs, P. L,., t.' LXXVIII, col. 974. \JOrdo Rontanus III dit que pendant le canon, un sous-diacre ayant un voile sur les épaules tient la patène devant ses yeux. Ibid., col. g8i.

(2) Ici encore, Hittorp insère dans le texte, la note de VOrdo Rontanus II, concernant les bénédictians épiscopales, Ibid., col. 975.

(3) Le fragment Ordo Rom. IV indique ici deux particularités : le pontife ne met pas de parcelle consacrée dans le calicej — puis il communie non à son trône mais à l'autel. Ibid., col. 984.

baiser de paix au premier des évêques, au clerg-ë et au peuple. Puis le pontife rompt l'un des pains, laisse un fragment sur l'autel, place l'autre sur la patène soutenue par un diacre et retourne à son trône. Immédiatement le chancelier et le reste des notaires montent à l'autel, se tiennent à droite et à gauche ; aussitôt que le chœur commence à chanter Agnus Dei, trois d'entre eux vont vers le pape pour inscrire sous sa dictée les noms de ceux qu'il invite à sa table ou à celle de son vicaire. Pendant qu'ils transmettent ces invitations, l'archidiacre lève le calice qui est sur l'autel, le donne au sous-diacre régionaire pour que celui-ci le tienne au côté droit de l'autel. Les sous-diacres assistants et les acolytes avec leurs sacs s'approchent : les premiers ouvrent les sacs dans lesquels l'archidiacre doit mettre les pains de l'autel. Alors les acolytes vont vers les évêques, les sous-diacres vers les prêtres pour les aider à rompre les pains : la patène est portée au trône par deux sous-diacres régionaires pour que les diacres puissent faire la fraction.

La fraction étant accomplie, le second diacre prend la patène et la présente au pontife pour que celui-ci communie sous l'espèce du pain. Cela fait, le pape trempe un petit fragment dans le calice que l'archidiacre a apporté au trône et communie sous l'espèce du vin. Alors l'archidiacre annonce la prochaine station ; après quoi il verse un peu de vin consacré du calice dans leç coupes (scyphi) tenues par les acolytes et dans lesquelles il y a du vin non consacré. Les évêques et, après eux, les prêtres s'approchent du trône pour que le pape puisse les communier ; le premier évêque hebdomadaire leur présente le calice ; les diacres et les premiers officiers de la cour pontificale sont communies de la même manière. La méthode de communier est curieuse à signaler : ainsi après qu'ils ont reçu l'espèce du pain des mains du pape, les ministres vont à l'extrémité de l'autel (les évêques et les prêtres au côté gauche, les diacres au,

côté droit) et plaçant leurs mains sur l'autel, ils se communient.

Alors l'archidiacre reçoit le grand calice des mains du plus ancien évêque, en verse le contenu dans une des coupes tenue par les acolytes, fait passer le calice vide à un sous-diacre régionaire, en reçoit un chalumeau pour que le peuple puisse communier sous l'espèce du vin. Le calice est transmis au sous-diacre assistant pour être porté à la sacristie. Le pape et les évêques communient le reste du clergé sous l'espèce du pain, l'archidiacre et les diacres suivent pour présenter l'espèce du vin. Suit la communion des fidèles ; le chœur chante avec les sous-diacres l'antienne et le psaume de la communion. La communion des fidèles diffère de celle du clergé en ce que le peuple reçoit le vin avec un chalumeau et que ce vin est sanctifié par l'addition d'une petite quantité du vin consacré par le pape.

Aussitôt que le pontife voit que la communion des fidèles est sur le point de finir, il fait signe au préchantre de commencer Gloria Patri. Lorsque l'antienne a été chantée pour la dernière fois, le pontife vient à l'autel, récite la collecte post-communion, faisant face à l'orient. Un diacre donne le congé ; le pape et ses ministres se retirent comme ils sont venus, avec cette différence que le pontife bénit les membres de chaque ordre par groupes l'un après l'autre.

Une pareille messe ne durait . pas moins de trois heures, spécialement quand il y avait une instruction et un grand nombre de fidèles pour l'offrande et pour la communion (i). Qu'auraient dit les chrétiens de nos jours facilement portés à se plaindre quand une grandmesse prend plus d'une heure ? La foi ardente et

(i) Saint Grégoire le Grand signale déjà la longueur de la messe pontificale. Dans les dernières années de son pontificat, il écrivait à Euloge, patriarche d'Alexandrie : « Voici bientôt deux ans que je suis retenu au lit et je suis tellement affligé de la goutte qu'aux jours de fêtes je puis à peine me tenir levé trois heures durant pour célébrer la messe. » Epist., lib. X, ep. JS- P- -^-i ^- LXXVII, col. igoi.

l'attrait pour les grandes cérémonies contribuaient sans doute à faire trouver alors le temps court.

2° Messe épiscopàle d'après les Ordines Romani V et VI. — En certaines circonstances, un des évêques de l'entourage du pape suppléait celui-ci pour la messe solennelle. Le prélat prenait alors les mêmes ornements que le Souverain Pontife et dans le même ordre ; il avait autour de lui les mêmes ministres mais parfois en nombre moindre, ainsi diacres, sous-diacres, acolytes pouvaient n'être que cinq ou trois, le chiffre des sous-diacres et acolytes étant basé sur le chiffre des diacres. Les cérémonies étaient à peu près les mêmes ; à peine relève-t-on deux ou trois particularités dans les Ordines V et VI ; encore sont-elles plutôt des additions gallicanes. Ainsi VOrdo V marque deux thuriféraires pour l'évangile ; d'après VOrdo VI, avant de demander la bénédiction pour l'évangile, le diacre dit l'invocation : Domine labia mea ; les deux Ordines mentionnent le chant du Credo (1) ;VOrdo F/indique la prière Veni sanctificator (2) et l'encensement des oblations ; plus loin le même Ordo signale la bénédiction épiscopàle annoncée par les paroles : Humiliate vos ad benedictionem.

3° Etant donné ce que nous avons dit de la deuxième partie de VOrdo Romanus I, nous n'ajouterons rien à ce paragraphe concernant les offices des trois derniers jours de la semaine sainte et du temps pascal.

§ 2. — Le rit romain du baptême et des ordinations

d'après les ordines VII, VIII ET IX.

Les Documents. — i° UOrdo Romanus VII permet de remonter tout au plus au ix® siècle, à l'époque de

(i) Cette indication du Credo semble aller contre le sentiment de Bernon d'Aug-ias d'après lequel le symbole ne fut pas en usage à la messe chez les Romains avant l'empereur Henri II.

(2> L'auteur du Micrologue dit que c'est là une pratique gallicane. Il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant que ces Ordines aient reçu des additions gallicanes. Voir P. L., t. LXXVIII, c. 98S-994.

3o LE CÉRÉMONIAL

Charlemagne : on en trouve le contenu presque mot pour mot dans une instruction que donna à son clergé sur le baptême, Jessé évêque d'Amiens (i). La rédaction de Y Or do a subi des retouches gallicanes (2); Mabillon a reproduit le document d'après des manuscrits du ix^ siècle, il se pouirait que la rédaction en fût plus ancienne (fin vii^)^ car on lui trouve des ressemblances avec le Sacramentaire gélasien. — Le Codex Sessorianus 52 a une rédaction de cet Or do qui présente certaines variantes ; on n'y parle pas de catéchumènes de langue grecque dans le rit de la tradition du Symbole, le Symbole récité est le iextus receptus du Symbole des Apôtres et non la formule de Nicée-Constantinople (3).

2° Les deux Ordines Romani VIII et IX, dit Mgr Duchesne, se trouvent dans des manuscrits du IX* siècle. D'après le D"" Kôsters, quelques indications permettent de faire remonter VOrdo Rom. VIII au VI® siècle et VOrdo Rom, IX à la fin du viii^ ou au commencement du ix^ (4). Cependant, dans ce dernier, la partie qui traite du couronnement du pape a probablement été ajoutée sous Léon IX (1048-1054) ; l'addition concernant les Quatre-Temps reproduit quelques dispositions prises par les évêques de la province de Mayence au début du xi^ siècle; cinquante ans plus tard elles furent supprimées par saint Grégoire VII (a. 1078).

II. Le Contenu. — Nous n'en parlerons que pour mémoire, car il n'appartient pas directement à notre sujet et il en a été traité ailleurs.

UOrdo VII donne la série des scrutins (ou épreuves) pour l'admission des catéchumènes au baptême; on en compte jusqu'à sept depuis la troisième semaine du

(i) p. L., t. CV, col. 781.

(a) Voir art. Baptême dans Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, t. II, c. 307.

(3) Revue bénédictine, a. 1897, t, XIV, p. 481. — P. L., t, LXXVIII, c. 993 et 997.

(4) Revue d'Histoire ecclésiastique de Louvain, a. 1907, t. VIII, p. 344.

LE CEREMONIAL Jl

Carême jusqu'au Samedi Saint. Suit la description du baptême solennel (i).

Les Ordines VIII et IX exposent les rits de l'ordination pour les ordres mineurs et pour l'épiscopat. On y trouve aussi l'énumération des degrés de la hiérarchie dans l'Eglise romaine (2).

§ 3. — Le Cérémonial des dignitaires de la cour

ROMAINE et les DIVERSES SOLENNITÉS DE l' ANNÉE d'après les ORDINES X, XI ET XIL

I. Les Documents. — 1° UOrdo Romanus X de Mabillon est antérieur au xiii® siècle, il est peut-être même du xi® ; car on y trouve la triple immersion pour le baptême, les règles de la pénitence publique, la formule d'absolution avant l'époque de la scolastique, l'onction des infirmes administrée avant le viatique, la communion des malades avec une hostie humectée de vin, la cendre et le cilice pour les moribonds ; tout autant de pratiques d'une antiquité respectable. Il faut surtout remarquer le rit de la sépulture pour les clercs de la fraternité de Rome : Amalaire dit avoir trouvé dans l'Antiphonaire de Rome et de Metz un rit de sépulture, Mabillon n'ose affirmer que celui de VOrdo X lui ressemble et qu'on puisse lui assigner une telle antiquité. Le D'" Kôsters cherche à établir que VOrdo X fut rédigé après VOrdo VII, c'est-à-dire peu après 1200 ; il en donne pour raison le chant du Credo au Jeudi Saint, cet argument n'est pas péremptoire (3) ; Thalhofer (4) s'écarte également de Mabillon et date VOrdo X de la fin du xii® siècle ou du commencement du xiii®. En somme les incertitudes sur l'époque de ce document sont loin d'être dissipées.

2°\JOrdo Romanus XI ^ ou Cérémonial du chanoine Benoît, chantre de l'Eglise romaine, fut composé sûre-

(i) p. L., t, LXXVIII, c. 998 et art. Baptême, loc^ cit., t. Il, c. aSi.

(2) Voir l'opuscule : Le Pontifical, pp. 19-21.

(3) Revue d'Histoire ecclésiastique de Louvain, loc. cit., p. 344.

(4) Thalhofer, Handbuck d. Kat. Liter; 1894, t. I, p. 48.

méat avant 1143, alors que le destinataire Guido de Castello (plus tard Célestin II) n'était encore que cardinal-prêtre. A peine achevé, VOrdo devint inutilisable par suite des événements ; ainsi Eugène III (ii45-ii53), à peine élu pape, dut quitter secrètement Rome, et fut sacré en dehors de la ville ; durant les quarante-deux années qui suivirent, Eugène III et ses successeurs ne passèrent à Rome que sept ans et demi. La cour papale n'ayant plus de demeure stable et fixe, il fallut, pour la célébration des offices, créer un nouveau rite éloigné en nombre de points des vieilles traditions basilicales. On essaya d'y remédier dans une certaine mesure en établissant dans les villes épiscopales où séjournait la papauté, un système de stations. — Quant à l'œuvre du chanoine Benoit, elle subit plusieurs retouches ; sous Adrien IV (i 154- 11 69), le cardinal Bosio en donna une rédaction modifiée, quelques parties de cette oeuvre sont passées dans les Gesia pauperis scholaris Albini (i).

3" Avec l'élection de Clément II (décembre 1187), on vit le pape rendu pour quelque temps à la ville de Rome ; jusqu'en 1 198, Clément III, puis son successeur Célestin III, ne quittèrent presque pas la ville sainte. On tenta de régulariser le Cérémonial et de le faire rentrer dans le cadre des anciennes traditions. Cette tentative donna VOrdo Romanus XII, où l'auteur, le camérier Cencius, tient compte des circonistances nouvelles : Cencius devint bientôt cardinal du titre de Sainte-Lucie, puis pape sous le nom d'Honorius III (1216-1227). Deson Ordo ou Cérémonial on peut tirer beaucoup de renseignements sur l'antiquité chrétienne : Onuphre Panvinius l'a résumé et lui a donné une nouvelle forme. Quoi qu'en ait dit Félix Cantelorius, gardien des archives secrètes du Vatican, VOrdo Romanus XII a bien Cencius pour auteur ; un certain

(i) Voir Mabillon, P.^ L., t. LXXVIII, col 856, et D. Baumer (trad. Biron), Histoire du Bréviaire, t. II, p. 18.

nombre d'observances plus anciennes y ont été consignées (i).

IL Le Contenu. — i° Après une indication sommaire des cérémonies pour les trois derniers jours de la Semaine Sainte, VOrdo Romanus A' présente une sorte de Rituel où se trouvent les rites du Baptême solennel, de la Consignation (ou Confirmation), de l'imposition de la pénitence, de la réconciliation des pénitents, de la visite, de l'onction et de la communion des malades, de la sépulture des clercs de l'Eglise romaine.

2° \JOrdo Romanus XI contient la réglementation de l'office divin et de la messe pour toute l'année ecclésiastique. On y remarque les particularités suivantes : la bénédiction des cierges et procession en la fête de la Purification (n° 29), la distribution des cendres au commencement du Carême (n° 84), la bénédiction et procession des Rameaux (n° 38), la messe et la bénédiction des saintes huiles le Jeudi Saint (n° 40), le lavement des pieds pour le même jour (n° 41), la confection des Agmts Dei le Samedi Saint pour le samedi suivant (n*^ 48), à Pâques l'office, la messe, la manducation de l'agneau pascal etc. Les quelques fêtes mentionnées à la fin sont celles de saint Jean- Baptiste, des saints Pierre et Paul, de Saint Laurent, de l'Assomption, de l'Exaltation de la Sainte Croix, de saint André. Le document, dans Mabillon, est suivi de quelques appendices.

3° IJOrdo Romanus XII suit aussi l'ordre du Calendrier et renseigne sur les cérémonies pontificales à Rome : Noël est célébré à Sainte-Marie-Majeure, il y a sept cierges à l'autel et c'est la Curie qui doit les fournir, le pape est acclamé au début de la messe, des rétributions sont assurées aux membres de la curie. Pour saint Etienne, le pape se rend à l'église de ce saint martyr sur le mont CeEus, et à Saint-Pierre pour le jour de l'Epiphanie. Au jour de la Purification, on

(1) Voir Mabillon, P. L., t. LXXVIII, col. 856, io63, D. Baumer, op. citât., p. 21.

chante Tierce à l'église Sainte-Martine, le pape y distribue les cierges aux fidèles, va en procession à l'église Saint -Adrien où l'on chante Sexte, puis de là, à Sainte-Marie-Majeure. Le pape entre pieds nus dans cette basilique et après qu'on lui a lavé les pieds on lui met les caliges pour la messe.

Le mercredi des Cendres, la bénédiction des cendres est faite, à Sainte-Anastasie, par le plus jeune des cardinaux-prêtres, la distribution est faite par le pape, lequel, pieds nus, suit la procession jusqu'à Sainte- Sabine où il célèbre la messe. Le jour des Rameaux, on porte solennellement le saint Evangile, figure de Notre-Seigneur, et on le place au milieu du choeur : alors se fait la bénédiction des Rameaux, puis a lieu la procession, etc. Le Jeudi-Saint, la consécration des saintes huiles est à Saint-Jean de Latran, le lavement des pieds à Saint-Laurent. — Le Vendredi Saint, le pape va de Saint-Laurent à Saint-Jean de Latran, le plus jeune cardinal-prêtre y prend la sainte réserve, tous l'accompagnent pieds nus et en silence jusqu'à l'église de Sainte-Croix où le pape officie ; pendant ce temps, l'évêque de semaine reste au Latran pour y faire l'office. — Le Samedi-Saint, les divers offices, bénédiction du feu nouveau, du cierge pascal, prophéties, bénédiction des fonts ont lieu au Latran : quand les cardinaux, bénis par le pape, sont repartis pour aller à leur église respective, le pontife va à l'église de Saint-Jean l'Evangéliste, y bénit les fonts, y baptise trois enfants, laisse aux chanoines de Latran le soin de baptiser les autres, puis a lieu la chrismation suivie de la litanie, de la messe et des vêpres. Le jour de Pâques, le pape avec sa suite va à Saint-Laurent où l'on adore l'image du Sauveur ressuscité, on se rend à Sainte-Marie-Majeure pour la messe après laquelle se fait le repas de la Cène dans la grande basilique léonienne : les vêpres sont à la basilique du Latran.

L'auteur de l' Ordo s'interrompt pour mentionner les rétributions faites aux divers membres du Clergé ;

puis il reprend l'année ecclésiastique au samedi qui suit Pâques. Ce jour-là, la station est à Saint-Jean de Latran, le pape y célèbre la messe, les nouveaux baptisés quittent leurs habits blancs, on présente au pape les Agnus Dei. En la fête de Saint-Marc se fait la Litanie majeure, on va de Saint-Jean de Latran à Saint-Pierre où se font les distributions. A l'Ascension et à la Pentecôte, le pontife célèbre les vêpres à Saint- Pierre ; pour Saint-Jean-Baptiste, l'office a lieu au Latran. Les fêtes par lesquelles se clôt la série sont celles de saint Pierre, saint Laurent, l'Assomption, saint Paul, l'Exaltation de la Sainte Croix, la Dédicace des églises de Saint-Pierre et Saint-Paul.

Le tout se termine par l'exposé des cérémonies qui accompagnent l'élection et l'intronisation du pape, la bénédiction et le couronnement d'un empereur (i).

§ 4. — Le Cérémonial romain a la fin du xiii^ siècle et pendant le xiv^, d'après les ordines XIII, XIV et XV.

L Documents. — i'' UOrdo XIII commence une nouvelle période dans le développement des Ordines ; rédigé à Lyon, il fut publié en 1274 par ordre de Grégoire X (2).

2° UOrdo XIV QSX. du cardinal Jacques Cajetan, neveu de Boniface VIII, et cérémoniaire pontifical sous ce pape et sous ses successeurs, Benoit XI, Clément V (mort en i3i4), le premier pape qui réside en Avignon, Jean XXII, Benoit XII et Clément VI; il remplit ainsi sa charge pendant une cinquantaine d'années

(i) p. L., t. XXVIII, col. 1025 à 1102. Si l'on compare les Ordines XI et XJI, on constate que quelques modifications secondaires ont été apportées à l'office soit sous Innocent III (f 1216), soit sous ses prédécesseurs ou successeurs immédiats.

(3) Voir D. Baumbr, otivr. cité, t. II, p. Z^ ; — Revue Hjsi. Eccl. de Louvain, t. VIII, p. 345. — ThalhofeR, Handbttch d. Kat. Liter.^ t. 1, p. 49.

(i3oo-i35o). Son œuvre dévoile les tentatives des franciscains pour appauvrir, réduire et simplifier la liturgie : il y a au calendrier un plus grand nombre de fêtes, la liturgie romaine s'écarte du rite des basiliques de Rome ; néanmoins, beaucoup de détails rappellent encore le rite des bénédictins dans les anciennes basiliques (i).

3. VOrdo XVint écrit par Pierre AméliusÇf i398)(2), ermite de Saint- Augustin, sacristain du bienheureux Urbain V, pénitencier et bibliothécaire de l'Eglise romaine sous Grégoire XI, puis successivement évêque de Sinigaglia, archevêque de Tarente, patriarche d'Aquilée. Ce n'est plus un recueil systématique des lois et règles en usage pour le Cérémonial de la curie et de l'église papale, mais plutôt une série de notes sur la façon dont ce cérémonial était observé dans telle ou telle circonstance : des memoranda analogues y ont été insérés après la mort d'Amélius en particulier par son successeur, Pietro Assalbiti (•)• 1440). Le manuscrit d'après lequel Mabillon a publié le texte actuellement connu est incomplet, comme on le voit chapitre 123 (3).

II. Contenu. — 1° La première partie, de beaucoup la plus étendue, de VOrdo XIII décrit les cérémonies qui accompagnent l'élection, l'ordination et consécration, enfin l'intronisation du pape. Il est des cas où l'élu n'a encore reçu aucun des saints ordres, alors il faut Içs lui conférer, cette collation est suivie de la consécration épiscopale. Quant à l'intronisation, nous en avons le cérémonial, en partie double, suivant que le nouveau pape se trouve à Rome ou en dehors de Rome. La deuxième partie donne quelques détails sur les cérémonies que préside le pape aux principales

(i) D. Baumbr, ouvr. cité, pp. 71 et 88-90.

(2) En 1401 selon d'autres.

(3) D. BavmeR, ouvr. cité, t. II, pp. g2-g3. — G. Mercati a donné de ce document une recension plus exacte dans Rassegna gregoriana, a. 1903, col. 397-444.

fêtes de l'année, Noël, saint Etienne, saint Jean, les Saints Innocents, le temps de la Septuagésirae, le Carême et la Semaine Sainte, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte (i).

2° UOrdo Romanus XIV a beaucoup d'analogie avec le précédent quant aux matières traitées : A) Election, ordination, couronnement du pape ; on y expose comment l'élection peut se faire ou par voie de compromis ou par voie de scrutin. — B) Messe célébrée par le pape : on y mentionne les fonctions que doit remplir le cardinal chapelain, les cinq couleurs (blanc, rouge, vert, violet, noir) des ornements de la messe pour les divers temps de l'année, l'usage des chasubles pliées pour le diacre et le sous-diacre, la pratique de la communion des ordinands, des évêques sacrés ou des abbés bénits, au jour de leur ordination, consécration ou bénédiction, la manière dont le pape célèbre une messe des défunts. — C) Messe célébrée par un cardinal en présence du pape, par un chapelain devant un cardinal. Plusieurs des particularités sont empruntées au Cérémonial du cardinal d'Estouteville, archevêque de Rouen. — D) Indication des cérémonies d'un caractère spécial, comme sont : les solennités où les souverains pontifes ont coutume de célébrer en personne, la tenue d'un consistoire, l'ordre à suivre pour un concile général, le couronnement d'un empereur, d'un roi, d'une reine, la canonisation d'un saint, les cérémonies et solennités pour la création de nouveaux cardinaux (2).

3° L'auteur ou rédacteur de VOrdo XV parcourt successivement les divers temps de l'année ecclésiastique, en commençant par le premier dimanche de r Avent, il signale ainsi les pratiques de l'Eglise romaine quand le pape est présent à Rome, quand il est absent, quand un empereur assiste à l'office. La partie où sont exposées les particularités de la récitation de l'Office

(i) P. L., t. LXXVIII, col. iioS à 1122.

(2) Ibid., col. 1121 à 1274.

est assez confuse dans Mabillon ; G. Mercati a essayé de fournir des éclaircissements en donnant un meilleur texte. On trouve enfin l'exposé des cérémonies à l'occasion de la maladie et de la mort du pape : obsèques, neu vaine de deuil, tenue du conclave (i).

Article IL — Ordinaires des autres églises occidentales.

Chaque église particulière, chaque monastère durant la période que nous étudions eut sans nul doute son Directoire pour la célébration de l'Office et de la Messe : il n'est pas possible de passer ici en revue tous les documents de ce genre ; du reste, bon nombre d'entre eux n'eurent guère d'influence sur la formation du Cérémonial romain, quant à ceux, qui ont laissé des traces dans notre liturgie, on les trouve mentionnés dans l'ouvrage de Dom Martène (2). On se contentera de décrire ici sommairement les Ordines qui ont fait l'objet d'une publication dans ces derniers temps.

1° En Italie. — M. Magistretti a publié en 1894 sous le titre : Beroldi Kalendarium et Ordines, un cérémonial qui représente les coutumes de Milan au XII® siècle. L'auteur de ce traité est un nommé Beroldus, chargé de veiller au luminaire de la cathédrale de Milan : il donne un exposé précis, net et rapide des rubriques des ministères variés se rattachant au culte. Après l'énumération des divers ministres attachés au service de l'église, on y trouve l'ordonnance de l'office de matines, les cérémonies de la grand'messe et des vêpres, les règles à suivre pour l'office des vigiles, des fêtes moindres, des fêtes solennelles'comme Noël, Epiphanie, Purification, les particularités du Carême, de la Semaine Sainte (appelée authentica)j Pâques et la Semaine pascale. Pente-'

(i) Ibid., col. 1273 à i368, voir aussi G. Mercati, Rassegua Gregoriana, loc. cit., an. igoS, col, 397-444.

(2) De Antiquis ecclesiœ riiibus, passim.

côte, etc.. Mention est faite des litanies pour la fête de saint Marc (i).

2° En Espagne. — Le Rituel Pontifical, publié par Dom Férotin, sous le titre de Liber ordinum, intéresse les cérémonies surtout dans sa première partie où l'on compte jusqu'à 8 y Ordines pour les exorcismes, le baptême, les ordinations, etc. (voir V Index de l'ouvrage). Le manuscrit qui a servi à cette publication est du XI® siècle et fut copié pour le monastère de Saint-Prudence de Laturce, non loin de Logrono; mais, comme après la conquête arabe au viii® siècle, la liturgie de Tolède ne subit vraisemblablement aucune modification, on peut dire que le document témoigne pour la pratique observée du vii^ au xP siècle (2). Il y a dans ce document des pièces entièrement neuves, comme les ordinations du sous-diacre, du diacre, etc., on n'y trouve pas Vordo de la consécration des évêques et de la dédicace des églises. Les' cérémonies monastiques sont largement représentées par les bénédictions d'un abbé et d'une abbesse, la consécration des vierges ; touchantes et curieuses y sont les prescriptions multiples du cérémonial des funérailles, notamment celles d'un évêque. Uordo 48 qui remonte sans doute au vii^ siècle et n'a pu être écrit que pour Tolède donne la cérémonie de l'archevêque remettant la croix d'or au roi au moment où celui-ci va partir pour la guerre. On donne aussi les cérémonies du baptême au grand complet. Uordo baptismi celebrandus omni fempore montre que l'antique usage du baptême pascal était dès lors une exception.

3° En Gaule. — i. Mgr Duchesne a édité VOrdo de Saint-Amand, un manuscrit du ix® siècle, purement romain, en accord pour l'exposé des cérémonies avec les Ordines VIII et IX de Mabillon. On trouve dans ce document la description de la Messe stationale, des cérémonies pascales, de la litanie majeure, l'ordination

(1) M. Magistretti, Beroldus...

(2) D. FerOTIN, Liber ordînuTn, Introduction, p. xii.

des prêtres et des diacres, la dédicace des églises, la procession de la Purification (i).

2. M. Ulysse Chevalier a publié un certain nombre d'ordinaires qui forment une ressource précieuse pour connaître les cérémonies des églises de Gaule entre le VIII® et le xiii° siècle. Tels sont : A) plusieurs ordinaires de la métropole de Reims (vii^-xiii" siècle) : le manuscrit Regius II, B. xiii du Britisk Muséum, du XI® siècle contient la transcription d'un original plus ancien ; il fut primitivement destiné à servir de coutumier au chantre ou au cérémoniaire. C'est un catalogue de rubriques et de formules du culte ; un manuscrit de la bibliothèque de Reims, n. 826 (al. 244 C) du xiii® siècle renferme un curieux cérémonial du sacre des rois et des reines de France. — B) plusieurs ordinaires de l'église cathédrale de Laon (xn°-xiii® siècle) : le manuscrit n. 2i5, Bibliothèque de Laon, antérieur à 1228, renferme deux parties : aj, un collectaire et capitulaire, b) l'ordinaire de Liziard, archidiacre de Beau vais. Le rédacteur de ce dernier se proposait de conserver dans leur intégrité les rites anciens, de mettre fin à toute contestation : dès le xm® siècle, ce manuscrit recevait à&s additions marginales ; — le manuscrit 22 1 de la bibliothèque de Lâon (autrefois n. 468 de la bibliothèque du chapitre de Notre-Dame de Laon), est attribué à Adam de Courlandon (f 1232), doyen de Laon ; il fut rédigé en vue de réformer certains points du service divin. — C^ un ordinaire ou coutumier de l'église cathédrale de Bayeux; manuscrit 121 Bibliothèque du chapitre de Bayeux, xiii® siècle. On ignore l'auteur de ce traité, mais, dès 1270, Langevin cite cet ordinaire dans le coutumier qui fit autorité pendant tout le moyen âge ; des additions marginales ou interlinéaires ont été faites à ce document depuis le xiii® jusqu'au xv® siècle (2).

(1) DUCHESNE, Origines du culte chrétien, a* édition, p. 142 et Appendice, p. 439 et suiv. ^

(2) Ù. Chevalier, Bibliothèque liturgique, t. Vil, Vlll etc.

D. Martène a connu plusieurs des ordinaires publiés par U. Chevalier. Les rites de l'église de Laon ont déjà été l'objet de recherches au XVII* siècle ; Ant. Bellotte, doyen du chapitre, de i65o à 1662, a publié Riius ecclesice Laudunensis redivivi ; la première partie de cet ouvrage constitue ce que l'on nomme de nos jours un Cérémonial. Elle renferme cinq chapitres : i) fonction» générales' et particulières du chœur et de l'office; 2) fonctions pontificales; 3) fonctions de l'hebdomadier, etc.; 4) fonctions du préchantre, etc. ; 5) processions.

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