LA GLYCINE
A Francis de Croisset
Sous le soleil d'été l'étang bleuâtre luit Comme un miroir rempli de flammes grésillantes Et les jardins touffus qui se penchent vers lui Mirent dans l'eau leurs fleurs brillantes.
Dans la barque, sous un grand dais de drap ponceau, Les jeunes filles font babiller leurs pensées. Leurs robes, où parfois perle une goutte d'eau, On dirait des fleurs renversées.
ii4 Le Cerisier fleuri.
Le bateau glisse et court sur les ondes. Là-bas Un jeune baigneur nu soudain s'effare, tâche De regagner la berge et par le gazon gras Dans la glycine en fleur se cache.
Sous les frêles rameaux l'adolescent frileux Tremble dans le vent tiède où les feuilles s'agitent ; Comme des grappes de légers papillons bleus Les fleurs autour de lui palpitent.
Sa poitrine ressemble au doux nénuphar blanc, Mais sa joue est pareille à la pivoine ardente Lorsque la barque passe et s'éloigne en mêlant Des chants à la brise fondante.