‹ Le cerisier fleuriChapitre 44 sur 64 · CALME · texte numérisé non relu

CALME

Sous les ombrages épais Nulle brise, nulle flamme.

Quel repos et quelle paix Sur la terre et dans mon âme !

Ah ! laissons tout sommeiller, Mon cœur! Silence! Silence!

Gardons-nous bien d'éveiller Le désir et l'espérance !

PRIMEVERES

O mes lèvres, chantez ma joie, Car un soleil Jeune et vermeil

Au ciel de mon âme flamboie !

Il illumine De cent coukurs Tous mes pensers comme des fleurs Et ma poitrine A mille cœurs !

'Primevères.

Mon âme est pleine de roses Et de lèvres souriantes Où, de leurs ailes brillantes, Voltigent des baisers roses.

Reines des rieurs parmi toutes ces fleurs Ta bouche fraîche et tes yeux bleus rayonnent Et sur leurs divines douceurs Mes baisers tremblants papillonnent.

Dis, me pardonneras-tu Mon injustice ?

Je fus méchant, je fus têtu ; Ayant souffert dans mon amour, j'aurais voulu Mettre aussi ton cœur au supplice.

C'était cruel, lâche, odieux !

Mais aussitôt que je vis tes chers yeux Pleins de tristesse et de tendres reproches Et ton visage aimé si pâle et si souffrant, Mon cœur dur se fondit en un divin torrent

'j-imeveres.

De baisers bondissant comme l'eau sur les roches ; Puis ce furent d'exquis remords Sous les paroles pardonnantes Et comme des petites morts Dans des musiques bourdonnantes.

Et nous voici

Plus sages, et plus doux, et plus aimants aussi, Ayant endormi nos fièvres Sur l'oreiller de nos lèvres.

Il n'est plus en moi rien qui m'appartienne, O cher cœur adoré ; Toute ma vie est tienne.

A toi chaque rêve doré

Qui voltige autour de ma tête

De poète ; A toi chacun de mes désirs ; A toi ma peine et mes plaisirs Et mes baisers et mes soupirs.

124 'Primevères.

A toi la fleur de mes pensées, A toi mes heures de bonté Et de confiance enlacées, Et tout mon cœur vibrant d'amour vers la beauté.

Dès que le clair matin m'éveille Je songe à ta lèvre vermeille ; Et quand je travaille, le soir, Je voudrais tout apprendre pour pouvoir T'ofFrir en souriant l'universel savoir.

Oublieux de tourner la page de mon livre Si j'y laisse parfois traîner mes doigts distraits, C'est que mon regard s'enivre Du souvenir de tes chers traits.

Des lointains cruels de l'absence Mon cœur vole vers ta présence, Mais aussitôt que tu parais Dans ton sourire il se blottit Comme un jeune oiseau dans son nid.

T'en souvient-il encore, dis, De ces premiers beaux jours Où notre jeune amour S'éveilla sur le doux chemin du paradis ?

O le cher et joyeux chemin !

Nous marchions la main dans la main, Bientôt aussi l'âme dans l'âme.

Nos regards se cherchaient en échangeant leur flamme

26 'Primevères.

Dans la petite salle obscure Où nous faisions alors tant d'aimables lectures. Mais ce n'étaient encor que des mots amusants Et des rires légers qui dansaient sur nos joues. Les livres ennuyeux, nous leur faisions des moues En aiguisant Des traits pointus

A l'adresse des gens obtus

Mais sans vouloir blesser personne, Car notre âme, à tous deux, se faisait douce et bonne

Pour que rien ne ternît l'azur

De nos regards aimants et purs ;

Puis l'on secouait la poussière Coutumière Des vieux bouquins,

Et, joyeux et libres enfin,

Par mainte rue ensoleillée

Comme on allait marchant, marchant,

Et l'une vers l'autre penchant

Nos deux âmes émerveillées !

T'en souvient-il encore, dis, Des doux chemins du paradis ?

S'il est vrai que Dieu même est l'essence du monde, S'il est le ciel rempli d'astres, la terre et l'onde, Le bel oiseau qui vole, et le lys qui fleurit, Et la chair souriante où palpite l'esprit,

O mon doux amour, c'est Dieu même Que j'aime En tes chers yeux où rêve tout l'azur,

C'est Dieu qui m'aime en ton cœur pur Et lumineux comme une aurore, Et dans nos baisers Jamais apaisés

28 'Primevères.

C'est le bonheur Divin que nous faisons éclore.

Voilà pourquoi notre bonheur Est une joie immense où la nature entière S'épanouit comme une fleur Dans une extase de lumière.

Voilà pourquoi notre cœur généreux Souhaite aussi que tous les êtres Qui vivent ou qui doivent naître, De notre doux amour doucement amoureux Avec nous soient bénis, avec nous soient heureux Et que leurs âmes fraternelles A nos âmes en feu se mêlent Quand les baisers sacrés de nos lèvres jumelles Font frémir à jamais la Tendresse éternelle.

O ce triste départ, hélas ! Dans ma demeure Je suis donc seul jusque demain !

Et l'heure pleure et mon cœur pleure, O mon doux amour, depuis l'heure

Où ta main caressée abandonna ma main.

Ce beau jour s'est flétri comme une fleur se fane. La joie avec toi m'a quitté Et dans l'air attristé Un regret languissant de toute chose émane.

130 'Primevères.

Tu ne peux pas savoir dans quel profond tourment Une absence D'un jour, d'une heure seulement, Plonge mon cœur aimant Qui ne vit qu'en ta présence !

Ma vie est toute hors de moi.

Ma vie est toute auprès de toi, Où tu souris, où tu respires ; Ma vie est l'azur de tes yeux Et le parfum de tes cheveux Et le son clair de ton doux rire !

Ma vie est sous tes pieds légers Comme un tapis de velours tendre ; Elle est sous tes longs cils frangés Comme un pleur scintillant qui ne veut pas descendre.

Notre amour est pour nous une sainte lumière Qui nous éclaire Dans tous les actes de la vie ; Il nous fait voir Tous nos devoirs Il est la loi toujours suivie.

Quand tu souris à mon côté Ta divine bonté M'inspire ; Je vois dans tes yeux purs ce qu'il faut faire ou dire

Trimeveres.

Et je sais qu'en mes yeux heureux Ces beaux yeux amoureux Lisent, ravis et fiers, mes meilleures pensées. Et nous portons, alors, ainsi que deux corbeilles Débordantes de lys et de roses vermeilles Nos deux âmes dans leur amour récompensées.

ODELETTES FAMILIÈRES

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