‹ Le cerisier fleuriChapitre 63 sur 64 · A CYRILLE · texte numérisé non relu

A CYRILLE

En toute chose il est une essence divine ;

Le sage à demi la devine Mais le saint la sent vivre en son cœur exalté.

Ainsi qu'un fleuve de clarté L'âme de l'univers le baigne et le pénètre

Et se confond avec son être.

Les hommes, l'océan, le soleil et les fleurs,

Tous sont ses frères et ses sœurs

192 Odelettes familières.

Car un seul Dieu se cache, âme de toutes choses,

Dans les astres et dans les roses Et parfois se dévoile, au gré de ses desseins,

Au fond même du cœur des saints ; Et, miracle, parfois, d'identité divine,

On voit sourdre de leur poitrine, De leurs pieds, de leurs mains et de leur front penché

Le sang par Dieu même épanché Lorsqu'il se révéla dans notre chair humaine.

O toi, qui sous le phénomène Sais atteindre à l'Idée et remonter à Dieu,

Jeune homme vierge au doux œil bleu, Sache enfanter le Dieu qui germe dans ton âme.

Attise 1 éternelle flamme Qui couve en toi, Cyrille, et veut te consumer,

Ivre de croire, ivre d'aimer !

Tu comprendras alors dans l'extase suprême

Qu'en t'aimant Dieu s'aime lui-même.

A MAURICE C. DE WALEFFE

WORLDSFAIR

Ce palais, verre et fer, c'est la foire du monde. Entrons. Suivons la foule où les peuples divers Montrent avec orgueil leur richesse féconde Et les travaux de l'univers.

Quel tumulte! Volant, bielle, piston, courroie, Tout un peuple d'engins meut ses muscles d'acier Et travaille en criant. Ceci tord, cela broie, Au rythme d'un lourd balancier.

194 Odelettes familières.

Là d'opulents bazars regorgent de fourrures,

De merveilleux cristaux s'ouvrent comme des fleurs,

Et voici l'Orient, ses tapis, ses parures

Et ses marchands un peu voleurs.

Plus loin, de longs wagons et de puissants navires Invitent aux départs vers les hasards lointains Les commerçants hardis et les faiseurs d'empires Qui dictent des lois aux destins.

Où donc s'arrêteront et la science altière Et l'audace invincible et l'effort dangereux? Les hommes ont dompté la force et la matière ; Hélas! sont-il moins malheureux?

Nous avons suscité de nouvelles tristesses, Maurice, et nous mourons d'un nostalgique ennui. Nos cœurs sont tout gonflés de modernes détresses Et nous envions aujourd'hui

L'harmonieux destin de la jeunesse antique, La palestre, les jeux, la noble nudité Et l'esprit simple et fort, que le soleil attique Illuminait de sa clarté.

A Maurice C. de Walcffe. 195

A l'ombre d'un portique ou de légers feuillages Le jeune homme, superbe et joyeux comme un dieu, Écoutait doucement les paroles des sages En souriant au grand ciel bleu.

Et les flots bruissants qui berçaient les galères Et qui frangeaient le port de volutes d'argent, Le chant de la cigale et des fontaines claires, La course d'un char diligent

Et le temple de marbre au faîte de la ville, Où Pallas apportait la sagesse des cieux, Tout cela suffisait à son cœur juvénile

Heureux de la beauté des dieux.

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