II. — Conformation intérieure de la moelle épinière
La texture de la moelle ne peut être étudiée qu'au moyen de coupes transversales. Ces coupes montrent que la moelle est composée, dans toute son
(1) Dante Bortelli, Le sillon intermédiaire antérieur de la moelle épinierc dans la première année de la vie (Arch. ital. de BioL, p. 354, t. XIII, fasc. II, 1890).
étendue, de deux substances, l'une corticale, la substance blanche, l'autre centrale, la substance grise. Toutefois, à la périphérie du manteau de la moelle, il y a une mince couche de substance grise de 4 à 40 v- d'épaisseur, couche sous-piale de la moelle de Waldeyer, composée surtout de névroglie et de tissu conjonctif.
La substance blanche est située à la périphérie et environne de toutes parts la substance grise, sauf dans le fond du sillon médian postérieur; elle constitue
Fig. 34. — Cordons blancs et substance grise de la moelle
les cordons que nous avons délimités à la surface de la moelle, et qui régnent dans la longueur de cet organe sous la forme de colonnes blanches parallèles.
La substance grise forme, dans chaque moitié de la moelle, une colonne longitudinale dont la coupe transversale représente assez bien la forme d'un croissant lunaire, à concavité externe.
Ce croissant est terminé par deux extrémités renflées. Les deux croissants gauche et droit sont reliés l'un à l'autre par leur convexité, à l'aide d'une bande transversale de substance grise que l'on peut voir au fond du sillon médianpostérieur, mais qui reste séparée du sillon médian antérieur par un pont de substance blanche qui unit l'un à l'autre les deux cordons antérieurs. Cette bande, commissure grise, est percée en son centre d'un canal, le canal épendymaire,
canal central de la moelle, qui règne tout le long de l'axe de la moelle, et qui est accompagné de chaque côté par une veine centrale, veines centrales de la moelle.
Dans toutes les coupes, la substance grise est vaguement représentée au centre de la substance blanche sous l'aspect d'un H, ou mieux peut-être sous celui de deux ailes d'oiseau réunies par une barre transversale. Elle forme, au centre de la moelle, une colonne cannelée, dans les cannelures de laquelle viennent se placer les cordons blancs.
La moelle épinière a une constitution à peu près semblable dans toute son étendue, comme on peut s'en rendre compte sur une série de coupes transversales pratiquées à diverses hauteurs. Sur toutes les coupes, on voit que les deux moitiés de la moelle sont séparées, en avant et en arrière, par les sillons médians antérieur et postérieur; qu'elles sont unies, au fond du sillon médian antérieur par la commissure blanche ; qu'elles sont réunies dans le fond du sillon médian postérieur par la commissure grise, qui s'adosse, en avant, à la commissure blanche ; que le cenlre de la commissure grise est percé d'un trou, trou qui n'est que la coupe du canal central de la moelle ou canal èpendymaire.
Les mêmes coupes de la moelle nous apprennent encore que la substance grise et la substance blanche ne sont pas également réparties dans toute la longueur de la moelle, et que la colonne de substance grise n'a pas non plus exactement la même forme dans toute son étendue (1, 2, 3, fig. 35). La coupe offre, en effet, tantôt l'image de deux croissants unis par leur convexité à l'aide d'une barre transversale; tantôt celle d'un X; ailleurs l'image de deux C adossés par leur dos. La colonne de substance grise est plus épaisse dans la région cervicale et la région lombaire
que dans la région thoracique. La couche de substance blanche est également plus épaisse au niveau des renflements cervical et dorso-lombaire. — Au niveau du cône terminal, la substance blanche ne constitue plus qu'une lame enveloppant la substance grise. — Dans les régions cervicale et lombaire, les cornes antérieures se fout remarquer par leur volume; vers le rendement dorso-lombaire, les cornes postérieures augmentent de grosseur. Mais, quelles que soient ces modifications, la coupe de la substance grise n en présente pas moins, dans tous les cas, ses deux croissants et sa commissure grise centrale. L'extréinit<;
Fig. 35. — Coupes transversales de la moelle dans les différentes régions pour montrer la forme de la substance grise et la masse respective des cordons blancs.
A, coupe au niveau de la G« paire de nerfs cervicaux ; B, coupe passant par le milieu de la région dorsale ; C, coupe au niveau du renflement lombaire; D, au niveau du cône médullaire; E, au niveau du 5« nerf sacré; F, au niveau des nerfs coccygiens ; a, racine antérieure et p, racine postérieure des nerfs.
antérieure des croissants est renflée, c'est la corne antérieure; l'extrémité postérieure est plus effilée et se rapproche davantage de la surface de la moelle, c'est la corne postérieure (1).
Toutefois, la forme de ces cornes n'est pas celle d'une pointe, mais bien celle d'un renflement supporté par une portion plus ou moins rétrécie. Le renflement porte le nom de tête de la corne; la portion rétrécie, celui de col de la corne.
La tête de la corne postérieure est remarquable en ce qu'elle est coiffée d'une calotte de substance névroglique presque amorphe (en forme d'U sur une coupe), à laquelle on a donné le nom de substance gélati7ieuse de liolando.
Dans la moelle cervicale inférieure et thoracique supérieure, la portion la plus latérale et la plus reculée de la corne antérieure s'accuse d'une façon spéciale, jusqu'à constituer un prolongement particulier qu'on appelle corne latérale, tractus interrnédio-latéral de Clarke. A ce niveau, la substance grise n'est pas nettement limitée ; elle pénètre dans un réseau de trabécules et de filaments grisâtres qui s'enfoncent profondément dans la substance blanche : ce sont les prolongements réticulés de Lenhossek, le processus reticularis ou formation spongieuse ou réticulée de Deiters (16, fig. 38).
La région cervicale est encore caractérisée par la présence à la base de la corne postérieure, en dedans du processus réticulaire, du faisceau de fibres qu'on a appelé le faisceau longitudinal de la substance grise (faisceau respiratoire de Krause).
Dans la région dorsale on trouve un groupe de cellules à la base de la corne postérieure : c'est le noyau dorsal de Stilling, la colonne de Clarke. Cette colonne est d'ailleurs représentée dans la région cervicale (Waldeyer) et la région sacrée (noyau sacré de Stilling) par des cellules éparses.
L'examen des coupes de moelle, à l'œil nu, montre que la corne antérieure n'arrive pas jusqu'à la surface de l'organe. Il résulte de cette disposition que toute la substance blanche qui entoure la corne antérieure, et qui s'étend du sillon médian antérieur à la corne postérieure, est indivise. Elle semble ne former qu'un cordon homogène, le cordon antéro-latèral. En arrière, au contraire, la corne postérieure sépare nettement le cordon précédent du cordon postérieur, portion de substance blanche comprise entre le sillon médian postérieur et la corne postérieure. Dans la région cervicale, ce cordon postérieur est nettement divisé en deux cordons secondaires par le sillon intermédiaire postérieur , qui sépare le cordon de Goll appliqué contre le sillon médian postérieur, du cordon postérieur fondamental ou cordon de Burdach, qui, lui, s'appuie contre la corne postérieure.
Je donne dans le tableau ci-dessous la superficie des trois cordons et de la substance grise pour une moitié de la moelle à diverses hauteurs d'après Stilling.
(i) Il va sans dire que ce n'est là qu'une image de la section transversale des deux colonnes grises qui régnent le long de la moelle sous la forme d'épaisses lames roulées sur elles-mêmes en gouttière à concavité externe, de même que la bande grise transversale doit être regardée comme un long ruban transversal qui court également le long de la moelle.
Au niveau de l'origine des racines de la
Cord. a mill. c.
Les 3 cord.
mill. c.
Corne ant.
Corne Post.
Subst.
moelle tout entiére
3» paire cervicale ....