‹ Le cerveau et la moelle épinièreChapitre 25 sur 60 · XII4 SIÈCLE · texte numérisé non relu

XII4 SIÈCLE

Égyptiens

1,200 à 1,300 ce

(I) G. Le Bon (Rev. d'Anthropologie, 1879).

CliHVEAU

Conclusion : 1° 11 y a un grand nombre d'Hommes plus rapprochés des Anthropoïdes par le volume de leur cerveau qu'ils ne le sont d'autres Hommes; 2' loin de tendre vers l'égalité, les individus de même race, chez les civilisés, tendent à se différencier de plus en plus.

6. Le cerceau dans ses relations avec l'espèce. — Le volume et le poids du cerveau augmentent d'une façon générale au fur et à mesure que l'on s'élève dans la série animale. Alors que ce poids égale le l/36e du poids du corps dans les races humaines, le 1/60° chez les Anthropoïdes, il descend à 1/186* chez les Mammifères inférieurs aux Primates, à 1 /212e dans les Oiseaux, à 1/1321' dans les Reptiles, et à 1/5668' dans les Poissons (Leuret, Anal, comparée du système nerveux, t. I, p. 419).

Mais il faut savoir qu'alors que ce rapport est comme 1 : 28, chez le Ouistiti, il est de 140 chez le Lapin, 15G chez le Chat, 205 chez le Renard, 265 chez l'Ours, 305 chez le Chien, 351 chez le Mouton, 700 chez le Cheval et 800 chez le Rœuf. — Ce caractère n'a donc pas la valeur d'un caractère sériaire.

Si l'Homme n'est pas de tous les animaux celui qui a le cerveau le plus volumineux, car il est dépassé de ce côté par le Dauphin, la Baleine et l'Éléphant (le cerveau de l'Éléphant atteint le poids de 4000 à 4060 gr., celui de la Baleine le poids de 3'JOO gr ), il est cependant celui qui a le cerveau le plus considérable relativement au poids du corps. Alors que son cerveau, en effet, est à son corps comme 1 : 36, celui du Dauphin est au poids du corps du même animal comme 1 : 66, et celui de l'Éléphant comme 1 : 500.

Ici je ferai la remarque importante suivante pour la phylogénie du cerveau des Vertébrés en général. L'encéphale de certains Mammifères éteints du terrain éocène de l'Amérique du Nord (Marsh), principalement les Dinoceras, est remarquable par sa petitesse. Il présente une ressemblance si frappante avec celui des Lacertiliens, que si on le séparait du squelette, on le prendrait certainement pour un encéphale de Lézard. De même aussi les Odontornithes crétacés, l'Hesperornis en tète, possédaient un cerveau si petit, que de ce côté, ils sont incomparablement plus rapprochés des Reptiles (Alligator) que de celui des Oiseaux actuels. Par leurs lobes olfactifs volumineux, tandis qu'ils sont très réduits chez les Oiseaux de nos jours, ces Oiseaux primitifs se rapprochaient également beaucoup des Reptiles.

7. Le cerveau dans ses rapports avec l'indice céphalique. — Les dolichocéphales ont-ils plus ou moins de cerveau que les brachycéphales ? Autrement dit, le cerveau, qui suit à peu près (pas toujours) parallèlement le crâne dans sa forme, a-t-il plus de tendance à peser davantage lorsqu'il est allongé ou lorsqu'il est rond?

Calori, et plus récemment Chiarugi, ont fourni des pesées où il est tenu compte de l'indice cérébral et d'après lesquelles le cerveau du brachycéphale serait plus lourd que celui du dolichocéphale.

Voici les chiffres de Chiarugi :

Brachyc

Dolichoc.

Poids de l encéphale .

Poids des hémisphères

CERVEAU

Mais Topinard, qui a aussi comparé, de son côté, ces deux types de cerveaux, alors qu'il trouvait sur 182 sujets d* une différence de 27 gr. en faveur des brachycéphales, rencontrait sur 68 sujets $ une différence de 21 gr. en faveur des dolichocéphales.

Morselli, plus récemment encore, dans ses études des cerveaux d'aliénés, concluait aussi que la forme du crâne ne semble pas influer sur le poids du cerveau, d'où la question n'est pas définitivement jugée.

8. Le cerveau dans ses relations avec l'intelligence. — Les variations individuelles dans le poids du cerveau sont considérables, puisque dans les tableaux de Bischoff et Broca, on trouve des écarts de 400 à 700 grammes. La part de l'âge et de la taille étant faite dans les évaluations, sous quelles influences se manifestent les variations qui persistent ?

Si la taille du sujet influe sur le poids du cerveau, il ne parait pas contestable que, comme pour les autres organes, l'activité fonctionnelle du cerveau influence son volume. L'étude du cerveau de l'Homme selon les classes de la société, selon la culture intellectuelle des sujets, a montré, en effet, que le poids du cerveau croissait avec le degré d'intelligence ou le quotient de travail cérébral fourni par l'Homme. Les pesées encéphaliques d'hommes célèbres confirment cette idée émise il y a longtemps déjà par Lélut et Parchappe. La liste de 31 sujets d'élite dressée par Broca donne un excédent de 160 gr. sur le poids du cerveau ordinaire. Voici quelques-uns de ces poids dressés en série décroissante :

Tourgueniew Cuvier .

Bismarck Byron .

Schiller Goodsir Kant . De Morny Agassiz Broca .

Dupuytren

2012 gr.

Dans les tableaux dressés par C. Bastian, on peut voir également que la proportion des cerveaux qui excèdent 1500 gr. est, chez les Hommes illustres, de plus de 20 pour 100, tandis que cette proportion n'est que de 4 à 6 pour 100 dans les classes inférieures de la société. Broca, en comparant le poids des cerveaux des classes instruites avec celui des classes pauvres qui meurent à Saint-Antoine et à la Pitié, est arrivé à des conclusions analogues.

Les recherches de Vogt, Broca, etc., concernant la capacité crânienne des microcéphales idiots et des races préhistoriques confirment cette loi. Celle-ci permet de dire que la capacité crânienne est plus grande dans les races supérieures ; que celle de l'Homme dépasse de 150 à 200 centimètres euhes celle de la Femme ; que celle des Parisiens du xix' siècle dépasse celle des Mérovingiens du xii", celle des sépultures aristocratiques

CERVEAU

celles de la fosse commune, et qu'enfin chez les microcéphales idiots elle se rapproche de celle des Anthropoïdes.

D'où, les questions de race et de taille mises de côté, il est peut-être permis de dire que la culture de l'esprit, la gymnastique intellectuelle, augmente le volume du cerveau tout en élevant les facultés de l'esprit. J'ajoute enfin que ces qualités sont héréditaires, et que l'hérédité de ce genre n'est que de l'intelligence accumulée à l'état potentiel dans le cerveau qui vient au monde. Le développement graduel et progressif de l'intelligence dans le temps ne peut avoir d'autre source.

Enfin, dans l'accroissement du cerveau sous l'action du travail cérébral, il semble que c'est surtout le lobe frontal qui prend la prédominance. Nous verrons que Wagner a mis ce fait en évidence en comparant respectivement la surface des lobes du cerveau de deux savants, Gauss et Fuchs, avec les surfaces des mêmes lobes chez l'artisan. — S. Wight de son côté a montré que la surface du cerveau antérieur de l'Homme l'emporte toujours sur celle de la Femme, mais que cette différence est plus grande encore quand on compare l'Homme cultivé à la Femme du peuple, ce qui confirme la règle posée plus haut.

Nous devons faire une restriction pour finir ce paragraphe. Le rapport du poids cérébral à l'intelligence n'est vrai que dans la généralité, et Broca a eu raison lorsqu'il a dit : « Il ne peut venir à l'idée d'un Homme éclairé de mesurer l'intelligence en mesurant le cerveau. » En effet, on a vu des personnes très ordinaires avoir un cerveau du poids de 1,800 grammes (Peacok) et môme 1,900 grammes (Morris), et inversement des Hommes très distingués avec de petits cerveaux. C'est ainsi que le cerveau du grand anatomiste Tiedemann ne pesait que 1,254 gr., et que celui du grand lutteur de la Défense nationale, Gambetta, n'excédait pas 1,246 grammes. — C'est que dans l'appréciation des rapports du cerveau avec l'intelligence on se heurte à plusieurs inconnues. En premier lieu l'encéphale n'est pas un organe simple, c'est une machine divisée en un grand nombre de leviers, à fonctions distinctes, et dans laquelle, par suite, il est bien difficile de faire les parts respectives des rouages sensitifs, moteurs et intellectuels. Un cerveau d'Homme vulgaire peut avoir un grand développement des appareils moteurs. En second lieu, si la quantité de matière cérébrale est capable d'influencer le travail cérébral, qui n'entrevoit aussitôt que la qualité de la même substance est au moins aussi importante en pareille occurrence. Il nous faudrait donc, pour pouvoir apprécier la puissance intellectuelle d'un cerveau, savoir nettement apprécier le degré d'organisation de ses éléments anatomiques. On a dit fort justement que ce n'est pas en pesant la rétine qu'on pourrait en déduire la puissance visuelle ou photo-sensible. On ne peut donc avec le seul poids du cerveau avoir la prétention d'apprécier la puissance intellectuelle d'un Homme. Mais il ne faut pas non plus oublier que le poids du cerveau croit, en général, dans l'espèce comme dans les races et dans les individus, avec le degré d'activité cérébrale et de culture intellectuelle.

9. Le cerveau des dégénérés, des èpileptiques, des aliénés, des malades et des criminels. — En regard des intelligences supérieures, il ne sera pas sans avantage, sans doute, de placer les intelligences pauvres ou perverties. Le poids moyen du cerveau de 22 idiots d* a été de 1.200 gr. (Thurnam), et les microcéphales de Parchappe, Boyd, Broca, Ecker, etc., avaient un cerveau qui varia en poids de 300 à 900 gr. Les asiles (Bicêtre, la Salpêtrière) donnent les cerveaux inférieurs de 60 à 80 gr. en poids à ceux des hôpitaux (Saint-Antoine, la Pitié), comme cela résulte des registres de Broca. D'autre part, on a observé des cerveaux d'un poids inférieur à 1.000 gr. dans les races inférieures, telles que les Australiens, les Boschimans, ce qui est considéré comme au-dessous du minimum d'une organisation normale parmi les races européennes par les anthropologistes. Le cerveau du Gorille pèse 500 gr.

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Les épileptiques, les aliénés, les criminels ont des cerveaux très divers, et c'est cette diversité même qui les caractérise (Thurnam). Il y a, parmi eux, peu de cerveaux moyens, la plupart sont au-dessous ou au-dessus. Le premier cas parait être celui de la majorité des assassins (Lélut, Parchappe, Bischoff), le second celui de la plupart des épileptiques.

Morselli, dans des études récentes sur le cerveaux des aliénés, a trouvé que chez les aliénés le poids moyen des annexes du cerveau (enveloppes et liquide céphalo-rachidien), estimé par Broca à 52 gr., soit 4 % du poids du cerveau chez l'Homme normal, était de 108 gr., c'est-à dire de 8 %• Quant au cerveaux luimême, il s'est constamment tenu inférieur au poids moyen du cerveau des Hommes sains d'esprit. Le rapport crânio-cérébral, c'est à-dire le rapport entre le poids net de l'encéphale et la capacité crânienne = 100, de cette catégorie d'Hommes a confirmé la règle, car il s'est trouvé également plus faible que dans l'Homme normal ordinaire, à ce point que le rapport indiqué par Manouvrier, soit 87 %, n'est plus, chez les fous, que de 83. En revanche, les aliénés ont souvent un indice céphalique exagéré, en regard du type crânien de la population à laquelle ils appartiennent. Selon Schloess (1895), qui a fait l'examen de 52 cerveaux d'aliénés héréditaires, l'écorce du cerveau de cette catégorie appartient souvent au type rétrocédant. Les anastomoses des sillons sont fréquentes et le cervelet est fréquemment laissé à découvert.

Neger et Hejberg (1895), à la suite de 690 pesées de cerveau d'aliénés faites à l'hôpital Saint-Jean, ont montré qu'il n'y a aucune différence comme poids entre le cerveau des aliénés, à l'exception des périencéphaliques qui sont moins lourds, et celui des sujets sains.

Poids moyen des de 20 à 50 ans 1.353 gr.

— après 50 ans 1.303 »

Poids moyen des 2 de 20 à 50 ans 1.205 »

— après 50 ans 1.164 »

Sur 18 guillotinés, comprenant les cas de LELUT.de Parchappe, l'âge variant de 19 à 46 ans et en moyenne étant de 33 ans, le poids de l'encéphale varia de 1.183 à 1.596 gr., et fut en moyenne de 1.350 gr. Campi, âgé de 32 ans, avait un cerveau pesant 1.550 gr. Ce qui, comparé avec la moyenne correspondante de 1.374 ou de 1.386 de la courbe Broca- Bischoff, donne un déficit de 24 ou 36 gr. J'ai trouvé sur les trois assassins décapités Baillet, Degroote et Claeys, les poids respectifs de 1.250, 1.298 et 1.470 gr. L'hémisphère droit l'emportait de 4 gr. sur le gauche chez Degroote, et chez Claeys de 14 gr.

Chez Van den Bogaert et Zwartwœgher, exécutés récemment à Dunkerque (1905), le cerveau ne dépassait pas le poids de 1.280 gr. pour le premier, de 1.207 pour le second.

Sur 16 autres assassins de Bischoff, la moyenne du poids de l'encéphale est de 1.272 gr., tous les cas étant au-dessous de la normale de cet observateur. Ce qui amène à conclure que, toutes choses égales d'ailleurs, les criminels oDt moins de cerveau que les non criminels.

Bischoff a pesé une autre série de cerveaux appartenant à des meurtriers et à des voleurs. La moyenne du poids qu'il trouva fut 1,363 grammes, — un peu moins de la moitié était au-dessus de la normale, dont 14 au-dessus de

Debierrb. — 13.

CERVEAU

1.40O grammes, sur lesquels 5 au-dessus de 1.500 grammes. La seule déduction que l'on puisse tirer de ces- chiffres, c'est que les criminels ont des cerveaux d'un poids très divers.

Broca a donné le poids de 20 criminels et suicidés. La moyenne de ces 20 sujets était de 1.455 gr., c'est-à-dire élevée; ceux qui voient dans les suicidés des esprits forts et énergiques ne manqueront pas de faire la remarque que ces résultats confirment leur opinion.

Tenchini, sur 130 cerveaux de criminels italiens, a noté un poids général de 1.328 gr.

Bref, de tout cela on peut conclure que le poids du cerveau ne peut en rien nous édifier sur la valeur de la cérébralité du criminel.

Enfin, l'encéphale comme le reste des organes, est affecté par les maladies chroniques. L'influence atrophique de ces dernières sur l'organe de la pensée n'est pas douteuse, et Foville et Broca ont bien fait ressortir ce point particulier de l'étude du cerveau.

En somme, la masse de l'encéphale est donc en général plus considérable chez l'adulte que chez le vieillard, chez l'Homme que chez la Femme, chez les Hommes éminents que chez les Hommes ordinaires, dans les races supérieures que dans les races inférieures de l'humanité; mais si les gros cerveaux caractérisent ci et là un homme de génie, assez fréquemment aussi ils appartiennent à des sujets anormaux, sinon pathologiques. C'est ce que l'on a exprimé sans peut-être s'en rendre bien compte, quand on a dit que le génie côtoyé les frontières de la folie. Ce qui fait la supériorité d'un cerveau, ce n'est pas tant sa niasse énorme, ni l'exubérance et le désordonné d'un coin de sa surface, mais le développement bien équilibré, l'harmonie du tout. La raison et le jugement qui donnent la mesure de la supériorité intellectuelle exigent une balance juste, ni lourde, ni folle. Le dicton vulgaire exprime peut-être cette vérité lorsqu'il dit : grosse tête, peu de sens.

10. Le cerveau gauche et le cerveau droit. — Asymétrie des hémisphères. — Bichat avait dit que la symétrie du cerveau de l'Homme était un attribut de l'espèce humaine. Or, l'autopsie de ce grand Homme lui-même prouva le contraire. Les registres de Broca prouvent bien que les deux hémisphères ne sont presque jamais tout à fait semblables. On y lit, en effet, que sur 243 sujets d*, 138 fois le droit pesait davantage, le gauche 105 fois et qu'il n'y avait égalité entre les deux qu'une fois. La différence moyenne que l'on a trouvée en faveur du côté droit fut de 2 grammes. C'est également à cette conclusion que nous conduisent les recherches de Giacomini, Gaglio et Mattei, Wagner, Thurnam.

Ce résultat parait être en contradiction avec la doctrine de la droiterie qui implique un hémisphère gauche prépondérant ; mais si l'on pèse séparément les lobes de chaque hémisphère, on s'aperçoit que le lobe frontal gauche est plus court que le droit, et que ce n'est que la prépondérance des autres lobes qui fait pencher la balance en faveur du côté droit (Topinard). Si l'on accepte cette doctrine, nous ne serions donc pas droitiers de tout le cerveau (?).

Mais les différences sont trop peu accusées pour qu'on puisse fournir à ce sujet une conclusion absolue. En effet, si les auteurs nommés ci-dessus ont trouvé l'hémisphère droit un peu plus lourd, Luys et Boyd, au contraire, ont noté que c'est le gauche qui l'emporte en moyenne sur le droit. Dans les

CERVEAU 195

recherches plus récentes de Tenchini (1884), l'hémisphère gauche prévaut sur le droit et le droit sur le gauche d'une proportion presque égale; ils sont égaux dans le 1/4 des cas, et la différence de poids entre les deux varie de 4 à 7 gr.

Luys a avancé que chez les aliénés l'hémisphère droit était généralement prépondérant, mais Morselli, Seppili, etc., n'ont pas confirmé cette opinion. Ce qui est vrai, c'est que chez les fous, on rencontre un plus grand nombre de sujets chez lesquels existe une différence considérable de poids des deux hémisphères, cela comme conséquence des troubles de développement ou de lésions fœtales ou infantiles (Féré). Sur 248 cerveaux de Femmes sans lésions macroscopiques, Féré n'en a trouvé que 4 appartenant à des sujets, dont deux étaient épileptiques, où il existait une différence de poids de 30 à 33 grammes entre les deux hémisphères. Comme chez ces sujets, il y avait un épaississement des méninges molles très prédominant du côté de l'hémisphère le moins lourd, Féré s'est demandé si l'épaississement de la méninge molle n'était pas la cause de Fimperfection du développement de l'hémisphère.

Chez les idiots, il y a fréquemment une asymétrie très notable des hémisphères, qui est le résultat, soit d'un arrêt de développement congénital, soit d'une encéphalite ou péri-encéphalite fœtale ou infantile, soit encore d'une lésion nécrobiotique due à des oblitérations vasculaires. Ces lésions destructives en foyer peuvent aller assez loin pour permettre l'adossement de la membrane ventriculaire à la pie-mère extérieure après disparition de la substance nerveuse intermédiaire, et la communication entre la cavité ventriculaire et les espaces sous-arachnoïdiens : c'est là la porencéphalie (Heschl). Cette atrophie d'un hémisphère conduit à l'atrophie de la moitié correspondante du crâne, d'où l'asymétrie cérébrale détermine une asymétrie crânienne. 11 est vrai de dire aussi qu'à son tour une asymétrie crânienne due, soit à un vice de développement congénital, soit à une lésion osseuse qui donne lieu à la soudure précoce d'une suture latérale, conduit à une asymétrie cérébrale parallèle. Un décubitus défectueux, une position vicieuse, peuvent également devenir, dans le jeune âge, la cause d'une asymétrie crânienne et consécutivement d'une asymétrie cérébrale. C'est le cas des déformations crâniennes ethniques, et Broca a pensé que le torticolis congénital peut amener un arrêt de développement dans une moitié du crâne en modifiant la circulation dans la carotide correspondante, d'où une nutrition vicieuse des os du crâne de ce côté et une atrophie consécutive. On puiserait de précieux arguments en faveur de cette théorie dans les travaux de Gudden sur l'atrophie du crâne.

Composition chimique du Cerveau.

La réaction de la substance des centres nerveux est alcaline à l'état de repos et acide pendant le travail cérébral, en même temps que l'acide phosphorique augmente dans les urines. Le poids spécifique varie pour les deux substances. Celui de la substance blanche est de 10Ï0, celui de la substance grise de 1053.

La proportion en eau et en matières solides n'est pas la même non plus dans les deux substances.

CERVEAU

Eau ... .

Matières solides

Substance grise

Substance blanche

L'analyse suivante, due à Pétrowsky, donne une idée approximative de la composition centésimale des parties blanche et grise du cerveau à l'état frais.

Albutninoïdes et collagènes

Lécithines

Cérébrine

Cholestérine et graisse .

Kératine et substances diverses

Sels .

Eau ....

Substance grise 10,19 3,16 0,10 3,44 1,23 0,26 81,62

Substance blanche

Le tableau suivant montrera la composition du cerveau dans trois âges différents, d'après Lhéritier :

Eau . . . ......

Matières albuminoïdes (albumine, glutine)

Graisses et corps gras phosphorés (lécithine, protagon) . .

Matières extractives dérivées des lécithines et protagon (névrine, cérébrine, acide cérébrique, cholestérine, créatine, leucine, xanthine, urée, acide lactique, etc). .

Sels minéraux (phosphates, sulfates, acide phosphorique, etc.).

Enfant

Adulte

Vieillard

Le protagon, qui contient de l'azote et du phosphore, est une glucoside que Diakonow et Hoppe-Seyler considèrent comme un mélange de lécithine et de cérébrine. Dans 100 gr. de cendres de substance cérébrale, Breed a trouvé : potasse, 32; soude, 11 ; magnésie, 2; chaux, 0,7 ; chlorure de sodium, 5 ; phosphate de fer, 42 ; acide phosphorique Gombiné, 39.

Les lécithines sont des dérivés de l'acide phosphoglycérique combiné à la choline. Sur 100 parties de matière cérébrale de bœuf, à l'état sec, on trouve 9,9 de lécithines pour la substance blanche et 17,24 pour la substance grise. Le résultat de l'usure de cette matière, ou plus exactement le résultat du phosphore qui brûle dans les actes de fonctionnement du système nerveux central, c'est l'augmentation de la proportion d'acide phosphorique excrété par les urines (augmentation des phosphates alcalins et terreux).

CERVEAU

Dans le fonctionnement du cerveau, le phosphore brûle comme le pétrole brûle dans une lampe. La flamme qui en jaillit, c'est la pensée. Et de même que la flamme de la lampe, n'est que du pétrole enflammé, la pensée n'est que le cerveau en feu. Il n'y a pas plus équivalence entre le cerveau et la pensée qu'entre le pétrole et la flamme, mais la première est la conséquence des oxydations et des mouvements moléculaires qui se passent dans la substance cérébrale, comme la seconde est le résultat de la combustion du pétrole. C'est en vain qu'on voudrait soutenir que le cerveau dans la mécanique de la pensée ne joue qu'un rôle analogue à celui de la lampe qui contient l'huile minérale qui brûle et nous éclaire.

Le cerveau s'échauffe par la pensée et tout le corps participe à cet échauffement (Schiff, Mosso, etc.,) ; l'acide carbonique exhalé s'accroît en même temps (Davy) et les matières excrémentitielles, les phosphates notamment, augmentent (Mosler, Hammond, Byasson, Strubing, Zuelzer, Thorion, Stefani, Stcher-

Fig. 116. — Confluents de Magendie

1, i, corps calleux; 2, septum lucidum; 3, trigone cérébral; 4, fente de Bichat ou scissure choroïdienne; 5, toile choroïdienne du 3» ventricule ; 6, couche optique; 7, aqueduc de Sylvius ; 8, valvule de Vieussens; 9, voûte du 4« ventricule; 10, trou de Magendie; il, quatrième ventricule; 12, olive du bulbe; 13, moelle épinière; canal central de la moelle; 15, confluent antérieur; 16, confluent pituitaire; 17, confluent inférieur; 18, confluent basilaire; 19, confluent postérieur et inférieur; 20, confluent postérieur et supérieur.

bach, etc.), comme dans le muscle en activité. Boigey (1903) a montré à son tour que durant l'exercice de l'activité cérébrale les phosphates alcalins et l'acide urique sont plus abondants dans l'urine tandis que l'urée y diminue. Pendant les périodes d'excitation de la manie aiguë l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique augmente (Mairet). L'acte cérébral par lequel l'impression est transformée en perception, en idée, en une volition et en un acte, est étendue et mesurable (il varie, en moyenne, de 0",2 à 0",09). Il n'est donc pas douteux que toute sensation, tout acte volontaire qui met le cerveau en activité est accompagné d'une usure, d'une dépense d'énergie dont l'origine extérieure est rigoureusement proportionnelle à la consommation d'aliments et d'oxygène.

Mais, objecte-t on, l'acte intime qui suit l'impression matérielle, à savoir la conscience des perceptions et leur comparaison, le raisonnement qui déduit les causes et les effets à venir, la volonté qui décide et qui précède l'acte moteur, en un mot la pensée n'est pas un acte physico-chimique, c'est un acte silencieux qui a lieu dans les profondeurs de la conscience, et la pensée n'a pas

d'équivalent mécanique ou chimique. L'impression et l'acte seuls sont matériels et transmutables dans les diverses formes de l'énergie (A. Gautier).

Je ne saurais admettre cette interprétation métaphysique. Mais pour l'instant je me borne à constater que tout acte vital, aussi bien celui qui se passe dans une glande qui sécrète, dans un muscle qui se contracte, dans une cellule qui grandit que dans la cellule cérébrale qui fonctionne, s'accompagne d'un mouvement moléculaire et a pour corollaire une dépense de potentiel ou énergie latente (force de tension) qui finalement se transforme en énergie cynétique ou force

Fig. 117. — Faux de la dure-mère et tente du cervelet

1, 1, 1, grandes veines rachidiennes ou sinus vertébraux longitudinaux ; 2, plexus veineux du commencemenl canal rachidien; 3. communication de ce plexus avec le golfe de la veine jugulaire par le trou condylien antérieur; 4, veines qui établissent la communication du plexus pharyngien avec la veine faciale; 5, plexus pharyngien; 6, 6, sinus longitudinal supérieur; 1, sinus droit; 8, pressoir d'Hérophile, confluent des sinus; 9, sinus latéral; 10, sinus pétreux supérieur; 11, sinus longitudinal inférieur; 12, veines de la pie-mère s'ouvrant dans le sinus longitudinal supérieur; 13, veine de Galien; 14, sinus coronaire.

vive et apparaît sous forme d'actes chimiques et de phénomènes calorifiques ou mécaniques. Mais dans cette dépense d'énergie, l'animal n'a rien pris en lui-même ; on en retrouve intégralement l'équivalent dans la chaleur rayonnée par l'animal, le travail dynamique au'il a accompli et la structure des principes immédiats nouveaux qu'il a produits ou organisés durant le même temps (Berthelot). Durant sa vie l'être vivant emprunte tout et rend tout au monde extérieur.

Le cerveau qui n'est que l'épanouissement du névraxe dans sa porli n céphalique, est renfermé dans les méninges, la dure-mère (enveloppe externe fibreuse), Yarachnoïde (membrane séreuse), la pie-mère (membrane interne

CERVEAU

cellulo-vasculaire). Ces trois enveloppes se continuent sans interruption avec les méninges rachidiennes qui entourent et protègent la moelle épinière.

Entre l'arachnoïde (feuillet viscéral) et la pie-mère, s'est interposé un tissu cellulaire lâche, de nature séreuse, le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Ce tissu est baigné par le liquide céphalorachidien.

L'encéphale est ainsi plongé en quelque sorte dans une onde liquide. Ce liquide s'amasse à certains endroits où le tissu sous-arachnoïdien est abondant. C'est à ces points péri-encéphaliques qu'on a donné le nom d'espaces sous-arachnoïdiens et de confluents du liquide céphalo-rachidien (fi g. 116).

Fig. 119. — Orilices de la dure-mère pour le passage des nerfs crâniens

1, fosse cérébrale antérieure; li, fosse cérébrale postérieure ou fosse cérébelleuse; L, crête frontale. — Coté droit : 1, coupe du bulbe rachidien ; 4, nerf optique; 5, nerf moteur oculaire commun; 6, nerf pathétique ; 7, nerf trijumeau ; S, nerf moteur oculaire externe ; 9, nerf facial ; 10, nerf auditif ; 11, les 3 nerfs du trou déchiré postérieur; 12, nerf grand hypoglosse. — Coté gauche : 1, artère carotide interne; 2, trou optique; 3, tronc basilaire; 4, artère méningée moyenne; 5, carotide interne; 6, sinus caverneux; 7, sinus occipital transversa 8 sinus patreux sûpinaur. }. sinus ptlreux mirieur; 10, sinus occipital latéral; 11, sinus latéral; 12, pressoir d'Hérophile ; 13, sinus longitudinal supérieur; 14, sinus droit.

Fig. 118. — Enveloppe durale du cerveau vue par sa partie postérieure. Sinus de la duremère et veines intra-rachidiennes.

sinus longitudinal supérieur; e, e, sinus latéraux; l, pressoir d'Hérophile.

Par sa base, le cerveau repose sur les fosses de la base du crâne. Il est immuablement maintenu dans sa situation par les méninges et leurs prolongements (faux du cerveau, tente du cervelet, gaines durale et piale des nerfs crâniens) De la voûte de l'encéphale se dégage un seul nerf, le nerf pathétique (IVe paire de nerfs crâniens). Tous les autres sortent de sa base ou face inférieure. On voit ainsi se dégager le nerf olfactif (I" paire de nerfs crâniens) de la base du lobe orbitaire, le nerf optique (IIe paire) des angles antérieurs du chiasma optique, l'oculo-moteur-commun de la face interne

CERVEAU

des pédoncules cérébraux (IIIe pain

Fig. 120. — I.e névraxe dans ses enveloppes.

R, scissure de Rolando; S, scissure de Sylvius; G, scissure occipitale; 1, dure-mère crânienne et 10, dure-mère rachidienne; 2, arachnoïde pariétale crânienne, et H, arachnoïde pariétale rachidienne; 3 et 12, cavité intra-arachnoï* dienne ; 4, arachnoïde viscérale crânienne, et 13, arachnoïde viscérale rachidienne; 5, piemère crânienne, et 14, pie-mère rachidienne ; 6, surface du cerveau ; 7, conlluen". sousarachnoïdien supérieur ; 8, confluent postérieur; 9, anneau occipital; 15, espace sousaraehnoïdien au niveau du rachis ; 16, moelle épinière ; 17, ligament coccygien contenant le fil terminal; 18, confluent basilaire ; 19, confluent central ou inférieur; 20, confluent latéral.

), le trijumeau (Ve paire) des faces latérales du Pont de Varole, l'oculo-moteur externe (VIe paire) du sillon bulbo-protubérantiel, le facial (VIP paire) et l'acoustique (VIIIe paire) de la fossette latérale du bulbe, le glosso-pharyngien (IXe paire), le pneumogastrique (Xe paire), le spinal (XIe paire) du sillon latéral du bulbe rachidien, le grand hypoglosse (XIIe paire) du sillon collatéral antérieur de la moelle allongée.

En se dégageant de l'encéphale, tous ces nerfs s'accompagnent d'un étui de dure- mère (prolongement durai, gaine durale) d'un manchon d'arachnoïde (prolongement arachnol'dien) et d'une gaine de pie-mère (prolongement pial), et se portent vers les trous de la base du crâne qui leur livrent passage. La gaîne arachnoïdienne ne dépasse pas d'ordinaire l'orifice d'entrée des trous; la gaine durale se fixe en partie sur leur pourtour, et la gaîne piale accompagne les nerfs dans leur trajet.

§ I. — Conformation extérieure du cerveau

Le cerveau doit être examiné dans sa configuration extérieure et dans sa conformation intérieure.

Il se compose de deux moitiés symétriques, les hémisphères. Cette symétrie n'est pas toujours parfaite, et cette asymétrie n'est pas une cause de déchéance intellectuelle. Bichat, qui a soutenu cette opinion erronée, a fourni lui-même la preuve du contraire, car son cerveau était précisément très asymétrique.

Chaque hémisphère du cerveau se compose de deux parties : une partie périphérique ou corticale, le manteau, pallium, ou écorce; une partie profonde ou centrale, le corps de l'hémisphère. Le manteau recouvre de toutes parts le corps de l'hémisphère, sauf au milieu de la face interne de ce dernier où une région ponti

CERVEAU

eulaire unit les deux hémisphères entre eux et chacun d'eux avec l'isthme de l'encéphale par l'intermédiaire des pédoncules cérébraux.

On a justement comparé le manteau à une sorte de bourse plissée dont l'ouverture représenterait le hile de l'hémisphère. Cette région qui correspond à toutes les parties qui réunissent les deux hémisphères entre eux (corps calleux, trigone, septum lucidum, couche optique) et à l'isthme de l'encéphale (pédoncule cérébral), porte le nom de limen ou seuil de l'hémisphère, et les circonvolutions qui bordent le seuil ont été désignées par P. Broca sous le nom de lobe limbique (limbe de l'hémisphère, bord du manteau).

Les hémisphères du cerveau sont séparés l'un de l'autre par une grande

fente médiane, fente inter-

Schème de l'Encéphale

M, moelle épinière; E, canal épendymaire; I, II, III, IV, V, le myélencéphale, le mélencéphale, le mésencéphale, le diencéphale et le télencéphale (d'arrière en avant); I, 1', cervelet; 2, 2, écorce grise du cerveau; 3, centre blanc du cerveau; 4, le 4° ventricule; 5, le toit du 4» ven'riculé déprimé par l'enfoncement de la toile choroïdienne ; G, tubercules quadrijumeaux ; 7, épiphyse; 8, paroi interne de la vésicule cérébrale autérieure réduite à une mince lame qu'a déprimé l'invagination de la toile choroïdienne du 3» ventricule et les plexus choroïdes des ventricules latéraux; 9, Pont de Varole; 10, bulbe rachidien; 12, hypophvse; 13, bulbe olfaclif; 14, chiasma optique.

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.. Diencép/iale -.Couche optijue -.Corps strie

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Cervelet

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. .Mgélencéphxle

Fig. 122. — Schème de l'Encéphale.

Les cinq vésicules cérébrales.

hémisphérique, complète en avant et en arrière, interrompue au centre par suite de l'existence du pont inter-hémisphérique.

Dans cette fente s'enfonce la faux du cerveau.

Les hémisphères sont séparées en lobes, lobules et circonvolutions par des scissures et des sillons profonds. — La raison d'être des circonvolutions parait être dans le plissement obligatoire du cerveau en face de la boite crânienne rigide, et dans le mode de rayonnement de l'expansion des fibres pédouculaires. Elles ont pour résultat de permettre le logement à une masse nerveuse beaucoup plus

CERVEAU

considérable dans un espace donné, et c'est un phénomène qui peut être rapproché de celui qui donne lieu aux circonvolutions de l'intestin.

Les hémisphères sont séparés en lobes, lobules et circonvolutions par des sillons profonds. Chacun d'eux peut être comparé à un prisme triangulaire fusiforme. Ils présentent donc deux extrémités et trois faces : une extrémité

ou occipitale, dont les noms sont tirés des rapports qu'elles affectent avec la boîte crânienne ; une face interne, aplatie, verticale, séparée de celle du côté opposé par la faux du cerveau, et excavée en gouttière le long du corps calleux, sinus ou ventricule du corps calleux; une face externe, convexe, en rapport avec la voûte du crâne, et séparée de la face interne par le bord supérieur ou sagittal de l'hémisphère; une face inférieure qui fait partie de la base du cerveau et se trouve limitée par ce que l'on est convenu d'appeler le bord interne et le bord externe de l'hémisphère.

On considère au cerveau une face supérieure, voûte ou face convexe, et une face inférieure ou base.

Le voûte répond à la voûte du crâne. La base se moule sur la base du crâne. Dans ses deux tiers antérieurs, elle repose dans les fosses crâniennes antérieures et moyennes, et dans son tiers postérieur sur la tente du cervelet.

La surface entière de l'organe présente deux parties bien différentes, une partie plissée, partie circonvolutée (circonvolutions cérébrales) qui occupe toute l'étendue de la voûte et une partie de la base du cerveau, et une autre partie non plissée, lisse ou recouverte d'anfractuosités ou de saillies spéciales (région centrale de la base, rhinencéphale) qu'on met en évidence par la section des pécondules cérébraux.

A. — Portion non plissée. — Base du cerveau.

Lorsqu'on examine la face inférieure ou base du cerveau, on y trouve, en allant d'avant en arrière, les parties suivantes :

antérieure ou frontale, une extrémité postérieure,

Fig. 123. — Base du cerveau

1° L'extrémité antérieure de la grande scissure interhémisphérique (Fe, fig. 126), limitée en arrière par l'extrémité antérieure du corps calleux ; — elle sépare l'une de l'autre les pointes des deux lobes frontaux et loge l'apophyse cristagalli et le sommet de la faux du cerveau.

2° L'extrémité antérieure du corps calleux- que l'on voit en écartant les bords de la scissure interhémisphérique. En se repliant en bas et en arrière, ce corps forme une surface arrondie, genou du corps calleux, qui se termine en arrière par une portion rétrécie et triangulaire, bec du corps calleux, d'où partent de chaque côté deux lamelles blanches, pédoncules du corps calleux,

Fig. 124. — Le cerveau dans la boile du crâne (Coupe sagittale de la tète, le cerveau est vu par la face interne de son hémisphère gauche)

F, os frontal ; P, os pariétal ; 0, 0, os occipital ; I, inion ; L, lambda ; B, bregma ; SI, sinus frontal ; B, basion ; S, selle tursique ; M, voûte palatine; Pl, apophyse plérygoïde; P, pont de Varole; P', pédoncule cérébral; C, cervelet; CA, corps calleux, avec C1, son genou et C-2, son bourrelet; L, L, L, circonvolution du corps calleux; Fi , circonvolution frontale interne; P", lobule paracentral ; R, extrémité supérieure du sillon de Rolando; P, lobule quadrilatère ; C", cunéus; 1, cornet moyen; 2, méat inférieur; 3, cornet inférieur; 4, méat moyen; 5, sinus sphénoïdal ; 6, arc antérieur et 7, arc postérieur de l'atlas ; 8, apophyse odontoïde ; 9, moelle épinière.

qui vont se perdre en divergeant en arrière, dans la vallée de Sylvius (fig. 125 et 126). — Dans l'angle de séparation de ces pédoncules se voit une lamelle grise, lamelle grise sus-optique, racine grise des nerfs optiques.

3° Le chiasma des nerfs optiques, sorte de rectangle allongé transversalement, dont les angles antérieurs se continuent avec les nerfs optiques, et les angles postérieurs avec les bandelettes optiques (k, fig. 126). — Ce corps qui repose dans la gouttière optique du sphénoïde, est formé par l'entrecroisement des bandelettes optiques, décussation telle qu'une partie des fibres de la bandelette optique

gauche passe dans le nerf optique droit -et réciproquement. En arrière de cet entrecroisement, il existe, en outre, un système de fibres arciformes commissurales qui unissent les deux bandelettes l'une à l'autre. Ces fibres arciformes allant d'un corps genouillé interne à l'autre, constituent la commissure de Gudden (5, fig. 126). — Les bandelettes optiques (fig. 123 à 128) naissent d'une double éminence de la couche optique, les corps genouillés (2, 3, fig. 126) ; ce sont deux lames qui se portent en avant et en dedans en contournant les

Fig. 125. — Face inférieure ou base de l'encéphale

1, bulbe olfactif; sr, sillon olfactif, II, nerf optique ; sp, espace perforé latéral ; h, hypophyse ; ce, tubercules mamillaires ; p,p, espace perforé postérieur ; hs, pédoncules cérébraux; III, nerf oculo-moteur commun; H, circonvolution de l'hippocampe; br, protubérance annulaire; V- nerf trijumeau; VI, nerf oculo-moteur externe; Cb, cervelet; te, lobule amygdalien; Mo, pyramides antérieures du bulbe rachidirn; 0, lobe occipital du cerveau; fl, (locculus du pneumogastrique du cervelet; T1, T2, T3, première, deuxième et troisième circonvolutions sphénoïdales; F', F2, F3, première, deuxième et troisième circonvolutions frontales.

pédoncules cérébraux et s'accolent l'une à l'autre au devant du tuber cinereum pour former le chiasma.

Le chiasma optique adhère par sa face supérieure à la commissure grise de la base qui fait partie de la paroi inférieure du 3e ventricule; son bord antérieur se continue avec la lame sus-optique, son bord postérieur avec la substance grise du tuber cinereum. Entre le chiasma et la lame sus-optique, il y a un cul-desac angulaire dans lequel s'avance un diverticule du 3e ventricule, c'est le recessus opticus. Près du chiasma les bandelettes optiques adhèrent aussi par leur face supérieure à la commissure grise de la base; plus loin, au niveau de

CERVEAU

leur trajet pédonculaire, elles adhèrent par leur bord supérieur à la substance innomminée de Reichert, qui recouvre le globulus pallidus.

En renversant en arrière le chiasma optique, on aperçoit, entre les pédoncules

Fig. 126. — Base du cerveau après ablation du cervelet et section horizontale du lobe lemporo-occipital gauche

Fe, fente interhémisphérique; F, lobe frontal; T, lobe temporal; 0, lobe occipital; G, genou, et B, bourrelet du corps calleux; K, chiasma des nerfs optiques; T, tuber cinereum et lige pituitaire; M, tubercules mamillaires; P, vallée de Sylvius; SO, sillon olfactif; 0/, bulbe olfactif, avec I, bandelette olfactive et R«, racine externe du nerf olfactif; Oc, sillon étoile; F1, F!, F3, l'e, 2«, 3» circonvolution orbitaire (frontales inférieures); I3, T4, 3» et 4° circonvolution temporale; H, circonvolution de l'hippocampe, avec C, son crochet; L', lobule lingual; F», lobule fusiforme ; C, C, centre ovale du lobe temporo-occipital gauche , E, scissure calcarine; I, nerf olfactif ; II, nerf optique ; 2, bandelette optique aboutissant au corps genouillé externe; 3, corps genouillé interne; 4, pulvinar de la couche optique; 5, pied du pédoncule cérébral ; 6, locus niger; 7, noyau rouge; 8, calotte du pédoncule; 9, aqueduc de Sylvius; 10, tubercules quadrijumeaux; 11, glande pinéale; 12, face inférieure du trigone cérébral; 13, corps bordant; 14, ventricule latéral; 15, corps godronné; 17, bandelette diagonale; 18, noyau amygdalien; 19, entrée de la scissure de Sylvius; 20, espace perforé latéral; 21, tœnia semicircularis ; 22, queue du noyau caudé.

du corps calleux, que l'on met à jour par cette manœuvre, un espace gris triangulaire, qui fait partie du plancher du 3* ventricule, c'est la racine grise des nerfs optiques, la lame sus-optique, contenant un ganglion mal autonomisé dans l'espèce humaine, le ganglion optique basai. Cette lame, située entre le bec du corps calleux et le chiasma, appartient au plancher du diencépliale.

CERVEAU

4" Losange central. — En arrière du chiasma est un espace losangique appartenant au plancher du diencéphale, losange central, circonscrit en avant par le chiasma et les parties attenantes des bandelettes optiques, en arrière par deux grosses colonnes blanches, pédoncules ou cuisses du cerveau. — Dans cet espace on trouve, en allant d'avant en arrière :

a) Le tuber cinereum ou corps cendré, lame grise triangulaire et bombée en dôme, limitée en avant par le chiasma, en arrière par les tubercules mamillaires et de chaque côté par les bandelettes optiques (te, fig. 127). — Il forme la partie la plus déclive du plancher du troisième ventricule et sur lui s'implante une tige conique, la tige pituitaire (t, fig. 128). En la regardant de près on voit que cette éminence, (éminence sacculaire) est représentée par une triple saillie disposée en triangle, une saillie médiane et deux latérales.

Du tuber cinereum part un petit faisceau, faisceau du tuber cinereum, sous-jacent au plancher du 3e ventricule, qui va se perdre en se dirigeant en haut et en dehors dans la couche optique et la partie inférieure. du noyau lenticulaire.

La tige pituitaire est un cordon grisâtre long d'environ 5 millimètres, implanté par sa base, infundibulum (fig. 125 à 128) sur le dôme du tuber cinereum, et aboutissant par son sommet au corps pituitaire. — Elle est formée par une écorce fibro-vasculaire dépendant de la pie-mère, et par une lamelle enroulée de substance grise qui se continue avec celle du tuber cinereum et par lui avec la substance grise qui ferme le sommet du troisième ventricule.

La tige pituitaire est creusée d'un canal évasé en haut où il communique avec le troisième ventricule et dont il peut être considéré comme le prolongement, plus étroit en bas, où il est assez souvent oblitéré. — Elle traverse le diaphragme de l'hypophyse et comme elle se brise ordinairement lorsqu'on enlève le cerveau, on trouve un petit trou en son lieu d'insertion au centre du tuber cinereum.

Le corps ou glande pituitaire, glans pituitam excipiens de Vésale, hypophyse de Chaussier (h, fig. 128), est un corps ovoïde grisâtre d'environ 12 millimètres de large sur 8 de long et 6 de haut, du poids de 0 gr. 60 à 0 gr. 80 chez l'adulte, appendu à la tige pituitaire et logé dans la selle turcique où il est maintenu par le repli pituitaire de la dure- mère, diaphragme de l'hypophyse, percé d'un trou à son centre par lequel passe la tige pituitaire. — Il est formé de deux lobes séparés par une cloison transversale de tissu conjonctif. — Le lobe antérieur (lobe pharyngien), d'une couleur jaunâtre, est le plus volumineux ; il parait offrir les caractères d'une glande constituée par des cordons épithétiaux jadis canaliculés, sorte de glande vasculaire sanguine (Frey, Kôlliker, Ch. Robin, etc.), et dérive de l'épithélium pharyngien de la bourse de Rathke. Le lobe postérieur (lobe cérébral1), plus petit et grisâtre, est un petit lobe cérébral creux, tapissé par l'épendyme chez lesVertébrés inférieurs et chez les embryons des Mammifères, formé d'éléments nerveux en répression au milieu d'une gangue névroglique chez les Vertébrés supérieurs adultes. Il dérive d'une évagination (évagination hypophysaire) du cerveau intermédiaire ou diencéphale.

Sur ce dernier seul, qui est creux dès le début et reste tel chez les Vertébrés inférieurs, vient s'insérer la tige pituitaire comme le démontrent très bien les

CERVEAU

coupes sagittales de la glande. Le lobe pharyngien peut conserver sa cavité centrale primitive (plusieurs espèces animales) ; son pédicule persiste chez, les Sélaciens, et chez la Myxine il s'ouvre toute la vie dans le pharynx comme chez l'embryon des Mammifères. Suchanneck a rencontré chez une fillette de 4 ans l'ancien canal persistant sous la forme d'un cordon plein traversant le corps du sphénoïde et s'étendant jusqu'à la voûte du pharynx.

L'hypophyse est à son maximum de développement chez les Vertébrés inférieurs. Son lobe pharyngien parait être le débris d'un organe sensoriel (Wiedersheim) . Houssay, avec Dohrn, le considère comme un reste de branchie. Chez l'umphioxus la glande pituitaire est un organe sous-neural qui présente un canal tapissé d'épithélium vibratile servant de moyen de communication entre la cavité buccale et la cavité neurale. La glande pituitaire des

Fig. 128. — Le plancher du diencéphale avec les bandelettes et les couches optiques.

ce, tubercules mamillaires; (, tige pituitaire implantée sur le dôme que forme le tuber cinereum ; h, glande pituitaire; sp, espace porforé latéral.

<tf m. cl

Fig. 127. — Le tronc cérébral avec le plancher central du cerveau.

P, pédoncules cérébraux; II, bandelettes et chiasma optiques; te, infundibulum ; h, glande pituitaire; a, tubercule mamillaire; X, espace interpédonculaire; Th, couche optique.

vertébrés supérieurs est un vestige de cette disposition primitive. Chez Polyptère persiste dans la période post embryonnaire un canal hypophysaire creusé dans l'os et dirigé vers la bouche (Waldschmid).

La grande pituitaire, — que Galien considérait comme une sorte d'éponge destinée à absorber la pituite, — peut être le siège de diverses productions pathologiques, kystes, tubercules, cancers, qui compriment le chiasma optique et les nerfs de l'œil à leur sortie du cr;1ne, d'où une amblyopie double contrastant, au début, avec l'absence de signes ophtalmologiques (signt de Bernhardt), et une ophthalmoplégie avec absence de troubles de la sensibilité et de la motricité générales.

Après l ablation de la glande thyroïde

CERVEAU

on a signalé l'hypertrophie compensatrice du lobe pharyngien de la glande pituitaire. On a aussi noté son hypertrophie dans l'acromégalie. Lloyd Andriezen (1894) a admis que cette glande exerce une action trophique sur le système nerveux. Il résulte en effet d'expériences et des faits (Horsley, Gley, Marinesco), que la glande pituitaire réglerait l'assimilation de l'oxygène par le tissu nerveux et détruirait et neutraliserait les produits d'oxydation (déchets).

b) En arrière du tuber cinereum, entre lui et l'espace interpédonculaire, on voit deux tubercules arrondis et blancs, tubercules mamillaires (corpom eandicantià) {ce, fig. 128), adossés l'un à l'autre et implantés par leur base sur une lamelle de substance grise. — Leur écorce, seule partie blanche, est formée par les piliers antérieurs du trigone cérébral qui les embrassent dans

une sorte de boucle (fig. 129) ; leur centre, constitué par de la matière grise, se continue avec la substance grise qui tapisse le troisième ventricule et reçoit un faisceau blanc, faisceau de Vicq d'Azyr (8, fig. 134), qui vient du tubercule antérieur de la couche optique, et un autre faisceau, faisceau de la calotte, qui provient de la calotte pédonculaire.

A côté de ces tubercules mamillaires médians, il y a lieu de signaler l'existence de corps mamillaires latéraux et accessoires qui" existent, selon Staurenghi (1892), 10 fois sur 100. Ordinairement peu visibles et enfouis dans la commissure grise de la base, ces corps sont situés entre les tubercules mamillaires et le bord interne des pédoncules cérébraux.

Double chez l'Homme et le Singe, les tubercules mamillaires sont représentés par une saillie unique chez les autres Mammifères, à l'exception des carnassiers. Ils sont aussi représentés par une saillie simple sur le fœtus humain jusqu'au 3e mois. Us n'existent que chez les Mammifères et leur développement est lié à celui du trigone cérébral qui fait défaut chez tous les vertébrés inférieurs.

CERVEAU

Ces tubercules sont formés de deux groupes de cellules dont les fonctions paraissent être distinctes : un groupe interne, corps mamillaire interne (ou médian), qui reçoit le pilier antérieur du trigone, émet le faisceau de Vicq-d'Azyr qui monte dans le tubercule antérieur de la couche optique et fait partie du système olfactif ; — un groupe externe, corps mamillaire externe (ou latéral) qui est rattaché au tronc cérébral par un faisceau, faisceau du corps mamillaire, visible

Fig. 130. — Coupe horizontale des lobes temporo-occipitanx et des pédoncules cérébraux pour montrer la face inférieure des couches optiques et les corps genouillés (Le cerveau est renversé)

1, nerf olfactif ; 2, racine blanche externe: 3, racine blanche interne; 4, quadrilatère perforé; 5, bandelette optique ; 6, corps genouillé interne ; 7, corps genouillé externe ; 8, racine grise des nerfs optiques ; 9, commissure antérieure et troisième ventricule; 10, origine du nerf moteur oculaire commun; H, coupe de la protubérance annulaire au niveau des pédoncules cérébraux; 12, prolongement postérieur des ventricules latéraux; 13, origine du prolongement sphénoïdal des ventricules latéraux; li, bandelette demi-circulaire.

extérieurement chez quelques animaux (Lapin, Chat, Chien), enfoui chez d'autres (Rat, Loir, Cobaye) et chez l'Homme dans le plancher du 3e ventricule et qu'on suit avec peine à travers la calotte jusque dans la région du ruban de Reil du pédoncule cérébral.

On a décrit comme formation inconstante à ce nive;iu de la base du cerveau une bandelette mamillaire (Trolard) allant de la bandelette diagonale de Rroca au tubercule mamillaire après avoir traversé le tuber cinereum, et de là dans le Pont de Varole en longeant la face interne du pédoncule cérébral (racine bulbaire des nerfs olfactifs?). C'est sans doute là la strie blanche du tuber cinereum qui

Debierre. 11.

CERVEAU

a été décrite par Lenhossèk (2 fois sur 30 .cerveaux) comme se détachant du tubercule mamillaire, traversant le tuber cinereum et allant se perdre dans l'espace perforé antérieur où elle se relève et semble aller rejoindre le pilier antérieur du trigone cérébral.

Pour Monakow, le tubercule mamillaire a son centre cortical dans l'uncus et la corne d'Ammon.

c) En arrière des tubercules mamillaires on trouve une dépression de forme triangulaire, à sommet dirigé en arrière vers la protubérance, et limitée à droite et à gauche par les pédoncules cérébraux, c'est l'espace interpédonculaire. — Il est de couleur grise et percé d'un grand nombre de trous vasculaires, d'où le nom qui lui a été donné d'espace perforé postérieur (p, p, fig. 125).— Lorsque cet espace est déchiré, on voit à sa place un orifice qui mène dans le troisième ventricule dont la paroi inférieure a été ouverte. La lame perforée interpédonculaire appartient donc au plancher du diencéphale (plancher du 3° ventricule). Sur la partie médiane de l'espace interpédonculaire on aperçoit un sillon qui se continue en avant avec celui qui sépare les deux tubercules mamillaires, et de chaque côté deux tractus blancs qui sont les origines des nerfs oculo-moteurs communs (10, fig. 130). — Ces tractus sont séparés des pédoncules cérébraux par une traînée de substance noire.

Simple lame de substance grise chez l'Homme, la lame interpédonculaire constitue à son sommet un ganglion, gang lion interpédonculaire, chez divers Mammifères. Gudden et Forel ont d'ailleurs décrit dans la paroi de l'espace interpédonculaire un petit amas de cellules nerveuses qui, dans l'espèce humaine, représente le rudiment du ganglion interpédonculaire. De cette substance grise part un faisceau (faisceau rétroflexe de Meynert) qui se rend au ganglion de l'habenule situé sur le bord interne du thalamus et qui sert de centre trophique à ce faisceau.

La lame grise interpédonculaire présente, en outre, quelques fibres entrecroisées qui constituent la commissure de Forel. Cette commissure vient de la couche optique, descend le long de la paroi du 3' ventricule et traverse la partie antérieure de la lame interpédonculaire. On l'a considérée comme une commissure entre les corps de Luys, entre les noyaux rouges, ou même les couches optiques et les noyaux lenticulaires.

5° Pédoncules cérébraux. — En arrière du losange central, on voit émerger de dessous le bord antérieur de la protubérance annulaire, deux gros cordons blancs, pédoncules cérébraux (2, fig. 127), qui se portent en avant et en dehors en divergeant et pénètrent dans l'hémisphère cérébral correspondant où ils se perdent. — Si vous coupez ces cordons en travers, vous retranchez du même coup le cervelet et l'isthme du cerveau, et vous voyez sur la surface de section le locus niger, le noyau rouge de Stilling, l'implantation des racines de l'oculo-moteur commun sur le bord interne des pédoncules, et un orifice qui n'est autre chose que la coupe de l'aqueduc de Sylvius. — Cette coupe permet de voir le reste des parties qui siègent sur la région médiane de la base du cerveau, l'extrémité postérieure du corps calleux et la partie la plus reculée de la grande fente interhémisphérique (fig. 130).

CERVEAU

6° Extrémité postérieure du corps calleux. — En arrière des pondécules cérébraux, on aperçoit l'extrémité postérieure du corps calleux, sous la forme d'un gros cordon blanc transversal, bourrelet du corps calleux, splenium, qui s'enfonce latéralement dans les lobes postérieurs du cerveau (B, fig. 126).

7° Fente de Bichat. — Le bourrelet du corps calleux forme la partie moyenne de la lèvre supérieure d'une large fente, grande fente cérébrale de Bichat (fig. 126), dont la lèvre inférieure est constituée au milieu par les tubercules quadrijumeaux. — Sur les côtés, la lèvre supérieure est constituée par les pédoncules cérébraux doublés du pulvinar, des corps genouillés et de la bandelette optique, et la lèvre inférieure par le bord interne des hémisphères du cerveau, ou plus exactement par la circonvolution qui forme le bord interne du lobe temporal et qu'on appelle la circonvolution de l'hippocampe. Dans son ensemble, cette fente présente la forme d'un fer à cheval ouvert en avant, embrassant les pédoncules cérébraux et les couches optiques, et s'étendant d'une vallée de Sylvius à l'autre. — Pour la bien voir, il convient, l'encéphale reposant sur sa convexité, de soulever le cervelet que l'on porte en même temps en avant. — Sa portion médiane donne passage à la toile choroïdienne qui pénètre dans le ventricule moyen. Les parties latérales laissent pénétrer la pie- mère, plexus choroïdes, dans les ventricules latéraux. Toutefois il est à remarquer que la toile et les plexus choroïdes n'entrent pas réellement dans les ventricules cérébraux, nous l'avons déjà dit, mais ne font que s'y invaginer.

8° Extrémité postérieure de la grande scissure médiane. — Beaucoup plus étendue que l'antérieur, l'extrémité postérieure de la scissure interhémisphérique est limitée en avant par le bourrelet du corps calleux et loge la base de la faux du cerveau (voy. fig. 123 et 126).

B. — Ophthalmocéphale. — Trajets optiques.

L'opththalmocéphale dérive du diencéphale. Le nerf optique provient du pédoncule de la vésicule oculaire, véritable expansion cérébrale qui s'est portée à la périphérie. Aussi ses fibres sont-elles des fibres myéliniques sans membranes de Schwann, comme les fibres de la substance blanche du névraxe. On doit les considérer comme prenant leur origine dans les cellules ganglionnaires de la rétine, qui de ce fait, sont assimilables à un ganglion de nerf sensitif, analogue à celui de Scarpa ou de Corti du nerf auditif. De là les fibres optiques s'engagent dans le nerf optique et arrivent au chiasma où elles s'entrecroisent en grande partie (entrecroisement partiel) chez l'Homme et le Singe, complètement (entrecroisement total) chez les Poissons, les Amphibiens, les Reptiles et les Oiseaux, pour passer ensuite dans la bandelette optique et aboutir au corps genouillé externe, à la couche optique et au tubercule quadrijumeau antérieur (centres optiques inférieurs). C'est là le neurone optique périphérique.

Tout le nerf optique gauche passe dans la bandelette optique droite chez les animaux à décussation totale. On avait cru que cette disposition est propre aux animaux à la vision monoculaire, mais comme un certain nombre de

CERVEAU

Mammifères (Cobaye, Souris, Mouton, Bœuf; Cheval) ont un entrecroisement total, tandis que d'autres (Lapin, Chat, Chien, Singe, Homme) ont un entrecroisement partiel, cette explication ne paraît pas être satisfaisante.

Le faisceau croisé chez l'Homme est au moins deux fois plus gros que le faisceau direct; il passe dans la bandelette controlàlérale, tandis que le faisceau direct s'engage dans la bandelette homolatérale. Singer et Munzer, Darkschewitsch, Schaussow, Hosch, etc., ont démontré l'existence de cet entrecroisement partiel qu'à tort avaient nié Michel, Mandelstamm, Mala-

kopf, etc.

Dans des cas très rares, il n'y a pas entrecroisement dans le cbiasma (Vésale, Caldani, Loesel, etc.).

Outre les faisceaux direct et croisé, il y a, dans le nerf optique, un faisceau central ou faisceau maculaire (Leber, Samelsohn, Nettelschip, Vossius, Bunge et Uhthofp, Thomson, etc.) La persistance de la vision centrale ou maculaire dans la plupart des cas d'hémianopsie, oblige en outre à admettre que chaque faisceau maculaire de la rétine est à la fois en connexion avec les deux hémisphères du cerveau, partant que les fibres des cellules bipolaires des cônes de la rétine subissent, elles aussi, une décussation au niveau du chiasma, et se divisent en faisceau direct et faisceau croisé (Wilbrand).

Le nombre des fibres du nerf optique est considérable. D'après Salzer il n'y en aurait pas moins de 438.000 !

Les bandelettes optiques relient le chiasma aux corps genouillés. Ces bandelettes sont constituées : 1° par un faisceau externe, qui renferme les fibres directes ; 2° par un faisceau moyen, contenant les fibres croisées ; 3° par un faisceau interne, formé par les fibres de la commissure de Gudden (3, 4, 5, lîg. 131). Elles contiennent enfin le faisceau maculaire.

Fig. 131. — Trajets optiques

nerf optique ; 2, chiasma optique; 3, 3, faisceau direct; 4, 4, faisceau croisé; 5, commissure de Gudden ; 5', bandelette optique; 6, corps genouillé externe; 7, corps genouillé interne ; 8, pulvinar de la couche optique ; 9, tubercule quadrijumeau postérieur; 10, tubercule quadrijumeau antérieur; H, bras antérieur et externe des tubercules quadrijumeaux; 12, bras antérieur et interne des tubercules quadrijumeaux.

Lorsqu'elles vont atteindre les corps genouillés, les bandelettes optiques se partagent en deux branches que l'on appelle racines blanches du nerf optique, distinguées d'après leur situation en racine interne et racine ej terne, encore que cette appellation consacre une erreur anatomique. En effet, la racine externe (3, 4, fig. 131) qui se rend au corps genouillé externe, renferme à elle seule le faisceau optique direct et croisé,

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c'est-à-dire toutes les fibres optiques, tandis que la racine interne (5, fig. 131) qui se porte au corps genouillé interne et de là communique avec le tubercule quadrijumeau postérieur, ne comporte que les fibres de l'arc de Gudden, nullement affectées à la vision. Aussi alors que l'ablation des yeux conduit à la dégénéralion de la bandelette optique, y compris le corps genouillé externe et le tubercule quadrijumeau antérieur, cette ablation reste-t-elle sans effet sur la commissure de Gudden, y compris le corps genouillé interne et le tubercule quadrijumeau postérieur (Gudden, Bechterew, etc.) Inversement, la destruction expérimentale du tubercule quadrijumeau antérieur, y compris le corps genouillé externe, donnet-elle lieu à l'abolition de la vision, tandis que la destruction du tubercule quadrijumeau postérieur ne détermine que la dégénération de l'arc de Gudden et aucun phénomène de cécité.

La racine externe contient le faisceau direct qui vient de la rétine temporale du même côté et le faisceau croisé qui vient de la rétine nasale de l'œil du côté opposé.

Arrivés au corps genouillé externe, les fibres optiques y pénètrent ; les unes s'y arrêtent, les autres ne font que le traverser pour se rendre au pulvinar de la couche optique (4, 8, fig. 131) où elles prennent part à la constitution du stratum zonale. Quelques-unes constituent un faisceau intermédiaire, très petit chez les Primates, mieux développé chez les Quadrupèdes, qui passe entre les deux corps genouillés et se continue avec le bras antérieur du tubercule quadrijumeau antérieur. C'est là la racine intermédiaire de Gratiolet et Stilling.

Au fond, les fibres du neurone optique périphérique se terminent en arborisations autour des cellules constitutives du pulvinar, du corps genouillé externe et du tubercule quadrijumeau antérieur.

Par le tubercule quadrijumeau les fibres optiques se mettent en relation avec le tronc cérébral. Le corps genouillé externe et le tubercule quadrijumeau antérieur constituent de la sorte les centres optiques inférieurs. Le tubercule quadrijumeau est

à son tour relié aux noyaux des nerfs moteurs de l'œil, à la protubérance, au bulbe et au cervelet par les racines profondes descendantes de Stilling et, de plus, le corps quadrijumeau, le corps genouillé externe et le pulvinar sont reliés aux centres optiques supérieurs des hémisphères cérébraux par un faisceau irradié qui passe par la capsule interne et constitue les irradiations optiques de Gratiolet ou faisceau optique intra-cérébral (R, fig. 132). Du corps genouillé externe et du pulvinar, les fibres optiques vont, en effet, dans l'écorce occipitale (cuneus). C'est là le neurone optique central dont les fibres sont constituées par les cylindres axes des cellules du pulvinar et du corps genouillé allant se rendre en arborisations dans l'écorce du pourtour de la scissure calcarine (Henschen, Vialet, etc.). De cette p;irtie de l'écorce descendent, d'autre

Schéma pour expliquer l'hémianopsie

rétine; v, fibres entrecroisées du nerf optique; x, fibres directes ; k, chiasma des nerfs optiques; bo, bandelette optique; G, corps genouillés externes; Q, tubercules quadrijumeaux antérieurs ; R, radiations optiques de Gratiolet; 0, lobe occipital (région du cunéus) ; F, flèche indiquant l'interruption ; Z, commissure de Gudden.

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part, des fibres centrifuges qui vont au tubercule quadrijumeau antérieur où elles se mettent en connexion avec des fibres venant du faisceau longitudinal postérieur et du ruban de Reil (associations réflexes). Quelques fibres des bandelettes optiques vont directement au centre ovale en passant pendant un court trajet a la face externe du pied du pédoncule cérébral sans entrer en relation avec le corps genouillé (Wernicke, Gudden). L'entrecroisement des radiations du pulvinar et du corps genouillé produit

Fig. 133. — L'entrecroisement est à la fois direct et croisé (Singer et Munzer, Gudden, Munk, Ramon y Cajal)

à la surface de ces corps une sorte de corne d'abondance qu'on a appelée le champ

de Wernicke.

Chaque lobe occipital (centre visuel cortical), recevant la bandelette de son côté, reçoit par cela môme le faisceau direct et croisé (vx, fig. 132), et a dans son domaine la portion temporale de sa rétine et la portion nasale de la rétine opposée. On comprend, dès lors, qu'une interruption quelconque (F, fig. 132), en arriére du chiasma (bandelette optique, corps genouillé externe, tubercules nates, pulvinar, centre ovale occipital), de même qu'une lésion de l'écorce du lobe occipital, donnera lieu à une

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amblyopie latérale homonyme, hémiopie ou hémianopsie, c'est-à-dire à l'abolition de la vision dans la moitié externe de la rétine du même côté et la moitié interne de l'autre rétine. Quant à Yamblyopie ou hémianopsie croisée, aucune explication suffisante n'en a encore été fournie, et les schémas qui ont été donnés à ce sujet par Charcot, Féré, Seguin, Grasset, ne reposent sur aucune base anatomique certaine.

Charcot, pour expliquer l'amblyopie croisée par lésion du carrefour sensitif a émis l'hypothèse que les fibres entrecroisées des bandelettesoptiques s'entrecroisent encore ailleurs, par exemple dans les corps bijumeaux. Grasset, pour concilier le double fait de l'am-

Fig. 135. — Schéma de l'entrecroisement des tractus optiques (Charcot) pour expliquer l'hénianopsie croisée.

T, semi-entrecroisement dans le chiasma optique; TQ, entrecroisement postérieur aux corps genouillés; GG, corps genouillés; a, b', fibres qui ne s'entrecroisent pas dans le chiasma; b, a, fibres qui s'entrecroisent dans le chiasma ; b', a', fibres venant de l'œil droit, qui se rencontrent dans l'hémisphère gauche LOG ; LOD, hémisphère droit ; K, lésion du tractus optique gauche, provoquant l'hémiopie gauche latérale; LOG, une lésion en ce point provoque l'ambliopie croisée gauche; T, lésion provoquant l'hémiopie nasale ; N, N, lésion produisant l'hémiopie temporale.

Fig. 134. — H y a entrecroisement total (Michel, Kœlliker, Pick)

Dans ces conditicns l'hémianopsie homonyme ou homolatéral d'origine corticale ne peut s'expliquer que par un entrecroisement partiel des fibres optiques centrales.

blyopie croisée par lésion de carrefour et l'hémiopie par lésion du lobe occipital, a imaginé un 3e entrecroisement dans le corps calleux.

Enfin Dogiel, Ramon y Cajal, etc., ont démontré l'existence de fibres centrifuges dans les trajets optiques. Dogiel les a constatées chez les Oiseaux. Ces fibres vont se terminer en arborisations terminales autour des spongioblastes de la rétine (Ramon y Cajal). Elles proviennent des cellules ganglionnaires des tubercules quadrijumeaux antérieurs (VV. Nachmacher, Gotch et Horsley) et ont la valeur de fibres motrices. Ce sont

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elles qui présideraient à la « réaclion photomécanique » des cônes, c'est-à-dire à la

Fig. 136. — Trajets et connexions optiques

contraction (raccourcissement) du segment interne des cônes et à la disparition du pourpre rétinien sous l'influence de la lumière (W. Engelmann, 1885). D'où il y a dans

Fig. 137. — Schème des trajets optiques

A, Rétine; B, nerf optique; a, b, couche des cônes et des bâtonnets; c, d, couche nucléaire interne; e, couche ganglionnaire; C, corps genouillé externe; f, fibres centrifuges.

les nerfs optiques des fibres centripètes sensorielles, et quelques fibres centrifuges rétino-motrices (Voy. fig. 136 et 137).

Schaefer (Brain, avril 1888) en excitant par des courants d'induction la sphère visuelle du lobe occipital chez le Singe, obtint des mouvements associés des yeux du

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côté opposé à l'excitation. Il nota, en outre, après Betchterew, une légère occlusion des paupières et le rétrécissement pupillaire.

Munk (Acad. des se. de Berlin, 1890, et A. Obregia, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1890) a montré que ces fonctions oculo-motrices du lobe occipital sont indépendantes, puisqu'elles persistent après l'isolation de ce lobe; il montra aussi qu'elles sont en rapport avec les ganglions de la base de l'encéphale, puisque la section des radiations optiques de Gratiolet abolit les mouvements en réponse à l'excitation de la zone visuelle occipitale.

Danillo a fait voir que ces mouvements réactionnels ne sont pas obtenus chez le jeune Chien ou le jeune Chat avant 3 mois.

Ces mouvements de convergence et d'accommodation des yeux résultent de la transmission par les fibres centrifuges de la couronne rayonnante du lobe occipital, de l'excitation de ce lobe, aux tubercules quadrijumeaux antérieurs (Monakow).

Le territoire cortical de la vision du lobe occipital, n'est donc pas seulement, comme le remarque bien Knies (Ueber die centralen Stôrungen der Willkiïrlichen Augenmuskéln, Knapp-Schweiggers d'Arch. f. Augentseilkunde, XXII, 1891) le centre sensoriel des perceptions lumineuses conscientes, mais le centre moteur des mouvements volontaires et conscients des yeux, en tant que ces mouvements sont déterminés par des perceptions de la vue.

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