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CHAPITRE PREMIER

L'activité automatique des éléments nerveux n'est, comme leur sensibilité histologique, qu'une des formes spéciales de leur vitalité propre.

Répartie, ainsi qu'elle, dans les organismes les plus élémentaires, soas ses formes les plus simples, l'activité automatique se perfectionne, s'amplifie, à mesure qu'elle se trouve répartie dans des agglomérations de cellules plus abondantes, plus populeuses, et en même temps douées d'une énergie vitale plus accentuée.

Sous ses formules les plus simples, elle se révèle, en tant que propriété histologique, dans les cellules libres, dans les globules blancs du sang, dans cette série de cellules à prolongements mobiles (cils vibratiles, spermatozoïdes) dont l'énergie automatique se caractérise par des mouvements amiboïdes si caractéristiques; enfin dans les masses isolées de protoplasma.

A mesure que l'on monte dans la série zoologique, on constate que les manifestations de la vie automatique se révèlent, non-seulement par des phénomènes purement locaux, en vertu desquels les éléments histologiques accomplissent motu proprio les phases naturelles de leur évolution, mais encore, qu'elles se caractérisent par des propriétés dynamiques nouvelles. — Les éléments histologiques alors sécrètent en quelque

sorte aux dépens de leur substance, des incitations autogéniques propres, pour les projeter à distance sous forme de courant continu ou de courant interrompu, et acquièrent ainsi une sorte de rayonnement lointain, et de projection à longue portée des forces vives qu'ils ont engendrées sur place.

C'est ainsi que l'on voit les poissons électriques accumuler dans des tissus spéciaux de leur organisme la force électrique, qu'ils exportent, au point de vue de la défense, sous forme de décharges réglées par une incitation volontaire ^ — C'est ainsi que l'on voit les animaux supérieurs condenser dans les réseaux nerveux de leur organisme, des réserves d'influx moteur destinées à être distribuées au loin dans les régions périphériques, sous forme de manifestations complexes de la motricité volontaire ou de la motricité de la vie végétative.

Les opérations de l'activité automatique se caractérisent donc d'une façon générale, par une série de processus inverses des processus de la sensibilité. — Tandis en effet que les phénomènes de la sensibilité ont une tendance à se caractériser par des courants centripètes qui, des régions périphériques où ils sont conçus, se dirigent vers les centres, les phénomènes de l'activité automatique au contraire représentent des processus à direction centrifuge; — avec les premiers ils complètent le cycle, et réfléchissent au dehors les incitations qui leur arrivent du monde extérieur par la voie des régions sensitives.

Maintenant si nous envisageons les phénomènes de l'activité automatique, au point de vue de leurs rapports et de leur& connexions avec le système nerveux, nous voyons que pour eux aussi, pour la force organique qui les suscite, le système nerveux joue pareillement un rôle de perfectionnement, qu'il les amplifie, leur donne son énergie propre, met à leur disposition ses filets conducteurs, et leur permet ainsi d'arriver à leur summum de perfectionnement.

Ils suivent en effet pas à pas les étapes de développement progressif des appareils nerveux avec lesquels ils sont en conflit; — ainsi dans les régions périphériques du système,. là où les phénomènes de la vie végétative s'exercent en vertu des seules forces automatiques, les éléments nerveux, repré-

1. De ia substance électrique ou élément anatomique caractéristique da tissu électrogène. Ch. R>bin. Journal de l'anaiomie, 1865, page 510.

sentes par les ganglions sympathiques unicellulaires qui sont dans la trame des tissus, comme autant de petits postes avancés, n'interviennent que d'une façon discrète pour régler les divers rhythmes des circulations locales.

C'est dans ces régions éloignées que règne sans conteste la vie automatique des éléments propres ; — c'est l'activité locale qui domine, et une sorte de décentralisation complète qui caractérise la vie de ces régions ^

Peu à peu, à mesure que l'on se rapprociie des centres, un véritable progrès hiérarchique s'effectue dans la répartition des forces vives de l'activité nerveuse; — c'est ainsi que, si des ganglions on arrive à la moelle, on constate que d'une part, les phénomènes sensitifs sont répartis dans certaines régions, et les phénomènes moteurs dans d'autres régions;, la sensibilité et l'activité automatique, qui étaient fusionnées d'une façon diffuse dans les amas ganglionnaires périphériques, sont ici nettement séparées, et s'exercent régulièrement à l'aide de territoires de cellules nerveuses spécialement destinées à un but déterminé. — Ce n'est pas tout encore. Dansle cerveau ce principe du perfectionnement progressif, du travail physiologique par la multiplicité des appareils destinés à l'accomplir, s'accentue de plus en plus, — si bien que l'activité automatique se révèle non-seulement dans les phénomènes de la motricité, mais encore dans les manifestations de l'actiAdté psycho-intellectuelle.

Partout en un mot où les phénomènes de la vie nerveuse se développent, ils apparaissent non-seulement avec ces caractères généraux de sensibilité propre, de phosphorescence organique, que nous avons reconnus jusqu'ici comme étant les attributs essentiels de toute cellule nerveuse vivante, mais encore avec un coefficient nouveau, avec cette propriété si caractéristique de l'activité automatique, en vertu de laquelle ils sont aptes à s'ébranler spontanément , par le fait de la mise en émoi de leur sensibilité intime préalablement sollicitée , à rayonner à distance, et à projeter au loin Texpression de cette sensibilité histologique mise en émoi, sous forme de réaction automatique

1. Des ganglions unicellulaires, ou composés de quelques cellules, ont été observés depuis longtemps dans les tuniques intestinales, dans la vessie, dans les parois vasculaires. (Legros. Thèse d'agrégation sur les nerfs vaso-moteurs, Paris, 1873, page 14.)

138 ACTIVITÉ AUTOMATIQUE DES ÉLÉ1\IENTS NERVEUX

complètement indépendante de l'existence du système nerveux, et plus tard sous forme de décharges nerveuses.

L'activité automatique de toute cellule vivante n'est donc que la réaction spontanée de la sensibilité histologique propre sollicitée d'une façon ou d'une autre.

C'est cette forme spéciale de la vitalité des éléments nerveux que nous allons actuellement envisager. Nous allons voir ainsi — comment ces activités automatiques deviennent avec la sensibilité et la phosphorescence organique, les éléments fondamentaux de l'activité cérébrale, — comment elles s'associent les unes avec les autres de mille manières, se combinent pour produire les opérations les plus complexes de la dynamique cérébrale, et comment elles sont toujours sous-jacentes dans la plupart des opérations de la vie du cerveau.

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