LES PHENOMENES SPINAUX
Les phénomènes de la vie nerveuse automatique se révèlent, avons-nous dit, sous leur forme élémentaire la plus simple dans les opérations mystérieuses de la vie végétative, alors que les ganglions sympathiques répandus dans la trame des tissus, reliés aux régions centrales par de minces filets connectifs, gouvernent sur place les phénomènes de la vie locale des différents territoires de cellules, et travaillent comme de petits centres aberrants, qui tiennent sous leur dépendance les phénomènes purement végétatifs.
Dans les centres, dans les régions purement spinales, les manifestations de la vie automatique se révèlent encore d'une façon indépendante, et comme pourvues d'un caractère d'autonomie spéciale à chacune des régions propres de l'axe spinal.
Cette activité automatique est tellement vivace dans l'intimité des réseaux gris de la moelle, qu'elle persiste par elle-même, s'exerce motu proprio en dehors de toute participation des régions supérieures de l'encéphale, et chaque segment de la moelle, considéré comme un centre ganglionnaire indépendant, peut encore, même lorsqu'il est nettement isolé, fonc-
tionner d'une façon régulière et donner lieu à des réactions coordonnées.
Coupez en effet la moelle d'animaux vivants en tronçons séparés, ainsi que Landry l'a fait i, et vous verrez chaque tronçon exécuter isolément une série de manifestations motrices indépendantes, et tant que les courants sanguins continueront à abreuver les cellules, tant que celles-ci pourront emmagasiner des forces nouvelles après chaque décharge, et continuer à vivre comme précédemment de leur vie morphologique, elles continueront à produire de la force nerveuse, et à opérer fatalement des manifestations régulièrement coordonnées, en raison des consensus préalablement institués.
Bien plus, chez l'homme, les expériences de Ch. Robin faites sur le cadavre d'un supplicié par décollation 2, n'ont-elles pas montré d'une façon concordante que les activités automatiques de la moelle étaient aptes pareillement à se perpétuer avec une énergie et une coordination toujours les mêmes, sous forme de mouvement régulièrement associés, suivant un but déterminé (mouvements de défense produits par la main après une excitation cutanée), et cela avec autant de régularité que si le cerveau les avait dirigés.
Ne sont-ce pas là encore des types véritables de réactions automatiques que cette série de processus excito-moteurs qui se succèdent sans discontinuité à travers le bulbe (région du nœud vital), et en vertu desquelles les cellules de la région bulbaire, comme ces ouvriers infatigables de nos grandes usines, travaillent la nuit comme le jour, d'une façon incessante, à l'entretien régulier des foyers de l'innervation, du cœur et des muscles respiratoires, et cela, — sans trêve ni merci, pendant toute la durée de la vie, sans que la personnalité consciente intervienne, et par le seul fait de la permanence des forces automatiques.
Et, chose remarquable ! cette puissance automatique des appareils purement spinaux est tellement accentuée, sa participation à tous les actes que nous accomplissons primitivement avec le concours de notre volonté consciente, est tellement efficace et régulière, que peu à peu elle arrive à gagner du terrain dans le domaine de nos opérations dynamiques cons*