DÉVELOPPEMENT DE L'ACTIVITÉ AUTOMATIQUE 15Q
inonde extérieur, l'embrasser avec leurs petites mains, toucher tout ce qui les environne, et prendre connaissance de tout ce qui les entoure? — qui n'a pas été frappé de leurs réflexions intimes dont la portée, la logique et la finesse nous surprennent d'autant plus qu'elles sont exemptes de toute réserve, et qu'elles se font jour au dehors, rien que par le jeu naturel de leur activité cérébrale abandonnée à ses allures naïves ?
Et, en même temps que le monde physique pénètre en lui et y laisse ses empreintes, le petit être commence à sentir les émotions, et à voir se développer en lui les éléments primordiaux de la sensibilité commune. — Il sent très-bien par lui-même, et par les seules énergies de la vitalité propre de son sensorium, quelles sont les choses et les personnes qui lui sont agréables, quelles sont celles qui lui sont désagréables.
C'est en vertu des mêmes forces vives inconscientes que ses premiers sentiments éclatent, se développent, se perpétuent, et cela, en vertu d'une force originale et aveugle, sans que la personnalité intervienne d'une façon directe.
L'enfance et la jeunesse sont les deux phases de la vie pendant lesquelles l'activité automatique des éléments cérébraux se décèle avec les plus grandes énergies; — c'est le moment où la mémoire a le plus de vigueur, où la sensibilité de la cellule cérébrale est le plus exquise, soit pour sentir les incitations qui l'ébranlent soit pour les retenir; c'est le moment par contre où ses facultés réactionnelles sont les plus accusées.
C'est en effet l'époque où les idées s'associent avec le plus de rapidité, où le rapprochement dos idées récentes avec les idées anciennes se fait d'une façon si instantanée, où la spontanéité propre, l'originalité individuelle éclate de la façon la plus accentuée, et où enfin l'homme apparaît avec le tempérament cérébral qui le caractérise d'une façon spécifique.
A mesure que l'âge mûr se caractérise, les énergies automatiques des cellules cérébrales deviennent graduellement moins intenses. — Leur sensibilité est déjà émoussée par suite de la multitude d'impressions qui les ont tour à tour sollicitées; leurs appétitions pour les choses inconnues sont moins vives ; c'est la période de saturation qui commence pour elles. La soif de connaître, d'enregistrer des faits nouveaux, se calme peu à peu, et les forces mentales se concentrent alors dans le classement régulier des richesses acquises, dans
le groupement méthodique des faits appartenant au passé, et dans la mise en activité des matériaux accumulés de longue date qui servent à l'édification de nos jugements, à la formation de nos pensées, à la maturation de nos réflexions, — si bien que si le cerveau humain a perdu déjà quelque chose au point de vue de la verdeur et de la juvénilité de sa manière de sentir, il a gagné par contre les fruits de l'expérience acquise ; — il sait, et il expose automatiquement ce qu'il sait; et ces mani(ires d'être différentes, sous lesquelles la personnalité humaine se révèle au point de vue de ses manifestations extérieures, représentent alors la véritable synthèse de toutes les activités mentales dans leur plein épanouissement i.
Les effets de la sénilité progressive s'accusent par des nuances insensibles dans les cerveaux humains, par un affaiblissement lent et graduel de l'activité automatique de leurs éléments.
Ce défaut d'appétence et de cui-iosité pour les choses nouvelles, qui est déjà accusé dans la phase précédente, se caractérise de plus en plus ; cet émoussement de la sensibilité qui exprime la saturation complète des éléments du sensorium et l'impossibilité où ils sont de se maintenir en éréthisme, prend des formes de plus en plus significatives. Le cerveau humain éprouve le besoin d'un repos prolongé ; les ardeurs de la grande lutte pour la vie deviennent pour lui une situation pénible ; c'est l'heure de la retraite qui sonne pour un grand nombre de carrières sociales ; ~~ et c'est ainsi que cette période d'inactivité qui caractérise fatalement chaque individu au point de vue du rôle social qu'il a rempli, exprime physiologiquement l'usure lente et graduelle des énergies de la vie automatique qui peu à peu ccs-
1. Il est curieux de constater combien, dans la pratique de la vie courante, le degré des énergies automatiques est variable chez les individus ditl'érents, au point de vue de la rapidité de la transmission des incitations nerveuses dans le cerveau et des réactions consécutives. — On sait en effet combien il y a d'individus qui, comme on le dit, ont l'entendement lent, paresseux et difficilement perméable aux stimulations du monde extérieur qui rayonnent vers lui. —Tout le monde sait qu'il existe un grand nombre de gens qui, quoique très-intelligents dans un certain ordre d'idées, sont réfractaires à la possibilité d'associer deux idées disparates. Ils ne comprennent que très-lentement les facéties et les jeux de mots, et, dans certaines conversations, alors que l'effet d'un jeu de mots est produit, que tout le monde a souri, eux seuls restent en arrière et montrent, par un éclat de rire tardif, que chez eux enfin l'effet hilariant s'est produit.