PERTURBATIONS DE L'ACTIVITÉ AUTOMATIQUE
si inconsciente, on ne peut s'empêcher de reconnaître l'expression tumultueuse des forces de l'activité normale déchaînées, et entraînées dans un véritable tourbillon de suractivité morbide.
Dans des proportions moins véhémentes, dans quelques formes de délire partiel, on voit des sujets entraînés malgré eux, délirer sans cesse sur certains points, engendrer 1er mêmes conceptions délirantes , répéter toujours les mêmes phrases, sans s'apercevoir que leurs idées sont en désaccord complet avec la réalité. — C'est ainsi qu'ils disent qu'ils sont ruinés, dépouillés de tout, qu'on les a empoisonnés; et vienton à raisonner avec eux, à leur montrer, pièces en main, l'inanité de leurs appréhensions, à les rassurer de mille manières, — les activités automatiques de leur cerveau sont tellement orientées dans une direction fixe, qu'ils y retournent sans cesse, comme un membre contracture que l'on cherche à détendre et qui reprend sa position première ; — et, gémisseurs perpétuels, ils répètent sans cesse les mêmes phrases, les mêmes appréhensions vagues , et reprennent inconsciemment les mômes routes suivies sans conviction,, sans participation de leur personnalité consciente, et rien que par l'entraînement des forces automatiques de leur esprit troublé ^
Dans d'autres circonstances, l'activité automatique s'exerce -d'une façon morbide dans un cercle relativement limité, et n'intéresse que certaines zones de la substance corticale, les autres restant relativement indemnes, comme nous voyons, par exemple, certaines manifestations cutanées se révéler par plaques, par îlots à la surface de la peau, en laissant dans les intervalles des régions saines. — Ainsi dans ces cas auxquels nous faisons allusion, les régions perceptives du sensorium, celles où s'élaborent les manifestations de la personnalité consciente, sont parfois respectées et dans un état d'intégrité complet, alors que les régions circon voisin es sont envahies par diverses sortes de processus morbides; et alors on assiste à un phénomène étrange , à une sorte de dédoublement de l'unité mentale. — L'individu, ainsi scindé en une partie de lui-même restée saine, et une autre partie soumise aux phé- Doraèner d'entraînement automatique involontaire, assiste,
1. VoirBillod. Annales médico-psychol., 1861, page 541. Lésions de l'association des idées; associations fixes.
spectateur conscient, à certains actes extravagants qu'il est forcé de commettre, à certaines paroles insensées qu'il profère ; il est en quelque sorte réduit à cette contemplation poignante du tétanique, qui, au moment de l'accès, voit ses muscles échapper à l'influence de la volonté, se contracter sous l'influence des cellules de la moelle en période d'activité automatique incoercible, et devenir ainsi des instruments indociles qui cessent de lui appartenir.
Les annales des maladies mentales renferment des exemples nombreux de cet état de dissociation des forces vives de l'activité cérébrale. — Ce sont des malades qui tantôt écrivent et racontent leurs anxiétés, — les angoisses involontaires par lesquelles ils passent, les paroles qu'ils ont prononcées à leur insu; — et comment ils sont entraînés à parler malgré eux, à dire ce qu'ils no voudraient pas dire, à faire des gestes ridicules, et à commettre des extravagances qu'ils jugent avoir été incapables de maîtriser.
Une dame, citée par Falret, poussait des cris, commettait toutes sortes d'actes désordonnés et se trouvait d'autant plus à i)laindre qu'elle avait, disait-elle, la conscience que c'étaient là des actes de folie, mais qu'elle ne pouvait s'empêcher de lescommettre *. — Un malade dont l'observation a été rapportée |tar Moreau (de Tours) a présenté des symptômes analogues :
X..., à la suite de chagrins, eut le caractère aigri, et fut pris d'idées excentriques que sa raison désapprouvait : il lui prend subitement l'idée de défaire son lit, mais il se demande à quoi bon; de jeter à terre son chapeau sans motif. Dans la conversation, si on se permet de le contredire, il lui prend une envie subite de battre son interlocuteur; il se retient, en songeant à l'absurdité qu'il va commettre, et une foule de conceptions délirantes lui traversent incessamment l'esprit sans qu'il soit permis à personne de le soupçonner de tolie, tant la durée de son égarement est courte 2.
Ces phénomènes étranges, ces délires généralisés ou systématisés, ces entraînements bizarres, dont on voit des échantillons avortés chez certaines femmes enceintes, constituent, sous
1. Falret. Annales médico-psijcJwlog., 1870, page 117. Des. aliénés avecconscience.
2. Impulsions insolites sans désordre de l'intelligence. Annales médko~ jisycholog., page 84, année 1857.