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CHAPITRE II

CONSTITUTION D3 LA SPHÈRE DE l'aGTIVITÉ PSYCHO- INTELLECTUELLE.

A. — Une fois que l'incitation extérieure s'est disséminée dans les réseaux de la corticale et s'est incorporée dans le sen^ sorium en y développant les énergies spécifiques des cellules cérébrales qui l'ont reçue, alors ce milieu nouveau entre luimême en jeu et réagit en raison directe de ses aptitudes latentes. — C'est la sphère de l'activité psyctio- intellectuelle qui parle alors avec toutes ses richesses naturelles, avec toutes les réserves de sa sensibilité en éveil et qui, tout à coup mise en émoi, réagit et développe ainsi les merveilleuses aptitudes dont elle est fondamentalement douée. Ce milieu nouveau, qui entre en action, comprend, avons-nous dit, l'ensemble des phénomènes purement psychiques et des phénomènes purement intellectuels de l'être vivant. C'est la région princeps par excellence de l'organisme à laquelle tout aboutit, de laquelle tout part et qui est le résumé des forces vives de l'activité mentale.

Comment cette double sphère d'activité qui, au point de vue dynamique, présente des caractères si nettement tranchés et cependant si solidairement confondus, est-elle constituée ? — Comment peut-elle être conçue idéalement au point de vue de la structure de l'écorce ?

Ce sont là des questions sur lesquelles il nous est aujourd'hui

impossible de donner une réponse catégoriquement satisfaisante. — Nous savons seulement, d'après les données anatomiques que nous avons précédemment exposées, que l'écorce cérébrale est constituée par des séries de cellules superposées par zones indépendantes et cependant solidaires les unes des autres, et que ces réseaux de cellules reçoivent principalement dans une circonscription spéciale, directement les incitations extérieures, pour lesquelles ils forment ainsi une vaste surface de réception, et, dans l'acception stricte du mot, un véritable sensorium commune.

Or ces réseaux du sensorium, constitués par ces différentes zones sous-méningées des cellules de la corticale, ne sont pa? seulement des écrans inertes, des zones nerveuses destinées à recevoir et à enregistrer passivement les images du monde extérieur, — ce sont des réseaux vivants sensibles, émotifs, qui s'érigent d'une façon spéciale en présence de l'incitation stimulatrice et qui, comme leurs congénères des régions périphériques, témoignent à son contact les mêmes manières diverses dont ils peuvent être impressionnés. — Ils vivent, ils sentent, et de plus ils se souviennent ; car c'est alors que cette nouvelle propriété de conserver les traces des impressions passées, apparaissant avec toute son énergie, donne à toutes les incitations qui arrivent au milieu d'eux un caractère spécial de permanence et leur permet de se survivre à elles-mêmes, de se prolonger à l'état de souvenirs, et d'être annotées dans ce calendrier de nos impressions sensitives avec un coefficient spécial de plaisir ou de douleur.

C'est ainsi qu'en vertu de ces deux conditions fondamentales, l'arrivée de l'incitation extérieure, — la réaction appropriée du milieu cérébral où elle est reçue, — des forces nouvelles se créent dans le cerveau, une sphère spéciale d'activité nerveuse se développe, dans laquelle la sensibilité intime de notre être, notre personnalité consciente, représentée avec tous ses éléments (V. p. 83) dans la trame du sensorium, prend vie, s'amplifie, se perfectionne, par la mise enjeu de la sensibilité intime des éléments qui la constituent. C'est ainsi, comme conséquence, que les ébranlements anciens sont fatalement associés aux incitations récentes, que le passé des émotions diverses, le souvenir des jours de joie ou de tristesse S3 trouvent incessamment en conflit avec ces régions mères de l'activité mentale, et qu'en

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somme si la sphère de l'activité purement psychique peut être considérée, au point de vue dynamique, comme la résultante de tous les ébranlements de notre sensibilité récente et passée, associés aux événements de la vie courante, — au point de vue anatomique, elle peut être conçue comme localisée dans toute cette série d'éléments nerveux qui constituent les plexus du sensorium.

B. — D'autre part, si jusqu'à un certain point nous pouvons avoir quelques données précises qui nous permettent de supposer que certaines régions de l'écorce (les régions des petites cellules) jouent le rôle de réservoir commun par rapport aux impressions extérieures qui viennent s'y distribuer, et par conséquent, deviennent le territoire spécial des manifestations de la sensibilité mentale, — il est jusqu'ici presque complètement impossible d'avoir des données précises sur la constitution réelle et la situation topographique du champ de l'activité intellectuelle proprement dite. — Ce n'est que par artifice et par voie détournée que nous pouvons arriver à grouper quelques faits en rapport avec ce sujet.

L'étude des maladies mentales nous montre en effet d'une façon précise que, dans un grand nombre de cas, les régions de l'activité intellectuelle peuvent être respectées alors que les régions purement émotives, les régions du sensorium sont profondément troublées. — On voit un grand nombre d'aliénés, atteints de lypémanie, gémir sur leur sort, sur les persécutions dont ils sont l'objet, s'émouvoir d'une façon incessante à propos de minuscules incidents, et cependant pouvoir se rendre compte de ce qui se passe autour d'eux et, au milieu des désordres de leur sensibilité en émoi, discerner parfaitement ce qui leur arrive, et faire quelquefois des réflexions très-judicieuses.

Cette dissociation des régions purement émotives et des régions purement intellectuelles pouvant être inégalement touchées, prouve donc, d'une façon péremptoire, l'indépendance fonctionnelle complète de la sphère intellectuelle proprement dite, celle de l'émotivité et de la sensibilité mentales.

Maintenant, cette sphère de l'activité intellectuelle qui a uji domaine propre , une autonomie particulière au milieu des opérations cérébrales , où siége-t-clle , et dans quelles connexions se trouve-t-elle avec les différents groupes des cellules de l'écorce ?

Jusqu'ici encore nous n'avons que des conjectures et des probabilités à exposer.

En tenant compte cependant de l'ordre et de la marche des processus de l'activité cérébrale qui, des régions superficielles sous-méningées, se répartissent par voie de propagation vers les régions profondes de l'écorce, on ne peut s'empêcher d'admettre que la sphère de l'activité intellectuelle ne doit être gnise en jeu que secondairement et consécutivement à l'ébranlement des réseaux du sensorium. — Les réseaux du sensorium reçoivent d'emblée et tamisent en quelque sorte le? incitations extérieures avant de les propager aux zones sousjacentes : ce sont les frontières naturelles par lesquelles doivent passer fatalement toutes les incitations du mond ■ extérieur. Or, cette frontière naturelle occupe topographiquement les régions superficielles de l'écorce ; on peut donc provisoirement admettre que les zones de cellules sous-jacentes aux réseaux du sensorium avec lesquelles elles sont continues sont précisément celles qui peuvent être considérées, sans qu'il soit possible de limiter leur épaisseur, comme le champ d'action des opérations de l'intellect proprement dit.

Cette manière de voir, qui cadre avec les faits d'observation journalière, lesquels nous montrent à chaque instant combien l'activité de l'esprit est solidaire de l'activité sensorielle, — combien l'esprit, pour s'exercer, ne peut le faire qu'après avoir reçu sa stimulation du monde extérieur, nous montre en même temps — combien les phénomènes de l'activité intellectuelle, par cela même qu'ils s'exercent dans un territoire isolé de la corticale, sont aptes à se montrer d'une façon autonomique, avec une allure propre, comme sphère d'activité complètement indépendante.

Quoi qu'il en soit, la sphère intellectuelle, considérée en elle-même, participe aux mômes manifestations dynamiques que celles que nous avons reconnues à sa congénère de la sphère psychique.

Comme elle, elle se met en activité sous l'influence des incitations du monde extérieur qui lui apportent le mouvement et la vie ; comme elle aussi, elle s'érige à la suite et développe ses énergies intimes. Mais ici , ce n'est plus la sensibilité , l'émotivité qui jouent le premier rôle, comme lorsque ce sont les réseaux du sensorium proprement dit qui sont en émoi, ce

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