‹ Le cerveau et ses fonctionsChapitre 73 sur 132 · Voir page 83 et suivantes · texte numérisé non relu

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aussi, comment toutes les régions sensitives de l'être humain trouvaient dans ce sensorium un point symétrique vibrant à l'unisson , et comment , — par cela même , toute notre individualité en bloc , fibre sensible par fibre sensible , était transportée et étalée dans les réseaux du sensorium.

Que résulte-t-il de cette disposition? c'est que ces mêmes réseaux renferment dans leur intimité notre personnalité vivante et sentante tout entière, avec les éléments sensitifs qui la constituent, anastomosés entre eux en une inextricable unité ; ils servent de support à ses manifestations, ils la couvent en eux-mêmes, la vivifient incessamment de leur énergie propre et lui permettent ainsi, en la maintenant toujours à l'état de verdeur et d'éréthisme, d'être en perpétuel conflit avec les incitations du monde extérieur qui affluent à tout instant.

C'est grâce à ce mécanisme intime, que la notion de notre personnalité prend vie en nous et dérive nécessairement d'une série de phénomènes réguliers de la vie du système nerveux. C'est, comme on lo voit, toutes les sensibilités diffuses de l'organisme qui se trouvent réunies dans les réseaux du sensorium avec leurs tonalités diverses, et qui deviennent ainsi la matière première de son édification.

Comme conséquence naturelle de cette évolution physiologique, il résulte que, par cela môme que ce sont les régions perceptives du sensorium qui sont les régions mères au sein desquelles elle a pris naissance, elle se trouve en conflit direct avec les impressions extérieures et fatalement associée à tous les ébranlements que celles-ci développent à leur suite. — Elle en est incessamment avertie, elle est incessamment consciente de tout ce qui se passe, des caractères divers et des degrés d'intensité de ces mêmes incitations; — elle s'ébranle, elle s'émeut, elle s'attriste et se réjouit suivant les tonalités variées dont les éléments d\i sensorium^ qui sont ses supports naturels, sont eux-mêmes ébranlés par les stimulations incidentes.

C'est ainsi que les phénomènes de la perception consciente, envisagés au point de vue physiologique, rentrent dans le cadre naturel des fonctions nerveuses régulièrement accomplies. C'est une opération vitale, un processus normal qui ne naît et ne se développe que par le fait du concours synergique de toutes les forces vives du système. nerveux mises simultanément à contribution. — Comme toutes les grandes fonctions de

l'économie, le processus de la notion de la personnalité consciente ne vit et ne se soutient que par le concours incessant de tous les appareils nerveux qui sont parties prenantes ; et cette notion en elle-même ne devient permanente et stable que par le fait de la continuité du jeu des rouages organiques aux dépens desquels elle se développe.

Supposez une interruption dans l'arrivée des impressions extérieures sensitives dans le sensorium, des troubles spéciaux apparaîtront et se révéleront d'une façon toute caractéristique. Mnsi, on rencontre certains malades qui, frappés d'anesthésie des membres inférieurs (certaines formes d'ataxie locomotrice), disent qu'étant couchés dans leurs lits ils ne sentent plus leurs membres, qu'ils ne savent plus où sont leurs jambes; ils n'ont plus conscience de cette portion de leur personnalité qui est constituée par leurs extrémités inférieures.

Supposez la suspension des courants sanguins qui vont porter la vie dans les cellules du sensorium, un autre ordre de phénomènes très-significatifs se développe alors. Il y a un arrêt subit du jeu de la machine vivante. — Tout s'arrête à l'instant; tout reste immédiatement en suspens. Les régions perceptives du sensorium frappées, en quelque sorte, d'asphyxie, sont tout à coup privées de la propriété de sentir les incitations ambiantes ; elles demeurent torpides, inertes, et la personnalité humaine cesse du même coup d'être consciente des choses du monde extérieur dont elle perd ainsi la connaissance (syncope, défaillance, vertige épileptique).

Supposez encore que les réseaux de cellules de la corticale, isolés les uns des autres, dans une certaine mesure, au point de vue de l'arrivée du sang dans leur trame, comme ils le sont au point de vue de l'activité dynamique, reçoivent à un moment donné plus de sang que d'habitude et entrent ainsi dans une phase d'éréthisme morbide ; — les régions de la personnalité consciente restant relativement indemnes, il en résulte un phénomène étrange en vertu duquel l'individu, sans avoir perdu la connaissance des choses extérieures, assiste, en quelque sorte passivement, à l'entraînement automatique de certaines régions de son cerveau qui le poussent à proférer des paroles, à commettre des actes extravagants, et cela d'une façon incoercible et tout à fait en dehors de sa volonté.

Ces détails nous amènent donc à dire que les phénomènes

GENESE DE LA NOTION DE LA PERSONNALITE iS7

•de la perception consciente^ comme de véritables processus physiologiques, sont décomposables par l'analyse en phases successives — et qu'ils ne se développent et ne se perfectionnent qu'en raison des conditions d'intégrité des divers milieux qui les engendrent.

A ce point de vue, ils sont tout à fait comparables aux phénomènes de l'hématose qui n'ont lieu d'une façon incessante et continue que par l'effet de la coopération effective d'une série d'appareils de la vie organique qui coopèrent à ce but commun. — L'hématose est, dans son essence, une opération fondamentale aussi importante dans la sphère des phénomènes de la vie organique que la perception consciente dans la sphère des phénomènes de l'activité psychique. — Dans le premier cas, c'est l'arrivée de l'oxygène qui vient animer le globule sanguin et rendre rutilant le sang veineux au moment de son passage dans la trame pulmonaire ; — dans le second cas, c'est l'arrivée inces* santé et non interrompue de la stimulation du monde extérieur qui vient animer la cellule cérébrale et susciter ses énergies latentes ; — de part et d'autre, c'est la non-interruption de l'arrivée de l'élément extérieur qui est la cause de l'entretien et de là perpétuité de la fonction qui s'exécute à la suite ; — si bien donc que la notion de la personnalité consciente est dans son essence un phénomène d'ordre vital qui ne persiste toujours actif, toujours présent, que par le fait de la continuité et du synergique effort des appareils nerveux mis en réquisition.

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