RÉPERCUSSION DÉ LA MOTRICITÉ SUR LA VIE VÉGÉTATIVE
les spasmes, les anxiétés , le rire même involontaire qui éclate quelquefois d'une façon si imprévue à la vue d'une personne qui rit, le bâillement qui se montre aussi dans les mômes circonstances, sont encore des révélations extérieures coordonnées, qui succèdent à une incitation incidente importée dans le sensorium, et qui se répercute du côté des appareils chargés de l'exporter au dehors.
Bien plus, et c'est encore là un phénomène connu de tous, — dans certaines circonstances, nos muscles , qui d'ordinaire cependant sont les interprètes si fidèles de nos volontés, échappent quelquefois à la stimulation régulière de la personnalité consciente et alors, sous l'empire d'émotions puissantes, subissent les incitations incoercibles irradiées du sensorium et entrent en activité pour traduire, serviteurs infidèles, les instructions d'un pouvoir irrégulier, et manifester à notre insu les états divers que traverse notre sensibilité intime. — C'est en raison de cette substitution, que nos gestes, nos mouvements, nos attitudes, notre physionomie deviennent, à notre insu, les expressions vivantes des états divers de notre sensibilité, et en quelque sorte les manifestations apparentes , par lesquelles la phase d'éréthisme de certaines régions du sensorium se décharge au dehors : — et en cela nos muscles d'expression se groupent, s'harmonisent d'une façon coordonnée aussi automatiquement, aussi inconsciemment que nous voyons, par exemple , ceux de l'iris se dilater et se contracter alternativement pour traduire parleur jeu, aussi automatique qu'inconscient, les modalités diverses de la sensibilité de la rétine qu'ils sont chargés de protéger.
On peut donc dire, d'une façon générale, que toutes les incitations périphériques qui arrivent au sensorium sous forme d'un ébranlement vibratoire, d'une force vive en activité, n'y restent pas stationnaires , emmagasinées sur place. Elles y développent une série de réactions secondaires , de synergies régulièrement coordonnées qui, incessamment réparties vers les appareils de la vie organique, représentent la continuité du mouvement primitif , et en quelque sorte les moyens d'excrétion, des forces vives implantées dans l'organisme qui opèrent eà et là leur décharge physiologique.
Manifestations extrinsèques des jorocessus cérébraux. Genèse de la volonté.
Les processus de l'activité cérébrale, qui sont destinés à se révéler au dehors et à sortir de l'organisme sous forme de manifestations volontaires conscientes, doivent être successivement envisagés dans les deux phases principales qu'ils suivent dans leur évolution :
1° Dans leur période d'incubation proprement dite, alors que le processus de la volonté n'est encore constitué que par un ébranlement purement psychique;
2<* Dans leur seconde période de manifestation extrinsèque , alors qu'ils prennent corps, se révèlent d'une façon apparente, et mettent à contribution les régions purement motrices du système nerveux
1° Dans sa phase préparatoire ou d'incubation, le processus delà volonté n'est autre chose que la période ultime plus mûrie, plus avancée, d'une opération antérieure de jugement^ constituée ainsi que nous l'avons précédemment indiqué.
La personnalité humaine a été saisie par l'arrivée de l'incitation émanée du monde extérieur, elle est devenue participante, elle s'y est associée, et, de ce conflit intime, est résulté un véritable rayonnement automatique intra-cérébral qui a suscité l'apparition d'une série d'idées secondaires agglomérées. — Mais, les choses n'en sont pas restées là ; cette personnalité intime, par cela même qu'elle a été saisie, que sa sensibilité a été touchée d'une manière quelconque, — en vertu des forces vives qui vibrent à l'état latent en elle, cette personnalité a réagi , elle a été émotionnée suivant le sens de ses affinités les plus profondes et, fatalement, cette période réactionnelle se traduit par une appétence inconsciente vers tel ou tel autra objet déterminé, et parmi effort répulsif vers tel ou tel autre.
Le désir, l'attraction, l'aversion, l'éloignement, sont donc des modalités nouvelles qui éclatent nécessairement dans le senso'^ rium par le fait naturel du cours des choses, et qui deviennent ainsi les éléments primordiaux destinés à constituer un processus d'activité volontaire.
2** L'opération psychique , qui va se fondre en un acte de
GENÈSE DE LA VOLONTÉ 25 t
volonté , n'est donc en lui-même que le deuxième temps d'un mouvement préalablement commencé, et l'expression régulière de la personnalité humaine , saisie , impressionnée par une incitation ancienne ou récente du monde extérieur, et reportant dans le monde extérieur, sous forme de manifestation de motricité, les différents états de sa sensibilité en émoi.
De là, comme conséquence naturelle, on arrive à dire que l'acte de motricité volontaire qui se développe dans les régions psychiques, n'est qu'un fait subordonné, un phénomène secondaire, résultat direct du choc de la sensibilité en émoi, et de la réaction spontanée du sensorium. La motricité n'est donc physiologiquement que la sensibilité transformée. — C'est dans ce conflit intime où la personnalité humaine impressionnée est saisie que l'incitation volontaire prend vie; c'est à la suite de cette réaction de la sensibilité, qu'elle émerge, comme une conséquence naturelle et comme une force vive en évolution : c'est comme un processus excito-moteur irradié des régions sensitives de l'axe spinal vers les régions antérieures, qui progresse motu proprio, se développe, s'amplifie, se perfectionne fatalement tout le long de son parcours , et s'épanouit, dans sa dernière période, en manifestations motrices, coordonées, satellites fidèles des incitations sensitives qui lui ont donné naissance.