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ÉMISSION DE LA MOTRICITÉ VOLONTAIRE

aller aux épanchements naturels de notre sensibilité, et, comme on le dit, aux élans de notre premier mouvement, c'est nous-mêmes, c'est notre personnalité qui se répand spontanément, sans artifice et sans préméditation ; — elle réagit avec ses allures natives, naïves même, comme s'il s'agissait d'un phénomène physiologique à évolution naturelle *, car, dans ces circonstances , nos paroles expriment nos sentiments d'une façon cursive, et les atermoiements de la méditation, de la réflexion diplomatique, ne se sont pas encore jetés en travers pour en masquer la spontanéité naturelle.

Dans une foule d'autres circonstances, la décharge ne se fait pas d'une façon rapide et immédiate ; il y a en quelque sorte macération à froid de l'impression incidente dans la trame du sensorium, en vertu de laquelle cette impression est mûrie et modifiée par l'action même du milieu où elle séjourne.

Lorsqu'on effet nous avons besoin de réfléchir, de mûrir un projet, avant de prendre une résolution, l'idée mère, l'incitation première n'est pas arrivée dans le sensorium sans éveiller une foule de réactions ambiantes. — C'est à l'état de vibrations sensorielles qu'elle a été perçue, et ces vibrations ont rayonné à distance dans les différents territoires de cellules. Ces dernières, ébranlées, ont suscité l'activité automatique de celles du voisinage et soulevé en même temps des idées afQnes , des souvenirs associés et anciennement enregistrés , si bien , — qu'au bout d'un temps de séjour dans le sensorium , séjour variable suivant les individus , cet ébranlement primordial a proliféré et lentement produit des effets retentissant à distance.

Bien plus, les idées d'autrui, sous forme de conseils oraux, de conseils écrits et d'impressions auditives et optiques interprétées par l'intellect, sont venues se mettre de la partie, se grouper autour de l'incitation primordiale, et apporter un poids nouveau à l'opération en train de s'effectuer.

Ces réflexions, qui sont soit puisées en nous-mêmes, soit inspirées par le milieu ambiant, se convertissent alors en motifs ou en pensées agglomérés , destinés à influer sur la direction du processus volontaire et à diriger sa route.

Les choses étant ainsi disposées, c'est alors qu'une phase délicate se prépare dans l'opération cérébrale qui s'achève; les motifs étant mis les uns et les autres en présence, avec leurs caractères extrinsèques et intrinsèques, les nuances qui les ca-

ractérisent, leur valeur relative, — quelle route le processus va-t-il suivre? sous quelle forme va-t-il se révéler? — et dans guel sens la personnalité consciente va-t-elle se prononcer ^ ?

Sur ce point, depuis longtemps, les controverses desphilosophes et des métaphysiciens se sont exercées de longue date pour n'arriver qu'à une chose : à exprimer, en phraséologie sonore, leur ignorance plus ou moins absolue des conditions fondamentales de la vie psychique. — C'est en effet dans l'intimité des actes de la vie cérébrale, dans les phénomènes complexes sous lesquels elle se révèle qu'il faut pénétrer, pour arriver à comprendre l'évolution d'un acte volontaire quelconque, et la façon naturelle dont il s'exprime à travers l'organisme.

Pour peu en effet que l'on veuille réfléchir à l'enchaînement des processus de l'activité cérébrale, envisagés ainsi que nous venons de le faire, on arrive forcément à cette conclusion, — que l'acte volontaire en lui-même n'est que la réaction de la sensibilité mise en émoi, — que c'est elle qui est latente dans toutes les manifestations volontaires, et que c'est toujours le sensorium qui , sous les formes en apparence les plus dissemblables, réagit et traduit au dehors les ébranlements intimes dont il est incité.

C'est la sensibilité donc qui, d'une façon constante, est en .émoi au début de tout acte volontaire qui se développe ; — c'est elle qui s'érige, qui suscite les opérations du jugement et de la

1. Ce moment délicat de l'opération, en vertu duquel le sensorium saisi réagit spontanément et exporte au dehors les états divers dont sa sensibilité est impressionnée, chez certains individus ne se passe pas sans certaines difficultés.

Il y a un grand nombre d'hommes en effet dont l'hésitation est la note dominante du caractère. Au moment de prendra un parti, il n'osent se décider, ils tergiversent dans une indécision persistante et restent en suspens alors qu'il faudrait agir. A un degré plus prononcé, alors que cet état psychologique est déjà plus accentué, on voit les individus qui sont ainsi disposés, raconter toutes les anxiétés qui les assiègent alors qu'ils sont sur le point de prendre une résolution ; ils hésitent, tiraillés par une série d'incertitudes et, s'il s'agit de parler, de prendre la plume pour donner une signature, défaire un acte quelconque de spontanéité, ils demeurent fixés, immobilisés, dans une sorte d'apathie incoercible.

Ces états divers, depuis les formes les plus simples jusqu'aux formes les plus accusées, ne sont évidemment que l'effet d'un affaiblissement partiel ou permanent des énergies mentales par lequel les éléments du sensorium, à l'état torpide, sont incapables de s'élever jusqu'à la phase d'éréthisme, de réagir et d'entraîner par leur vitalité propre, le processus en évolution dans la direction régulière qu'il doit suivre.

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réflexion. C'est elle qui, partout présente, partout vibrante, inspire nos paroles, nos écrits, nos actes, et, quelle que soit la puissance des motifs destinés à la solliciter dans un sens opposé à ses inclinations intimes, suit ses appétitions fatales vers ce qui lui convient, ce qui lui agrée, et s'éloigne de ce qui lui répugne. — Chacun, comme on dit, sur un sujet donné exprime son sentiment, chacun juge suivant la façon dont il est impressionné, dont il sent, et la sensibilité, la recherche de ce qui plaît à chacun de nous est tellement le mobile réel, sous le nom d'intérêt personnel, de toutes les actions humaines, que l'on peut dire à coup sûr que c'est toujours elle qui les dirige, comme un aimant puissant, et qui les incline dans tel ou tel sens; tout cela s'opère d'une façon tellement inconsciente, tellement fatale, et tellement certaine, qu'en présence d'un crime, d'un acte coupable quelconque, la justice fait remonter tout d'abord la responsabilité à celui qui pouvait avoir intérêt à le commettre et tirer quelque profit de la perpétration.

D'un autre côté, comme la sensibilité humaine est en ellemême tout ce qu'il y a de plus mobile, et tout ce qu'il y a de plus variable, et que sous ce rapport, chacun prend son plaisir là où il le trouve, il en résulte que les manifestations de la sensibilité varieront à l'infini suivant les hommes, et prendront quelquefois des formes paradoxales en dehors des modes usuels de la sensibilité commune. — Mais au fond, quoique les sentiments d'égoïsme et de satisfaction personnelle soient masqués en apparence, néanmoins les manifestations de la volonté n'en dériveront pas moins toujours des mêmes origines; — chacun, avons-nous dit, a sa manière de sentir ; et de même que l'on voit des individus éprouver des satisfactions dans certaines jouissances qu'eux seuls sont aptes apercevoir, de môme on les voit manifester ces états divers de leur sensorium sous des formes excentriques, extravagantes. C'est ainsi que les élans de la générosité, de l'abnégation, du sacrifice même, de l'intérêt personnel ne sont que trop souvent une manifestation déguisée de l'égoïsme, une façon de sentir, sui generis, en vertu de laquelle on échange un avantage de bénéfice physique pour une émotion d'ordre moral.

A partir donc du moment où la personnalité est intéressée à la réalisation de tel ou tel désir, à partir du moment où il y a, comme on dit, résolution jorise par ello, cet état psychologique

se traduit d'une façon coordonnée, suivant des procédés acquis par l'habitude, commencés dès l'enfance, et par lesquels nous avons appris à faire comprendre à nos semblables en un vocabulaire spécial, les idées qui germent en nous, les désirs qui demandent à être satisfaits, ainsi que nos aversions privées.

Des lors le processus mental a fait un pas de plus dans l'intimité des réseaux de la corticale ; il aborde une voie nouvelle, celle des régions motrices proprement dites. — C'est un clavier vivant automatique qui entre dès ce moment en jeu et qui, sous des formes variées, traduit les tonalités sensitives qu'il est chargé d'interpréter fidèlement ; c'est la partie instrumentale de notre être qui s'ébranle , et le processus , tendant de plus en plus à émerger des réseaux de la corticale, se concentre dans certaines circonscriptions limitées, dans certaines régions psycho-motrices, et de là, sous la forme de stimulations rapides, intermittentes, opère directement sa décharge sur les divers territoires des corps striés.

Enchaînement des actions motrices volontaires.

Nous venons de voir comment le stimulus volontaire, conçu dans sa première phase d'élaboration, au sein des réseaux du sensorium à l'état d'ébranlements purement psychiques, se trouvait constitué par une série d'éléments multiples, concourant tous à sa genèse; — comment il se reliait fatalement à un phénomène préalable de sensibilité mise en émoi; — et comment, ainsi qu'une force vive en évolution, il tendait de plus en plus à émerger des régions où il avait été conçu.

A partir de ce moment précis, il quitte les régions purement psycho-motrices de l'écorce sous forme de stimulations passagères, rapides, destinées à se convertir en sons articulés, en mouvements digitaux, en gestes expressifs, et il gagne, à l'aide des fibres blanches spéciales (fibres cortico-striées), les différents territoires des corps striés dont il sollicite ainsi la mise en activité immédiate. (Voir 5-11-16, fig. 6, page 48.)

C'est là, dans cette première étape de son décours, qu'il perd insensiblement son caractère original d'incitation purement psychique , pour s'incorporer de plus en plus à l'organisme, se matérialiser en quelque sorte et multiplier sa puissance dynamique par l'adjonction d'un élément nerveux

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