PRÉFACE
Lorsque le Congrès de 1905 nous a fait le périlleux honneur de nous charger d'un rapport sur «le Cei^veau sénile» il a été convenu qu'il devait s'agir essentiellement d'un rapport de « Neurologie». 11 ne pouvait, à notre sens, s'agir d'un sujet de «Psychiatrie », car, ainsi que nous le dirons, quel que soit l'énorme intérêt des troubles iiicnlaux de la sénilité, l'importance des altérations analomiques eL des troubles cliniques rentrant dans le domaine de la neurologie nous paraît encore bien plus considérable. Il fallait forcément associer pour une certaine part la psychiâtrie à la neurologie ; nous avons fait aussi petite que possible la part de la psychiatrie pure.
Lors de la réunion de Rennes, M. Pierre Marie, sous la direction bienveillante et infiniment fructueuse duquel nous venions de travailler plusieurs années, avait bien voulu nous accepter comme chef de son laboratoire de Bicêtre ; nous savions qu'il mettrait à notre disposition, avec une générosité dont il nous avait donné maintes preuves, une volumineuse bibliographie, un énorme matériel d'études et les conseils les plus éclairés ; c'est, certainement cette raison qui avait surtout guidé le Congrès dans le choix de son rapporteur sur (( le Cerveau sénile »; c'était aussi l'un des motifs qui nous en a fait accepter la rédaction. Ce n'était pas le seul motif : dès ce moment M. le professeur Joffroy nous avait fait escompter l'honneur d'être agréé par lui comme 'son chef de laboratoire ; nous savions trouver auprès de lui toute une série d'enseignements précieux, d'observations cliniques et de pièces anatomiques, qui pouvaient seuls nous permettre d'entreprendre un travail comportant une aussi importante partie psychiatrique.
C'est à la sympathie de ces deux Maîtres éminents de la Neurologie et de la Psychiâtrie, qui nous ont libéralement ouvert leurs services et leurs laboratoires, que nous devons d'avoir pu.
nous l'espérons du moins, mener à peu près à bien la lourde charge qui nous était confiée. Nous tenons à leur adresser l'expression de notre vive reconnaissance (1).
Grâce à ces concours indispensables et infiniment puissants, notre matériel d'études s'est ainsi trouvé largement suffisant pour nous permettre de donner à ï observation la plus vaste part dans ce rapport : c'est sur les laits exclusivement que nous avons voulu nous appuyer, et c'est sur des faits personnellement observés à Bicêtre et à Sainte-Anne que, pour un bon nombre de questions traitées dans ce rapport, nous avons pu nous appuyer. A tort ou à raison, nous avons préféré n'être guidé par aucune théorie ; autant que possible nous n'avons cherché qu'à exposer, à classer et à grouper un certain nombre de faits ; nous espérons y être arrivé sans qu'il en résulte pour le lecteur une impression trop grande de diffusion et d'aridité, tant soit peu inséparable d'un tel groupement.
Nous n'avons pu cependant nous abstenir entièrement de tirer du rapprochement de ces faits quelques considérations pathogéniques, plus ou moins hypothétiques et discutables : <( il y a là, disait Charcot (2), une nécessité de l'esprit humain ; les données empiriques de l'observation, à peine acquises, sont rapprochées, éprouvées les unes par les autres, pour en faire sortir des théories ou des systèmes ». Nous ne nous en excusons qu'à demi, car, comme disait Auguste Comte, le fondateur de la philosophie positive (auquel, Charcot le fait remarquer, on ne reprochera sans doute pas d'avoir ainsi ouvert la voie aux hypothèses), « si une théorie doit être exclusivement fondée sur des observations, il faut de toute nécessité être guidé par une théorie pour se livrer à l'observation d'une manière fructueuse ». Mais notre ambition est pourtant que l'on puisse considérer avant tout ce rapport comme un travail d'observation, et non pas comme un travail d'interprétation : peut-être alors ne sera-t-il pas trop indigne des maîtres observateurs, élèves de Charcot, qui en ont été les guides.
(1) MM. Pierret, Régis, Klippel, Anglade ont bien voulu nous adresser des documenls ou des conseils précieux : nous les en remercions sincèrement. Parmi nos amis, nous devons une toute spéciale gratitude à notre collègue Vurpas, chef de clinique du Prof. Joffroy, dont la compétence en psychiatrie et l'allcctueux dévouement nous ont rendu les plus grands services.
(2) Charcot. La médecine empirique et la médecine scientifique. Leçon linique.