PARTIE CLINIQUE
A) NEUROLOGIE L'Artél'io-scléPose céi-ébrale
L'artério sclérose est rarement cérébrale de façon exclusive, on en trouve ailleurs des signes somatiques.
Les signes de l'artério-sclérose cérébrale ne sont pas proportionnés à l'intensité des lésions vasculaires, en dehors même de la production de tout foyer.
Tous ces signes ont le caractère intermittent ou paroxystique de véritables a claudications intermittentes du cerveau ». Ce sont surtout les suivants : vertiges, céphalalgies, bourdonnements d'oreille, somnolences ou insomnies, troubles du caractère, fatigue physique et mentale rapide ; amnésie, embarras de la parole, aphasie transitoire, hémiparésie, courtes attaques apoplectiques non suivies d'hémiplégie.
L'artério-sclérose cérébrale peut prendre l'aspect de la neurasthénie.
Les « ramollissements incomplets » multiples peuvent déterminer l'apparition de symptômes de ramollissements en foyers circonscrits, mais avec un début lentement progressif et des modifications rapides.
Les Hémiplégies.
Les hémiplégies brusques et coniplèles, semblables à celles de l'adulte et dues, comme elles, au ramollissement ou à l'bémorrhagie cérébrale, ne sont pas les plus fréquentes chez les vieillards. Elles se terminent le plus souvent rapidement par la mort sans avoir le temps d'aboutir à la contracture.
Les hémiplégies des vieillards reconnaissent ordinairement pour cause les lacunes de désintégration. Elles débutent généralement par un ictus très léger, très incomplet et très passager ; elles sont transitoires, incomplètes et, sinon partielles, du moins très prédominantes sur les membres inférieurs. Les suites en sont la marche à petits pas ou en traînant les pieds et souvent un peu de maladresse de la main; quelquefois, on constate une tendance à tomber en arrière, avec orteils en griffe. La dysarthrie, la dysphagie, le rire et le pleurer spasmodiques, des troubles psychiques donnent assez souvent aux lacunaires un aspect de « petits pseudo-bulbaires ».
L'hémiplégie lacunaire est souvent récidivante, bilatérale, prédisposante aux hémorrhagies et aux ramollissements rapidement mortels.
Les Paraplégies
La paraplégie peut être simulée dans la vieillesse par l'affaiblissement musculaire prédominant aux membres inférieurs, par une sorte d'astasie abasie tenant à la crainte qu'éprouve le vieillard de ne plus pouvoir marcher à cause d'une lésion minime, cérébrale ou non, enfin et surtout par une hémiplégie lacunaire bilatérale.
Les véritables paraplégies lacunaires paraissent rares ; elles restent généralement plus ou moins flasques.
Les paraplégies médullaires spasmodiques vraies s'observent soit dans la sclérose combinée sénile, soit peut-être dans quelques cas de sclérose plus ou moins diffuse, d'origine vasculaire ou non,
L'Epilepsie sénile.
L'épilepsie sénile peut présenter toutes les variétés cliniques de l'épilepsie juvénile, avec ou sans quelques modifi-
cations symptomatiques ; les troubles mentaux seraient plus constants et plus rapides.
Elle est plus fréquemment « symptomatique » que l'épilepsie juvénile. Ses deux principales causes sont : la syphilis tertiaire, par l'intermédiaire de plaques de méningite sclérogommeuse et surtout i'artério-sclérose, soit par des lésions diffuses, soit par des foyers de désintégration non lacunaires ou par la cérébro-sclérose lacunaire. Elle semble pouvoir reconnaître aussi pour cause déterminante l'état vermoulu ou surtout la sclérose miliaire de l'écorce cérébrale ; dans les cinq cas jusqu'ici connus de cette dernière lésion, on a toujours observé des crises d'épilepsie sénile.
La connaissance de plus en plus approfondie des causes déterminantes n'élimine pas la nécessité possible d'une cause prédisposante, héréditaire ou acquise, d'une « aptitude convulsive. »
B) PSYCHIATRIE L'État Mental des vieillards.
1. On trouve toute une série d'états de transition entre la conservation parfaite de l'intelligence et la démence sénile.
Les vieillards les mieux conservés au point de vue mental ont une diminution de la mémoire des faits récents et une diminution de l'imagination créatrice : ils sont toujours en baisse par rapport à eux-mêmes.
La plupart des vieillards sont plus notablement affaiblis : diminution plus marquée de la mémoire allant du nouveau à l'ancien et du complexe au simple ; modification du caractère, perte des sentiments affectifs, égoïsme, avarice, indifférence pour les faits graves, émotivité excessive pour les petits faits les concernant personnellement; tendance aux idées hypochondriaques et de persécution ; diminution du raisonnement, du jugement, des associations d'idées, de l'attention, de la volonté.
La démence simple est l'exagération de la déchéance de toutes les facultés intellectuelles, le retour à l'instinct avec conservation d'actes automatiques plus ou moins compliqués.
Des idées délirantes inconsistantes et non systématisées peuvent être la conséquence de la démence avec illusions ou hallucinations. Elle détermine deux sortes de réactions : l'excitation ou l'apathie.
Des actes délictueux, exhibitionnisme, attentats à la pudeur, vol, impulsions homicides ou suicides, peuvent être accomplis avec inconscience par les vieillards afïaiblis ou déments ; l'irresponsabilité est évidente chez les déments, elle peut paraître douteuse ou limitée chez les simples afïaiblis, d'autant plus que dans les actes « médico-légaux » des affaiblis séniles, on peut retrouver les marques, considérablement exagérées, d'une tendance vicieuse déjà manifeste dans l'âge adulte.
A la démence simple ou avec idées délirantes peuvent se joindre des épisodes délirants, prenant surtout la forme de la confusion mentale et de la mélancolie anxieuse.
L'affaiblissement sénile et la démence simple, avec ou sans idées délirantes vagues et isolées, paraissent devoir s'expliquer par l'atrophie et la dégénérescence des cellules cérébrales et des fibres nerveuses ; ils peuvent apparaître précocement, comme la sénilité cérébrale anatomique, chez des intoxiqués chroniques , notamment des alcooliques. Les épisodes délirants paraissent résulter d'une intoxication ou d'une toxi-infection sur un cerveau déjà en imminence d'insuffisance fonctionnelle par le fait de l'athérome.
2. Les troubles mentaux de l'artério-sclérose, spécialement étudiés dans ces derniers temps, représentent une des formes de la « claudication intermittente du cerveau » et se font surtout remarquer par leur caractère intermittent ou paroxystique.
La forme légère se révèle par la fatigue mentale rapide, la faiblesse de l'idéation et des conceptions. Les formes graves se manifesteraient par des troubles mentaux sérieux ayant pour caractère dominant la rapidité des aggravations et des améliorations plus que le déficit intellectuel véritable ; la démence est souvent moins profonde qu'elle n'en a l'air au premier abord, certaines parties de la personnalité sont
conservées et le malade garde très longtemps conscience de son état.
Ces diverses variétés de troubles mentaux de l'artériosclérose s'accompagnent d'un plus ou moins grand nombre de signes somatiques de l'artério-sclérose cérébrale ou généralisée (cardiaque, aortique, rénale, périphérique, etc.).
Certaines formes simulent la paralysie générale ; les rémissions et les guérisons, la longue durée les caractériseraient surtout.
Les Psychoses des vieillai-ds
Il faut distinguer les psychoses de la vieillesse (vieillardsaliénés) et les psychoses dans la vieillesse (aliénés-vieillards) : M. Ritti les a récemment étudiées les unes et les autres.
Dans l'étude anatomique comme dans l'étude clinique, nous avons été amené constamment à rapprocher les altérations séniles des altérations par intoxications prolongées ; cette étude nous paraît être un argument en faveur de la théorie qui fait de la sénilité, dans le cerveau comme dans les autres organes, l'aboutissant de toutes les intoxications de l'existence