PERÇUE
Cajal a distingué deux espèces de cellules dans les colonnes de Clarke, les unes sont des cellules commissurales dont le cylindre-axe traverse la commissure antérieure, les autres sont des cellules du cordon latéral etleurs prolongements cylindraxiles forment le faisceau cérébelleux. Gaskell (1) admet non seulement que les cylindresaxes s'étendent jusqu’à la corne antérieure, mais il pense qu'ils se continuent plus loin avec les fibres fines des racines antérieures.
Le seul point qui nous intéresse iei c’est que le faisceau cérébelleux direct tire son origine de la colonne de Clarke et qu'ilen est la prin-
FIG. 7. — Région cervicale de la moelle d'un fœtus âgé de 8 mois et demi. Le faisceau cérébelleux direct se détache nettement à la périphérie de la moelle en dehors du faisceau pyramidal croisé non myélinisé, (Coloration par la méthode de Pal.)
F4, Faisceau cérébelleux direct. — Pyc. Faisceau pyramidal croisé. — Pyd. Faisceau pyramidal direct.
cipale voie efférente. Ce faisceau, examiné chez les fœtus à terme, grossit à mesure qu'on examine des segments de moelle de plus en plus élevés (fig. 7). Au niveau du bulbe il contourne la racine descendante de la cinquième paire et s'engage dans le corps restiforme avec lequel il monte vers le cervelet. Ce trajet est très facile à suivre chez les fœtus : 11 l’est encore chez l'adulte à la suite de lésions transverses de la moelle siégeant au-dessus du renflement lombaire ; mais il est moins aisé de poursuivre sa terminaison dans le cervelet soit par la méthode de Pal ou de Weigert, soit par la méthode de Marchi à
(1) GASKELL, cité par Moét. (Loc. oit.)
cause des grandes dimensions du cervelet chez l'homne; chez l’animal au contraire on a pu suivre ses fibres dans le cervelet [Loewenthal, Auerbach, Mott, Tooth, Pellizzi (2)]. On admet généralement qu’elles se terminent dans le vermis supérieur, soit en arrière (Mott), soit en avant (Pellizzi), après entrecroisement partiel (Mott) ou total (Pellizzi).
b) Faisceau de Gowers — Nous avons dit plus haut que cette dénomination était peu justifiée ; elle l’est peu, en effet, si on comprend sous le nom de faisceau de Gowers la partie ventrale du faisceau latéral ascendant qui se termine dans le cervelet, puisque le faisceau décrit par Gowers ne dépasse pas en haut la moelle cervicale supérieure. On comprend plus généralement sous le nom de faisceau de Gowers l’ensemble des fibres qui dégénèrent de bas en haut à la périphérie de la moelle en avant du faisceau cérébelleux, mais il faut : envisager ce faisceau comme contenant deux systèmes de fibres : des fibres commissurales longues qui relient la région lombaire à la région cervicale; des fibres d'association entre la moelle et le cervelet.
La voie cérébelleuse prend son origine dans la moelle au-dessus du renflement lombaire. En effet, lorsqu'il existe une lésion siégeant dansle reuflement lombaire (compression, myélite), ce faisceau, comme l'avait indiqué Gowers, ne dégénère pas au delà de la moelle cervicale supérieure. Il dégénère au contraire jusqu’au cervelet dans les lésions de la moelle dorsale ou cervicale. La voie cérébelleuse du faisceau de Gowers commence donc dans la région dorsale inférieure: La région dorsale tont entière doit être sa principale origine, il n'est pas certain que la région cervicale lui fournisse des fibres.
Son origine cellulaire n’a pu être jusqu'ici éclairée; Edinger prétend que ses fibres viennent des cellules situées dans la corne postérieure du côté opposé; d'après Van Gehuchten (2), elles viendraient des deux côtés de la moelle et elles auraient ainsi une origine double : croisée et directe. Auerbach a observé après une
(1) Pezzizz1. Contribution à l’anatomie et à la physiologie des voies cérébelleuses. Archives italiennes de biologie, t. XXIV, fasc. I. (2) VAN GEHUCHTEN, Anatomie du système nerveux de l’homme (2° édition),
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lésion de la partie postérieure de la moelle d’un seul côté, une dégénération du faisceau cérébelleux direct du même côté et du faisceau antéro-latéral des deux côtés, ainsi qu'une dégénérescence de la commissure antérieure. Berdez (1), à la suite de sections unilatérales de la moelle du cobaye, a observé une dégénérescence bilatérale des cordons antéro-latéraux et plus marquée du côté opposé à la section. Mott (2), après résection de la moelle d'un singe entre les onzième et douzième racines dorsales d’un seul côté ou après section médiane de la moelledans la région lombaire inférieure et au-dessous du niveau de la colonne de Clarke, a constaté une dégénérescence des deux faisceaux antéro-latéraux (faisceaux de Gowers); il en conclut que les fibres du faisceau de Gowers viennent des cellules de la substance grise du côté opposé. Obersteiner (3) se rallie à la même opinion; l’entrecroisement dans la moelle se ferait par l'intermédiaire de la commissure antérieure ; pourtant, d’après lui, l’origine du faisceau de Gowers serait directe et croisée parce qu’à la suite d’une amputation de la cuisse datant de plusieurs années, il se produit une dégénérescence des deux faisceaux de Gowers. Il est donc possible que l’origine des faisceaux de Gowers soit directe et croisée; mais, parmi les expériences de Mott, la section médiane de la région lombaire pourrait seule entrainer la conviction, malheureusement l’auteur n'indique pas dans ce cas jusqu'à quel niveau les fibres dégénérées ont pu être suivies; ce qui est d'autant plus important qu'à la suite de lésions siégeant sur le renflement lombaire, Gowers et Schaffer (4) n'ont pu constater de fibres dégénérées au delà de la moelle cervicale.
Le faisceau de Gowers est situé à la périphérie de la moelle immédiatement en avant du faisceau cérébelleux direct avec l'extrémité antérieure duquel il se confond. Il s’en sépare nettement dans le bulbe, lorsque le faisceau cérébelleux direct contourne la-racine descendante du trijumeau pour pénétrer dans le corps restiforme. Le faisceau de Gowers reste en avant et en dedans de la racine du trijumeau;
(1) BERDEZ. Recherches expérimentales sur le trajet des fibres centripètes de la moelle épinière. Revue médicale de la Suisse romande, 1892.
(2) Mort. Die Zufuhrenden Klinhirnbahnen des Ruckenmacks bei dem Affen. Monatschrift für Psychiatrie und Neurologie von Wernicke et Zishen, février 1897.
(3) OBERSTRINER. Anatomie des centres nerveux. Trad. par COROENNE. Paris,
(4) SOHAFFER, Arohiv für Mikrosk, Anat, Bd. 43, 1894
ce n’est qu'après l'émergence de la cinquième paire qu’il se dirige en arrière et en dehors, contourne le pédoncule cérébelleux supérieur, puis pénètre sur son bord interne dans le cervelet; nous décrirons ce trajet plus en détails à propos d'uneobservation personnelle. Hoche(1), dans deux cas de compression de la moelle dorsale chez l’homme (l’un entre les quatrième et cinquième racines dorsales, l’autre vers la septième dorsale), a pu suivre les fibres dégénérées du faisceau de Gowers dans la protubérance, dans l'angle formé par le nerf facial et le corps trapézoïde et plus haut au-dessus du pédoncule cérébelleux supérieur, au-dessous des tubercules quadrijumeaux postérieurs. Ce faisceau passerait en partie dans le pédoncule cérébelleux supérieur et en partie dans le voile médullaire antérieur. Les fibres se dispersent ensuite dans l'arbre de vie, principalement, mais non exclusivement, dans les segments dorsaux. Hoche fait remarquer du reste qu'il n'a pu préciser la terminaison exacte de ce faisceau, vu que le faisceau cérébelleux direct était en même temps dégénéré ; d’ailleurs la méthode de Marchi ne pouvant être appliquée qu’à des segments relativement petits, il est difficile par là même de suivre des fibres dégénérées dans la masse blanche du cervelet.
Læœwenthal avait suivi ce faisceau dans le vermis : tous les auteurs qui l'ont étudié depuis ont vérifié le fait. Auerbach l’a suivi dans le voisinage du noyau dutoit, quelques fibres (les plus externes) bordent en dedans le pédoncule cérébelleux moyen et vont se placer latéralement aux fibres du corps restiforme : Mott et Tooth le font terminer dans la portion ventrale du vermis (vermis supérieur et antérieur) et dans le noyau du toit de Stilling. Pellizzi l’a vu s’entrecroiser avec celui du côté opposé et s'irradier dans:la portion antérieure et inférieure du vermis supérieur.
c) Fibres des cordons postérieurs. — Ces fibres n'ont pas été admises par tous les auteurs : elles sont mises en doute par Flechsig; Edinger décrit au contraire une double jonction du cordon postérieur et du corps restiforme : directe et croisée, la première se ferait par l'intermédiaire des fibres arciformes externes et
(1) Hooxe. Uber secundäre degeneration speciell des Gowerschen Bündels, nebst Bemerkungen über des Verhalten der Reflexe bei Compression des Ruckenmarks. Arehie. für Psychiatrie, 1896, Heft 2;
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postérieures situées à la périphérie postéro-externe de la moelle allongée ; l’autre se ferait par les fibres arciformes externes antérieures ; ces fibres se dirigent du cordon postérieur vers la ligne médiane, s’entrecroisent, entrent dans la couche inter-olivaire puis l’abandonnent pour se replier autour des pyramides en arrière et en dehors jusqu'au corps restiforme : on les nomme encore fibres arciformes des pyramides. Darkschewitsch et Freud admettent l'existence de fibres arciformes externes postérieures, servant de voie de passage des cordons postérieurs vers le corps restiforme, mais celui-ci reçoit un renfort beaucoup plus considérable des fibres nées des noyaux des cordons postérieurs et surtout du noyau de Burdach (principalement dans sa partie supéro-externe, noyau du corps restiforme de quelques auteurs). Obersteiner (1), à l'exemple d'Edinger, décrit les rapports directs et croisés du corps restiforme avec les cordons postérieurs. Hoche, dans les deux cas auxquels nous avons fait allusion plus haut, a remarqué qu'au niveau de l’entrecroisement des pyramides, il y a des fibres qui se détachent du cordon de Goll (seul dégénéré) et vont au faisceau cérébelleux direct du même côté, fibres arciformes externes postérieures, et quelques fibres arciformes externes antérieures entrent après avoir contourné les pyramides, dans le corps restiforme.Mott et Sherrington (2), Tooth (3), n'admettent pas que les racines postérieures de la région cervicale fournissent des fibres au pédoncule cérébelleux, et les fibres que fourniraient les racines de la région lombo-sacrée seraient très rares. Schaffer a examiné le bulbe dans un cas de destruction totale de la moelle au niveau de la 11° racine dorsale: il a constaté une continuité entre la dégénérescence des restes des cordons postérieurs et celle du corps restiforme. Pellizzi, à la suite de lésions expérimentales de la moelle ou de sections de racines spinales, a suivi un grand nombre de fibres qui partent des cordons postérieurs et atteignent la portion la plus interne du corps restiforme ; celles du funiculus cunéaus passent directement et celles du funiculus gracilis suivent la périphérie dorsale du bulbe.
(1) OBERSTEINER. Anleitung beim Studium des Baues der nervôsen centralorgane. Leïpzig und Wien 1896.
(2) MOTT et SHERRINGTON. Experiments upon the influence of sensory, newes, etc. Proceedings of the Royal Society, vol, 57, 1895. 7
(8) TootH, Loc. oit.
La terminaison des fibres des cordons postérieurs dans le cervelet est peu connue : d’après Edinger (1) elles se terminent avec celles du faisceau cérébelleux direct dans le vermis, les fibres des cordons postérieurs qui présentait ce mode de termination sont en partie des fibres des racines postérieures.
Dans le but de contrôler les résultats obtenus par les auteurs présents, nous rapportons ici deux examens anatomiques ayant trait l’un
à une expérience personnelle, l’autre à une observation sur l’homme.