ANICET , MARTINEAU
ANICET ( croisant les bras en regardant son père. ) C'est donc vous papa ? . . .
martineau ( V interrompant. ) Oui c'est moi.
ANICET
Non , ce n'est pas comme vous l'entendez . . . c'est donc vous, papa?
MARTINEAU
Tiale vois bien!
anicet.
Je ne vous aurais jamais cru capable d'un pareil trait ; mais ça ne sera pas, je vous en avertis.
MARTINEAU
Quoi?
ANICET
Comment! vous voulez faire de la peine à cette pauvre Anna ? une fille si brave ... si honnête ... si . . .
MARTINEAU
Ah ! je sais ce que c'est , ça ne te regarde pas.
ANICET
Au contraire, c'est que ça me regarde, et peut-être plus que vous; vous serez bien plus riche, quand vous aurez fait vendre ce mauvais chalet.
MARTINEAU
Je suis obligé de le faire, j'ai besoin d'argent.
anicet.
Mais les sentimens. . .
MARTI NEAU
Ce n'est pas avec cela qu'on fait sa fortune.
anicet ( s emportant. ) Mais papa, elle est faite votre fortune.
MART1NEAU
Qu'en sais-tu petit drôle?
ANICET
Dame, vous passez dans l'endroit pour être riche.
MARTI neaU ( en colère et effrayé. ) Je passe pour riche , qui t'a dit cela ?
anicet.
Tout le monde.
MARTINEAU
Ah! les mauvaises langues !.. .
anicet ( élevant la voix. ) Et avec votre fortune , comment pouvez- vous? . . .
Veux-tu bien ne pas crier comme ça.
Air: Des Cancans.
Je n'ai rien (bis.)
Qui t'a dit que j'avais du bien?
( à part. ) Le coquin , l'enragé !
Me f ra voler tont ce que j'ai.
ANICET (parlant fort. ) Dans le commerce, on dit pourtant, Qu' vous avez gagné de l'argent, Et qu'en billets, en contrats.
MARTINEAU
Veux-tu bien parler plus bas..,.
Je n'ai rien, (bis.)
Qui t'a dit que j'avais du bien?
(à part.) Le coquin ! I enragé !
Me f ra voler tout c' que j'ai !
ANiCET, {criant plus fort. ) Hier encor, j'aperçus , Les cent louis qu' vous avez r'çus,
( io)
MARTINEAU [furieux ) Encore une fois tais-toi.
C't argent là n'est pas à moi. . . .
Je n'ai rien , (bis.)
Qui t'a dit que j'avais du bien, etc. etc.
ANICET
On ne dirait pas que vou^s êtes riche, si vous étiez pauvre; mais il ne sagit pas de ça.
Non, non, dites-moi pourquoi vous vous interressez si fort à cette petite Anna ?
ANICET
Papa , c'est que je Paime.
MARTINEAU
Vous aimez une fille qui n'a rien , d'après les principes que je vous ai donnés! . . . eh! bien, je l'aurais peut-être laissé tranquille ; mais pour vous empêcher de faire une sottise , je vais faire vendre son chalet aujourd'hui et la faire déguerpir du village. . . malheureux enfant, je t'apprendrai , après les sacrifices que j'ai faits pour toi; tu pourras te vanter de m'avoir coûté bien de la peine , bien des chagrins. anicet ( pleurant. )
Cette pauvre Anna !
MARTINEAU
On dit que je suis riche ! . . . suis-je assez malheureux !