SCÈNE V
fjr Les Mêmes, GUILLAUME ( arrivant gaiment. )
GUILLAUME
Eh! bien, eh! bien, qu'est-ce que vous avez donc vous autres? le père qui crie. • . le fils qui pleure. . .
MARTINEAU
Ah! tu arrives bien Guillaume, toi qui es un bon garçon, qui as toujours respecté tes parens , qu'est-ce que tu dirais d'un fils qui désobéit à son père,
GUILLAUME
Je dirais que c'est mal ; j'ai , Dieu merci , encore ma pauvre mère, mais, dès qu'elle me dit : » Guillaume , j'entends que ce soit comme ça. » Je lui dis : ma mère ce sera comme ça.
MARTINEAU
Yoilà un enfant respectueux.
GUILLAUME
Je ne fais que mon devoir; et comme elle n'existe que par mon travail et mes soins, je me montre encore plus scrupuleux.
Air : Je soir après pénible ouvrage.
En tout faut à1 la délicatesse C'est justement parceque j' la nourris, Qu'aux moindres paroPs qu'elle m'adresse, Je m' montr' respectueux et soumis.
Comme elle serait sans moi dans la misère, Si je lui causais du chagrin, J' croirois qu' d'un' main je r'tir' à ma pauvre mère , Ce que j' lui donne de l'autre main. (bis.)
MARTINE AU
Entendez-vous ça , mon fils ?
GUILLAUME
Ecoulez , monsieur Anicet, les pères et mères sont venus au monde avant leurs enfans, ils sont nos doyens d'âge, nous devons leur obéir et nous taire.
ANICET
Ecoute, Guillaume, j'ai laissé parler papa le premier, parce que je lui dois le respect. . • mais , puisque tu juges si bien , qu'est-ce que tu dirais d'un père qui s'oppose à ce que son fils unique soit heureux.
GUILLAUME
Je dirais que ce n'est pas bien, tout doit être réciproque , et le père doit faire le bonheur de son fils.
ANICET
Entendez-vous ça papa? eh! bien, j'aime une jeune fille, jolie et sage. . .
GUILLAUME
Je vous conseille de l'épouser bien vite, votre père doit être trop heureux de vous donner un pareil trésor.
MARTINEAU
Oui , un joli trésor , une fille qui n'a rien du toat.
GUILLAUME
Eh! bien, vous avez quelque chose, vous. . . allons , allons , voilà le moment de lâcher les écus. . . en avant les vieux écus : monsieur Martineau.
Air: de Lantara.
Pourquoi cette rigueur extrême , Depuis trente ans qu7 vous amassez, En dotant un fils qui vous aime , Vous en aurez toujours assez.
Allons, papa, v'ià le jour des débourses,
V&LE DE BRUXEOES'- «TAD r-otsTO
Archives - Arcbiei "
De l'avarie' moi j'aurais honte, Et j7 dis qu'un pèr' se montrant libéral, Doit à son fils donner un p'tit à-compte , Pour que jamais y n' désir' le total.
MARTINEAU ( s emportant. ) Tout cela est bel et bon, mais le choix de mon fils ne me convient pas , et je ruinerai celle qu'il veut épouser.
GUILLAUME
Ça ne serait pas généreux.
ANICET ( s emportant aussi. ) Et moi je l'enlèverai.
GUILLAUME
Ce serait mal !
MARTINEAU
Et aujourd'hui même , le chalet sera vendu.
anicet ( se désolant. ) Vendu ! ... ah ! mon dieu , cette pauvre Anna!
GUILLAUME ( étonné. ) ( à Anicet. ) Qu'est-ce que vous dites? quoi! c'est d'Anna qu'il sagit? c'est elle que vous aimez ?
ANICET
Oui , c'est elle.
GUILLAUME ( à Martineau, ) C'est Anna que vous voulez ruiner?
MARTINEAU
Oui.
GUILLAUME ( se fâchant. )
Un moment, et vous croyez qu'on vous laissera faire? et moi qui les écoutais, qui tâchais de les raccommoder ; par exemple, monsieur Martineau, votre conduite est affreuse; ruiner une bonne fille comme Anna ! votre fils a bien raison ., vous n'êtes qu'un avare > un égoïste. Vous, votre père fait bien , vous êtes un mauvais sujet. . .ah ! vous vous permettez d'aimer sans l'aveu de vos parens. J'aurai l'œil sur vous, monsieur Martineau! vous, Anicet, nous nous reverrons entendez-vous, nous nous reverrons {Il lui serre la main.)
Air : j'ai de V argent.
C'est affreux !
C'est affreux!
D' tourmenter les malheureux
C'est affreux !
C'est affreux !
Mais je veillerai sur eux.
MÀRTINEAU ( à part. ) je m'en vais tout tenir prêt, Pour fair1 vendre le chalet.
ANICET ( à part. ) Moi, pour obtenir Anna, Il n'y a rien qui me coûtVa.
GUILLAUME
C'est affreux î ( bis. ) etc • . • • ( Martineau et Anicet sortent de divers côtés. )