SUSPECT
MONOLOGUE
Malgré que j’soye pas mandataire Journaliss’,mi propriétaire,
J’ai lu mon nom dans les journaux,
A la rubriqu’ des tribunaux.
Parait que j’suis dev’nuquéqu’ chose.
J’suis benloin d’en savoir la cause...
Mais j’ai r'çu avis dernièrement :
J'suis suspect au gouvernement.
En m' voyant sortir de l'usine Mal nippé, triste bobine,
Membres rompus, l’air éreinte,
On s' s’ra dit : C'est un révolté!
Un flich voulant monter en grade,
M'aura r'filé ; toi, camarade,
Tu m’sembles louche, subséquemment!
J'suis suspect au gouvernement.
Ou ben, on a trouvé c'te piste :
L'an dernier quand j’ét3Îs gréviste J’ combattais dans mon syndicat Tous les sout’neurs du patronat.
Comme on dit qu' sous la République,
La liberté veut qu'on s'explique,
J' leur ai dit leur fait trop franch'ment...
J'suis suspect au gouvernement.
Au fond j' vois-ben que tout l'dommage M' vient du socialism’ qui s' propage.
J’suis révolutionnaire ! — Voilà
C' qui les embête. Mais c'est pas ça ,
Qui peut m'faire lâcher la Sociale.
J' cri mèm' : Viv' l'Internationale!
Car au fond, j' men fous carrément,
D’ètr' suspect au gouvernement.
H. Jolivet.