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PENDANT LE BAL

On dansait, ce soir-là, chez Carnot, l'homme en bois, dans son palais qui flambe, illuminé très tard, où les clartés de gaz dont la lumière noie l’obscurité douteuse, à travers le brouillard...

Vers les Champs-Elysées, dans l'ombre où rien ne bouge, la file des cochers en fourrure attendait, et par le prand portail, tout barriolé de rouge, les invités, très fiers, pompeusement entraient...

Une cohorte vague où tranchaient des préfets, ambassadeurs rastas, généraux galonnés, fonctionnaires glorieux — tels paons empanachés ! — tous, selon les degrés différents, plats valets.

Et partout des sergots et les gardes divers, des larbins vaniteux en habit de gala à crever de dépit, par cette nuit d’hiver, un empereur de France ou quelque grand pacha.

Oh ! combien cependant, enfouis dans des taudis, en ce Paris si lâche, en ce moment, souffraient, appelant une mort qui libère, tandis que chez ce grand seigneur, tous ces braves dansaient !

Ils étaient, la plupart, fils de vieux généraux, ministres, preux glorieux, dont les ombres, là bas, devaient pleurer, voyant leur fils railler d'eu haut, vaguement à leurs pieds, ces miséreux, en bas !

Et les fils, sottement, flirtaient dans des mamotus, dont les pères, jadis, secouèrent le monde eu roulant leurs canons, et menèrent la ronde qui fit trembler la terre, au son de leurs tambours!

Au matin seulement, suivant l'ordre reçu, je vis un fantassin, l’arme au pied, abattu, mis là dans la fonction d’écarter les rôdeurs dont la misère triste ennuierait les danseurs.

Fils de gueux, gueux lui-mème, il pourchassait les gueux, par devoir pitoyable, avec, au fond de l'âme très bonne, une colère immense contre ceux qui l'avaient pu contraindre à son métier infâme !

Une femme rôdait, vingt fois déjà passée, qui portait dans ses bras un tout petit enfant, cherchant a s'approcher, timide, en mendiant... ht lui, soldat passif, triste, il l'avait chassée...

Mais elle revenait-, voulant tenter encor, près de ceux qui sortaient, son humiliante quête, faisant par ses haillons, dans ce pompeux décor, un contraste navrant !... 11 détourna la tète...

Alors, levant son front, il aperçut là-bas, vers l'Est, au bord du ciel, dans une rue en feu, une vague lueur d’aube, rougeâtre un peu...

Et le soleil nouveau monta...

F. Raoul Aubry.

AVIS AUX COLLECTIONNEURS

H a vie lin ; du dessin : Cent millions ; cenl épreuves lithographiques, hors texte, sur papier de luxe, numérotées de là 100. Prix 2 frimes en noir ; 2 fr. 25 en couleurs.

S’adresser chez M. Kleimnann, marchand de dessins cl d’estampes, S, rue de la Victoire.

Les collectionneurs trouveront à la même adresse et aux mêmes prix des épreuves lithographiques, hors texte, (les dessins publiés par le Chambard : L’Attentat du Pas-àe-Calais ; l’Epouvantail bourgeois; la Bonne Année ; la Cadette ; la Misère sous la Neige ; Pauvre Pandore ; Psychologie du Militaire professionnel ; Jolie Société ; Le Cri des Pavés ; Suprême argument ; Eu Carême.

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