LES ÉCHELONS DU POUVOIR
Je ne sais pas pourquoi ou se sert communément do cette locution : monter au pouvoir , alors que pour atteindre ce but tant convoité, il faut, au contraire, descendre aus pires compromissions et s’abaisser à dos complaisances serviles.
S’il .s’agissait de monter, croyez- vous que des gens comme Bougo et Porcherie du Bois-Serin, alias Serin de la Porcherie, éprouveraient la moindre ambition ! Par leur nature ils sont condamnés à l’avilissement perpétuel et leur idéal ne peut se réaliser que par des abaissements moraux.
Car, si vous l’ignoriez, je vous l’apprends : Bouge veut être ministre, Porc-rit aussi. Au surplus, pourquoi no le deviqndraientils pas? Poytral l’a bien été et Dubost l’est encore 1 Le train qui mène au ministère, conduit parfois très loin, jusqu’à E tant pas,
La nostralgie ministérielle s’ompara de Bouge, un jour de mélancolie, l’an dernier. Do mauvaises nouvelles lui arrivaient de Marseille. On augurait mal de son élection. Déjà de mauvais plaisants disaient tout haut, dans les cafés do la Cannebiéro, que le Rouquin de la Jolielte serait définitivement rotcsli au mois de septembre.
Sur ces entrefaites le ministère Ribpt tomba. Ditpuy fut chargé do former le cabinet suocessour. Le Rouquin ontrevit le salut dans un portefeuille. 11 harcela les journalistes mlluouts de la salle des Pas-Perdus. 11 mit en mouvement toutes les influences dont il pouvait disposer. Il se fit tour à tour câfiib pleurnicheur, parlant de sa vieille mère, de soli avenir, de toutes sortes do belles choses
Tant et si bleu qu’un personnage assez haut coté prit pitié de sa détresse. Dupuy fût pressenti. Voici sa réponse toxtuolle :
— Oit ! non, par exemple. Pas celui-là, il est trop bête et Udi|l prétentieux.
' S’entendre jnger de lasorte par Dupuy lui-mème, quelle déslllli- Slbn ! quelle amertume !
Depuis ce temps, Bouge, profondément ulcéré, s’était tenu dtfl; guettant une occasion qui se présenta lors dos incidents, du clifletièro d’Ivry.
On sait qtto sur l’ordre dit gouvernement Bouge l’iijierpêllti, IU moyen d’un discours dicté par Reinàbli, le getldre ét Phéritidf dtl financier voleur.
Rien de comique comme cette comédie ! Lorsqu 11 foignail de s’indigner contre les fauteurs de désordre, Bougo tremblait de manquer ses effets. Tout eu gesticulant afin de souligner les onvoléos éloquentes du youtre Meitiach. il suivait (le l’œil les lignes de son manuscrit et, un metueiu, if brodouilla piteusement. D'un revérs do main1 il nvuit projeté à terre doux tiu holà feuillets. Impossible do s'y retrouver. Les qui, les que, les dont, les cil vu, tonibaiont du sa bouche, — o Bouge — comme lies plaintes lamentables. Une sueur froide, mais abondante, inondait son crâne pou chevelu et l’infortuné rouquin allait s'effondrer sous le ridicule, lorsqu’une salve d’applaudissements, soulevée fort à propos pur Reinach et le centre, lui permit de vider les lieux saus trop d’embarras.
A présent Bougo attend la récompense promise. Los uns prétendent< qu'il sera ministre dans le cabinet Roinach-AVilson-Rouvier. D'autres parlent d’une simple sous-préfooture on encore d'nne place d’inspecteur dans une division inférieure de la Profeoturo de
Quoiqu’il on soit, Bouge restera ce qu’il fut, ce qu’il est : pas grand chose.
Et voilà comme on doscend les échelons du pouvoir en même temps que ceux de l’ignominie.
•Rimes SOGIftLISTGS