SCÈNE IV
(l'n valet de chambre (annonçant)
M. Forest de Bondy !
Foresl de Bondy Eli bien, te voilà propre !
Deschèques (narquois)
Et toi? Los cent mille francs que j’ai touchés, no les ai-je pas mis dans ton journal ? N 'ont-ils pas servi à faire ton élection?
Voilà : Je publierai, domain, un document accablant, qui vous Deschèques
C’est un faux !
Dumesnil i
Peu importe. Mais ce document, eu somme, est assez banal. Je le jetterais volontier au panier, ai j ’en avais quelque autre sous la
pas d’autros petits papiers plus drôles...
Desclièques
Dumesnil
Oh ! rassurez-vous. Je ne liens pas plus que ça, au fond, ii.voiis être désagréable. Mais vous avez été chef de cabiuet d’un ministre et je vous sais collectionneur...
Foresl de Bondy
Halte là ! Tu no m’as remis que uiiiqtmuto mille.
Dèschèques (de même)
J’ai aclioté de la moutarde avec lo reste. C’est kif-kif. D’ailleurs, si je tombe, tu tombes aussi.
Foresl de Bondy
Farceur! Tu sais bien que nous ne tomberons ni l'un ni l’autre.
Desclièques
Dumesnil
A'ous n’auriez rien, dans vos paperasses? Si que cette lettre qui vous accuse, à mon grand rot Livroz-moi quelques cliéquards, ot je renonce :
• je la publierai, nus poursuivre.
Desclièques (après un silence)
( Montrant un secrétaire). Voici mes clefs Cherchez vous-même
Dèschèques
Quel est tou -plan ?
Forest de Bondy
Tu l’oftVayes ? C’est enfantin. Et nous qui voulions faire do loi un ministre à poigne ! Il faut renoncer à la politique, mon cher, quand on a dos nerfs.
Je tiens avant tout à ma réputation d’Iionnêtc homme.
Forest de Bondy
Evidemment. Mais ne t'effarouche pas. Il va falloir s'assurer Dèschèques
Nos amis ? Tu es bon, toi !
Foresl de Bondy
Soit. Mais tu es un naïf. Tiens. As-tu ici la liste de nos collègues ?
Desclièques
Forest de Bondy
Gageons que tu n’as jamais pris la peine de l’examiner. Hein ? Parcourons-la tons deux. Freyciponot est à terre. Il a contre lui toutes les compromissions, co vieux à façade d’incorruptible. Machin est uue canaille. Tu tl’en es pas à l’apprendre, je crois. Chose est encore pis. Do la crapule, et je m’y connais ! Èt aussi Bornin, Mollis, Carrait, Portbuis, Loridol, Ribailloux, et celui-ci, et celui-là, et ces 'cinquante autres Des gâte-métier, qui, en matière de compromission, feraient sagement d’étudier d’un peu près la loi de l’offre et de la demande. Et Purotin, et Bafouillant, et Forris, Vignot, Trnbueos, Préalable, et toute cette greuouillude du Marais, où pèchent en temps utile les ministères ! Des valets, des commissionnaires à qui l’on jette un pourboire. Et cette séquelle de silencieux obstinés, empochant tout sans ouvrir le bec, depuis les louis du gouvernement besogneux, jusqu’aux gros sous de l’électeur candide. Et la tourbe do ces rôdeurs de couloirs, Batistnrd, Joyeux, Alublaguo, Cumulard et Hauiepoche, toujours prêts à recueillir, comme une moisson naturelle duo à leur personnalité, les affaires qui poussent journellement sur le fumier do l’Aquarium. Et Patelin, Roquet, Tètaoluque, Cîrandmec, toute colle basse meute d’aflainés, qui vendraient la France pour uu bureau de tabac ! Barre-les en passant, barre-les d’un trait rotigo ! Et Vénal, délabré à force d’avoir, sur sou dos, sur son ventre, sur son front, accroché oet écriteau : .1 vendre ! Et cette grosse ganache de Bicloquet, et ce grand bandit de Le Croupier ! Et celuici encore, et oncore celui-là ! Barre-les, barre-les tous, mon vieux ! Ab ! je les sais sur le bout du doigt, depuis deux législatures, que je trimarde au milieu d’eux à la Chambre !
Dumesnil (fouillant dans lo secrétaire)
A'ous voulez pouvoir dire que je vous ai volé ? Soit. Hébé ! La source est bonne. Voici une lettre de Vénal qui vaut son poids d’or. Honnêteté do convention, que la sienne. Du reçu du député Boutemps ; une accusation directe contre Lo Croupier; un aveu de Barillot. Vos amis vont bien, monsieur Deschèques. Contrats de vonto do consciences, offres de services, promesses de dévouement au comptant, injures do vendus à invendables, transactions ot surenchères de vutes et d’opinions. Bravo, cette fois ! A la bonne heure! Voilà qui vaut la peiuo d’être publié. Vous voyez qu’avec un peu tlo bonne volonté on trouve des choses étonnantes. Je le disais l’autre jour à un ministre: Tout ministériel a sa tare. Seulement,il s’agit de la découvrir. Au plaisir de vous revoir, cher monsieur. (Il sort).
Desclièques
Bon ! Jo l’vro Véuul.Le Croupier et d’autres, mais je suis sauvé! (Le valet entre.) Que voulez-vous ? A’ous écoutiez, sans douto ! Je vous ehasso !
La valet de chambre
Me chasser ? Elle est bien lionne, par exemple ! Je venais vous dire que j’en ai soupe, de vous ut de vos cliéquards. Du joli peuple ! On m’insulte daus la rue, à présent, et l’on me demande où vous avez volé l’argent do-mosigàges.
• DcSc/ièqiios
• Le l'alel de chambre
Bas les pattes, nom de Dieu! Je sortirai si bon me semble !
Mme Desclièques (entrant i
Qu’y a-t-il ?
Le valet de chambre
Rien, madame. Mais, vrai, elles ne sont pas dégoûtées, lesdames de votre monde ! (Il sort.)
Mme Desclièques
Décidément, on no sait plus où recruter ses domestiques. Desclièques
Do la canaille !
Mme Desclièques
Oalmo-tôi. Le Croupier, Arénal cl Bicloquet sont là, qui attendent.
Deschèques
Fais-les entrer.