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LE DERNIER GUET-APENS

L’ESPRIT NOUVEAU. - La voici. Allons, frappe au cœur!

L'ASSASSIN. — Mais elle n’est pas seule et son amoureux m’a l’air d’un gars à poil.

Liberté chérie!

Ou ne chérit bien que les absents. Voilit pourquoi la Liberté nous tient au cœur plus que jamais. Elle est loin de nous, à cotte heure. Et nous sommes menacés de ne i plus goûter avant longtemps. Comme dit la chanson :

Nous possédions quelques bribes de liberté politique. Eu deux tours de scrutin, nos législateurs les réduisirent à l'état de vagues souvenirs.

La liberté individuelle se trouvait garantie dans une faible, bien faible mesure. Aujourd'hui, nous n’avons ni garantie, ni liberté individuelle. Ce n’est pas Carnot qui gouverne; pas davantage Casimir Périer, ni la Chambre, ni le Sénat, ni la magistrature. Le seul pouvoir qui fonctionne en France actuellement, c’est la, police.

Raynal règne sur nous, de toute la force de son autocratie hébraïque. Mais au dessous de lui se tient Lépino, plus près de nous, mieux à portée des victimes. Raynal et Lépine, voilà le dunmcrapulat devant lequel se courbe un peuple de 37 millions d’êtres humains, s; compter les chiens, muselés depuis de longs jours.

Nous ne connaîtrons jamais sans doute le compte exact des arrestations pratiquées depuis trois mois. Chaque matin les journaux publient quelques noms : « Un Tel, un Tel, ont été conduits au Dépôt et de là à Mazas ». C’est tout. Mais la police ne communique aux reporters que ce qu'elle veut. Par dos indiscrétions de geôliers, on apprend do temps à autre que beaucoup de prisonniers gémissent, dans les cellules, sans que lo publie ait élé informé de leur mésaventure.

On a parlé de retour au régime des lettres de cachet. 11 y a belle lurette que nous sommes au delà. La lettre de cachet supposait l’intervention d’une autorité politique ou judiciaire.

Raynal et Lépine ont simplifié cette procédure. Sur le coup de minuit, ils ouvrent le chenil do leurs limiers et les lâchent, l’aube venue, sur Paris. En chasse, ramoueznous du gibier, c’est tout ce que nous vous demandons !

Au hasard do ses rancunes, do ses convoitises, de sa rapacité, la meute ravage la capitale du monde civilise !

Celui-ci est empoigné par ce qu’il déplut une fois à quelque voisin ami de la police ; cet autre, parce qu'il gene M. X., cet autre encore parco qu’il pense dillfremmeut de son concierge, ou pareequ’il y a du butin de bonne prise chez lui, ou parce que son nom évoque quelques vagues réminiscences dans lo cerveau d'un mouchard, ou pour rien, ou pour moins que rien.

Quand un gibier lait mine do protester, on le suicide comme Malhor. Des familles entières sont décimées. Peut- (•tro, un jour, saura-t-on les catastrophes provoquées par ces brigandages. Nul n’eu souflie mot, et n'ose souiller Chacun craint pour soi-mème. Se taire, faire lo mort la securité est; à ce prix.

Mais cette période terroriste passera, et les langues se délieront. Combien d’infortunes, de ruines, de scélératesses, éclateront alors à la connaissance des citoyens !

L instant sera venu de réglor tous les comptes de la calamite présente, où Raynal, Lépino et leur tourbe malfaisante se trouvent inscrits pour un gros chiffre.

Gérault-Richard.

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