YOUPINS
Le petit marchand d’alluniettos, pieds nus, déguenillé, des mèches de cheveux collées sur le front étroit, déprimé, los yeux petits, ronds, d’un noir-vert inquiétant, le nez extraordinairement recourbé, on beo do hibou, tombant sur nue bouche large, lippue.
Sur le visage anguleux, blafard, vicieux, on lit tonte la rapacité du youtre, toute la crasse de la race maudite.
Le juif de vingt ans, celui qui a déjà gratté sur le sou d’allumettes, qui s’est fait un magot par la. vente clandestine des cartes transparentes et qui a monté an « bédit gommeroe » de nouveautés, do toiles, de chaussures.
Habillé sans goût, en « calicot » mal appris, mais avec prétentions. Ses traits sont moins aigus que ceux du marchand d’allumettes; les vols sur le métrage des étoiles, sur la qualité de la marchandise, la fortune croissante, jette sur le visage du' n commerçant », une perverse sérénité. Sa tête est rentrée dans les’épaules pointues; le nez s’est allongé, fonilleur, cherchant de continuelles proies.
Et ce même juif, trente ans après, enrichi par plusieurs faillites, arrondi par l’usure, les prêts à la petite semaine, tous les commerces illicites.
La redingote noire, boutonnée jusqu’au menton, est constellée do taches. Le juif n’a plus besoin do faire risette à la fortune : il l’a captée, il la tient entre ses pattes crochues et la traite en fille soumise. La face, couverte de barbe rude, s’est empâtée; le bec sort des deux joues flasques ; les yeux se cachent sous une forêt de sourcils gris; le dos s’est voûté. Le vautour est repu. Il digère...
Voici les youpins en costume indigène.
Des longs, étiques, avec des bas bleus troués,, flottant autour des quilles; des culottes repoussantes; des vestes effiloquées. Des petits, très gras, ronds comme des barriques ; la large culotte arrêtée au genou ot tombant sur des mollets difformes, éléphantiasiques; la veste étriquée, d’éloft’o sombre; la tête en boule, engoncée dans un gros turban. 11 y a des faces amusantes, avec des nez mamelonnés de tumescences bleues, des yeux bouillis, exorbités comme oeux d’un caméléon, des bouches énormes, béantes, découvrant dos chicots.
Les femmes. — Des jeunes filles gravement belles, l’œil hardi, los narines écliaucrées, le menton autoritaire sous une bouche grande, goulue.
Des matrones, bouffies dans des étoffes criardes ; des jupes de soie violette, rouge, jaune, vorte; des corsages sombres; des guimpes de dentelles riches. Les tètes, petites par rapport aux masses d’où elles émergent, portent des coiffes microscopiques, pointues comme des coques d’araphles, munies de larges rubans noirs bridant les chairs molles des faces, et des bijoux grossiers, en or mat, se piquant dans los chevelures grasses ot teintes au henné, pendent aux oreilles, contournent les bras, attachent sur la gorge tombante le long châle des Indes.
Et d'autres juives, pauvres, lamentables dans leurs paquets de nippes ; leurs pieds nus dans d’ignobles savates.
Sur le seuil des maisons mauresques, on aperçoit de vieilles chouettes hébraïques, très riches, toutes cassées, gardant la porto, appelant le client, taudis que, derrière le grillage des lucarnes, des mauresques toutes jounes, pleines de grâce, d’une expression profonde, attendent l’heure du sacrifice...
Emile Violard.