LA MALADE
Les docteurs Casimir, .Raynal, Lépine, ut la doctoresse Magistrature se sont réunis en consultation autour d'une intéressante
Malade : la dame Sotiiilé. Dame Majorité , tutrice légale de
Docteur Casimir. — Ou souffrez-vous, madame ?
Dame Société. — Hélas ! docteur, partout. Mes jambes et mes bras éprouvent, des doulenrs atroces. Jugez vous-même de leur
Le docteur , après avoir examiné de très près les membres désignés. — En effet, ils sont d’une maigreur effrayante.
Dame Société. — Elle est peut-être la plus menacée. J’éprouve de véritables hallucinations, dos bourdonnements d’oreilles, des élancements aigus. Par moments, ma vue s’obscurcit au point que je redoute de devenir aveugle. Oh ! je souffre ! je souffre !
Docteur Casimir. — El le cœur ?
Dame Société. — Lit aussi, j'endure des tourments effroyables. Il arrive parfois que mon pcour s’arrête ; je n’en perçois plus los battements.
Docteur Casimir. — Hum ! c’est; grave !
Docteur Rttynal. — Très grave !
Docteur Lépine. — Excessivement grave ! si le cœur s’arrête
Dame magistrature. — On no peut plus grave !
Docteur Casimir. — Et l’estomac ?
Dame société. — Oh ! lui, fonctionne à merveille, quoique paresseux. 11 digère tout ce que j’y jette. Jamais il n’est content.. Toujours il réclame, par des tiraillements impérieux, de nouvelles" pitances. Vous me pardonnerez , messieurs les docteurs, d’exprimer devant vous une opinion snr mon propre cas : il mo semble que l’ostemac et le ventre absorbent, à eux seuls, toutes les forces do mon corps. Voyez comme le ventre se développe.... C’est à croire que je suis hydropiquo.
Docteur Casimir — d’un air pincé. — Ça n’est que votre avis. Le ventre ot l’estomac exercent simplement lotira fonctions. Puisqu’ils réclament nue plus, abondante nourriture, il faut leur uc-
Dovteur Raynal. — Evidemment.
Docteur Lépine. — J’abonde dans votre sens.
Doctoresse Magistrature. — Je n’abonde pas moins.
Docteur Casimir. — Quant à la tête, au cœur, aux bras et nux jarnbes, ils me font l’effet de ne pas savoir ce qu’ils veulent.. Le mieux est. de les mettre à la raison.
Docteur Raynal. — Cher maître., voulez-vous mo permettre
Docteur Casimir. — Dites.
Docteur Raynal (bas au docteur Casimir). — Ne croyez-vous pas prudent, avant que nous prolongions cette consultation de nous enquérir dos ressouces do la malade.
Docteur Casimir (même jeu). — Je ne vois pas le rapport...
Docteur Ray nul (même jeu). — C’est justement pour que vous le voyiez. Si cette dame n’a pu? le son, oette cure ne nous rapportera rion. Nous ne serons pas payés ou nous le serons mal.
Docteur Casimir (très digne). — Monsieur, je travaille pour la gloiro. »
Docteur Raynal (a part). — Beau mérite, quand on estplnsieurs fois millionnaire ! C’est du dévouement de convientions !
Docteur Casimir. — Messieurs, c’est Esculape lûi-même qui m’inspire. Voici le remède. Nous allons masser vigoureusement lus jambes et los bras afin d’y ramener la vigueur. Nous ullons frictionuer la tête afin d’y rétablir l’équilibre. Le cœur se guérira bien tout seul. Votre opinion messieurs.
Docteur Rl / I — La votre, uiaitro.
Docteur Lépine. — Masser vigoureusement; des coups de poings vigoureux; de la vigueur, il no faut que ça.
Doctoresse. Magistrature (avec une révérence). Votro sor-
tis se mettent incontinent à l’œuvre. Le docteur Casimir, s’empare de la tète qu’il asperge d’alcool ot qu’il frotte au point d’arracher los cheveux. Le docteur Raynal s’est chargé dos jambes. 11 tire dessus à les disloquer, los manipule en toussens. Le docteur Lépine et la doctoresse Magistrature s’en prennent aux bras. La malade pousse des cris déchirants. Elle suplie scs sauveurs do l’achever. Son supplice n’est plus supportable, elle s’évanouit).
Docteur Casimir (s’épongeant). — Diable ç’a été rude. Mais le résultat est bon. Voyez ce calme !
Docteur Raynal. — On la dirait morte.
Docteur Lépine. — Merveilleux ! si nous recommencions.
AU TEMPS UE LA COMMUNE
Souvenirs d'un vieil insurge