L'ERE NOUVELLE
e mensuelle de soeialisine scientifique
Sommaire du numéro de Mars
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rapide, Sorel, E. G. lt.. l'ait ro, Emile Portai. — Tlicntri loderncs, G. Diamandy. — (
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L’imprimeur-gérant : Géiuult-Riciuiid, 1 1, rue Duperré, Taris.
Vivo la Commune ! si puissant qu’il en fit vibrer l’air et s’agiter les drapeaux qui fleurissaient la façade.
Les bataillons s’ébranlèrent et le défilé commença. A la nuit, les bataillons défilaient encore. On voyait confusément des mains se tendre vers l’estrade, d’autres mains se rapprocher. Dos bouehos criaient, encore et toujours : Vive la Commune ! jusqu’à perdre le souffle.
Eufin, la place se vida. Les fenêtres de l’Hôtel-de-Ville s’illuminèrent, la Commune était installée.
Je repris le chemin de la ruo Montmartre. A la porte de l’imprimerie, je croisai un groupe de fédérés au miliou duquel pariait un lieutenant du-218", mon bataillon du siège, le bataillon do Longuet. Il racontait oc qu’il avait vu sur la place do l'Hôtel-do Ville. H était tout an bas de l’Estrado, et avait pu, plus heureux que moi, entendre les discours.
— C’est Ranvier qui a parlé.
— Et qu’a-t-il dit ? lui demandai-je.
— Il a dit... Il a dit... que la Commune était proclamée... Estce quo ce n’est pas assez ? Et puis nous avons répondu : Nous la défendrons jusqu’à la mort !
Je remontai à notre échope du Père Duchêne . Une lettre était arrivée-à mon adresse. Jo l’ouvris, c’était — ô ironie du sort — l’annonce dos funérailles du garde Turpin, blessé mortellement à Montmartre, le rnatiu du 18 Mars, lots de la prise des Buttes. L’hmnble citoyen qui agonisait depuis ce jour à Lariboisière mourait au même moment où Paris acclamait le drapeau qu’il avait rougi de sou sang.
Allons ! à l’ouvrage. Cent mille hommes ont assisté à cet éblouissant spectacle de la proclamation de la Commune. 11 iaul que demain, au lever du jour, les patriotes moins favorisés puissent au sant du lit apprendre la bonne nouvelle, que le Père Duchêne portera aussi, histoire de rire et de se faire uno pinte de bon sang, chez ses voisins de Versailles. Ecoutez pour uno fois — jo n’en abuserai pas — le marchand do fourneaux :
« ... Elle était-là, cette chère Commune du Père Duchèno, celle qu’il réclamait depuis si longtemps.
« Elle était là, respirant la force, l’écharpe ronge au côté, bonnet phrygien en tête, entourée de ses braves amis, les bons boûgros du Comité, qui, depuis ce grand jour du 18 Mars, out, au péril de leur vie, sauvé la Révolution, rajeuni la Patrie défaillante!
« Et lo Père Duchèno, debout aux fenêtres de l’Hôtol-de-Vilie, avec ses bons amis du Comité, so rappelait los grands jours do sa vieille Révolution !
« Il voyait flotter lo drapoau ronge, le drapeau de la fédération, de l’ordre révolutionnaire !
« Quelle joie! Et le vieux Père Duohèno aurait pleuré volontiers ! .. parce qu’il songeait à tons ses vieux amis, les révolutionnaires morts pour la Patrie dopuis que notre bonne République fait son chemin;
« Il songeait aux patriotes du Champ do Mars, qui, eux aussi, venaient fêter joyeusement l’anniversaire de la grande délivrance, et qui tombèrent sous los balles des jean-foutre do royalistes ;
« 11 songeait aussi, le Père Duchène, en voyant scintiller sous ses yeux cotto forêt do baïonnettes ; on voyant se dorer au soleil les canons de la Commune qui tonnaient de leur grosse voix de bronze, en entendant courir daus scs veines, comme un frisson gigantesques, cette Marseillaise, oello des grands jours !...
« Ah !... il songeait alors aux grands fils de la vieille Oommuno qui, foutre ! sont bien nos aïeux, et dont le sang cimente aujourd’hui la Révolution du 18 Mars;
« Et puis, ils passaient tous sous ses yeux, les grands insurgés : Juillet, Février, Juin, Décembio, — nous avons des martyrs pour
n Les morts du cloître Saint-Merry et ceux do la cité Bergère ;
« Tons ceux enfin qui dorment aujourd'hui, victimes de leur foi dans la Révolution!
« Ali ! le Père Duchèno aurait pleuré, pleuré de regrets en ce jour de joie, parce que foutre ! il songeait que tous devraient être là pour saluer le beau jour où l’on peut crier à son aise :