VIVE LA COMMUNE
Pendant toute la soiréa ce fut une allégresse générale, Les boulevards regorgeaient de monde. A tout moment, quelque bataillon passait, so rendant à la place Vendôme eu ailleurs, et l’on voyait briller, par dessus los baïonnettes, les franges d’or do son drapeau.
De toutes les terrasses, de toutos les ienêtros, éclataient ce
Des inconnus s’embrassaient, pris d’nne sorte de délire. Rien do lu grosse joie des cohues populaires. Je crois quo Paris u’a jamais revu pareil spectacle ni pareil enthousiasme.
Lorsque, après dix années d’absence, l’amnistie me rouvrit ios portes de Paris, ma première visite fut pour cet Hôtel do Ville que j’avais entrevu uno dernière fois dans la bataille, rouge et flambant comme une forge.
Le long de ces murailles noircies par l’incendie, daus ees niches écroulées qui avaient vu l’inoubliable spectacle du 28 Mars 1871, je cherchais du regard les grappes humaines qu’elles avaient abritées au jour de la fête de lu Commune. Et j’entendais encore le liirfflidable mugissement de la foule enthousiasmée, songeant malgré moi à ces acclamations puissantes dont parle le grand historien latin, qui faisaient trombler los colonnes dn Forum lors de la proclamation du nouveau César.
Nous voici donc en Commune ! A la vérité, cela n’avait pas été
Lo lendemain même de la victoire, dès le 19 mars, Paris avait présenté ce spoetaele curieux d’une ville partagée en deux camps, ou plutôt d’une ville renfermant dans sou cœur même un véritable camp retranché. Les mairies des arrondissements réactionnaires, le Louvre, la Bourse, la rue Drouot, n’avaient point cédé. Elles
étaient toujours occupées par les bataillons fidèles à la cause de l’ordre, les mêmes qui nous avaient vaincus au 31 octobre, ceux qui, lo jour do la défaite venu, se vengeront durement sur notre
Le soir, les bataillons onfermaiont cet asile Sacré, et comique à la fois, d’un solido cordon de sentinelles. La consigne était formelle. On ne passait qu’en civil. La rue Montmartre était ainsi barrée. Les rangs s’ouvraient, il est vrai, assez facilement lorsque, an lieu de l’unit'ormo, on était seulement coiffé du képi, appartîntil à un bataillon fédéré.
C’est ainsi que chaque soir, bien que portant le képi de lieutemnt du 2 18" — - bataillon fédéré et même très fédéré — je pouvais remonter tranquillement le quartier fortifié jusqu’à la rue du Croissant.
Il est vrai que nous no nous gênions pas non plus, et nous n’avions pas précisément tous los torts, puisqu'un bout dn compte, nous étions le gouvernement, régulier ou non, élu ou non — uous allions bientôt l’être — c'est-à-dire la force, ne différant en rien, il faut le reconnaître, dn pouvoir, insurrectionnel lui aussi, issu de la journée du Quatre-Septembro.
La veille de la proclamation, voici ce que j’avais vu. Passago de l’Opéra, en face du bureau d’omuibus, un détachement du 203' bataillon fédéré, capitaine, lieutenant ot sous-lieuteuant, qnelques mobiles de la Seine ot des éclaireurs, le tout précédé d'un commissaire do polico do la Commune ceint ae l’écharpe rouge — on disait la Commune depuis le 18 mars — procédant à l’arrestation d’une quinzaiuo d’artilleurs bien pensants, robelles à l’autorité nouvelle, et so disposant à partir pour Versailles. L’un d’eux distribuait aux autres la solde et la feuille de route. C’était l’enrôlement ostensible pour l’enuemi.
Vito, ou ferme los issues. Los uns se sauvent par le boulevard, d'autres, moins habiles, s'enfilent dans le passage. On los arrête, et on los conduit à l’Hôlel-de- Ville, où ils sont relâchés après somouce. Leur crime n’est pas énorme, on ce moment surtout. Ge sont cependant ceux qui, plus tard, se joindront à la conspiration dos brassards irieoloros.
Tout est bien fini. La Commune régne on maîtresse incontestée. Et je m’en aperçois bien, lorsque lo lendemain, franchissant la barricade de la place Vendôme qni forme la rue de la Paix, je vois tout notre monde en fête, le drapeau rouge piqué sur les grilles de la colonne, lo drapeau ronge à la porte de l’état-major, ot oncoro le drapeau rouge au ministère do la justice, où va venir s’intaller Protot.
Quelques jours auparavant, la manifestation des rosettes bleues était venue se briser à eette même place contro los bataillons fédérés. Los mitrailleuses ont fait volto-face. Leur gueule victorieuse, dirigée hier sur la rue de la Paix, s’est retournée vers la colonne. Elle ne menace plus que lo Napoléon do bronze qui se découpe sut lo ciel bleu ot qui semble regarder tout cela d’un œil effaré.
Se douterait-il do ce qui l’attend?
(La suite au prochain numéro).
Un vieil insurgé.
Satirique, illustré, paraissant tous les samedis
BUREAUX : abonnements:
Rédacteur en Chef : GÉRAULT-RICHARD ”£"o,s: ::::::: j
F -A. R, I S TROIS MOIS i