‹ Le chambard socialisteChapitre 21 sur 412 · L'ENNEMI · texte numérisé non relu

L'ENNEMI

Le socialisme, voilà l’ennemi, le seul, le vrai !

Dans les éditions revues et corrigées des discours sonores autant que creux de Gambetta, les trafiquants de sa mémoire ont substitué ce nouveau cri d’alarme à l’an-

Pourquoi redouteraient-ils le cléricalisme? Loin de le combattre, ils s’en servent au contraire, depuis que la République française a troqué son bonnet phrygien contre le béguin delà lilleainée de l’Eglise.

La république de M. Carnot a trouvé un père adoptif, c’est le l'ape. En guise de présent baptismal il lui olïre un trousseau copieux, avec le goupillon pour hochet, l’armée des hommes noirs pour pantins et le trône royal pour la satisfaction des grosses nécessités.

La Bonne Vierge arbore la cocarde tricolore ; les sainls du paradis illun ineront au là juillet prochain et le Bon Dieu lui-même est prêt à s’entendre avec le ministère en vue de l'extermination définitive de l’hydre socialiste.

Il n’y a que la personnalité de M. Raynal qui retarde la conclusion du marché, à cause du vilain tour joué par son grand’ père Judas et son grand’oncle Laquedem à Jésus-Christ.

; On a la rancune longue dans le royaume éternel.

Néanmoins, tout fait espérer un succès rapide et complet.

Alors?

Nous autres socjalistes, n’avons plus rien à faire dans la boutique. Ceux qui lu tiennent, la veulent garder pour eux-mêmes. Ils se sentent assez bel appétit pour manger les bénéfices, sans le besoin d’en distraire une part à l’intention du populaire.

Nous voilà mis à la porte.

11 est bien questiou de nous offrir une petite compensation. 11 pleut, la bise a des aiguillons cruels, il y aurait inhumanité à nous laisser. dehors.

On nous promet la prison. Couchés, blanchis au phénol, nourris aux haricots pénitentiaires, avec recommandation rigoureuse de contenir leurs- instincts explosifs.

Lois sur la presse, lois sur le droit de réunion, lois sur les associations de malfaiteurs, applicables au gré de ceux qui ont juré notre perte, voilà qui nous ouvre des horizons aussi vastes que séduisants.

M. Casimir-Périer ne nous range pas encore précisément parmi les malfaiteurs en question, mais cela viendra. Il y a temps pour fepyt. Son ami Raynal, qui s’y connaît, se charge de l’opération. Grâce à une longue pratique des affaires, l’homme des Conventions saura flairer le moment propice à la réussite du coup.

En un tour de main, il enlèvera le morceau.

Du moins, il l’espère. Présomptueux comme tous les drôles que l’aveugle fortune s’applique à protéger contre une police bien intentionnée d’ailleurs, il s’imagine que le socialisme est à portée de ses doigts crochus et qu’on enlève une idée aussi profondément enracinée, comme le cabas d’une vieille dame.

Au jour venu, il s’apercevra qu’il y a loin des lèvres à la coupe, quelque habile qu’il puisse être à la faire sauter.

Pour lui, pour les gens de son espèce, les mouvements politiques n’ont jamais été que des entreprises plus ou moins financières. La République devait mathématiquement produire les Conventions, les chèques de Panama, les gigantesques écumages de l’épargne, nationale. Jusqu’ici leurs calculs se sont réalisés. Pauvres hier, ils nagent aujourd’hui dans l'opulence, il y font même la planche. Le socialisme menace de les déranger. D’où leurs colères, leurs menaces, leurs prépanitifs de guerre.

Avec ce nouveau parti, rien à faire. Né parle-t-il pas de donner à chacun le produit intégral de son travail, de mettre ainsi un terme aux exploitations, aux concussions; de jeter bas ces fortunes homicides édifiées sur l’ossuaire du prolétariat et d’en empêcher la réédification ?

Un peuple se montre qu’ils ignoraient. Soumis autref)i>, il dresse la tête à cette heure. Par moments, il gronde et moutre le poing.

Que veut-il? Peu de chose : J’équité.

Ce peu de chose semble monstrueux aux maîtres du jo ir.

Ne leur parlez pas de sentiments, ils vous riraient au nez. N’invoquez pas le droit, la justice. Pour connaître de ces choses, il faut descendre au fond de sa conscience, ce qu’ils ne pourraient faire saus chausser des bottes d’égoutier.

Aussi préfèrent-ils la lutte, la lutte légale, pour laquelle ils s’arment de lois fabriquées sur cumulande. Ils iront jusqu’à la lutte sauvage, jusque à la guerre civile, au besoin.

Ils commanderont le carnage au peuple armé contre \e peuple pour défendre leurs odieux privilèges de caste. Personnellement ils ne risqueront pas une once de leur peau dans la bataille. Quand ils- suut frappés, c’est en pleine poitrine, de croix déshonorautes et de la main d’un Wilson quelconque.

Ils appellent ça mourir au champ d’honneur.

Gérault-Richard .

Jean, Panl, Pandore, Casimir-Perier

Quand de sa voix sévère, mais ferme, Jean, Paul, Pandore, Casimir, (que de nom pour si peu de monde 1) menace ces infâmes socialistes delà rigueur des lois, lorsqu'il jette sur eux l’anathème en leur reprochant d’être anti-patriotes, il oublie sans doute que le patriotisme désintéressé n’est pas précisément l'apanage de sa famille.

Un seul fait édifiera sur ce point les gens de bonne volonté; les autres, nous nous en moquons, comme Bardeau de sa première opinion sur le privilège de la Banque de France.

C’était au moment oit, prête à se détacher de la Hollande, la Belgique s’offrait à la France.

Voici ce que dit à ce sujet A1. Louis Blanc dans son Histoire de Dix ans (Pagnerre, 18â3, tome 2, pages 93 et '.‘à) :

« Ce n’est pas que la réunion des deux pays, même au plus « fort de l’enthousiasme excité par la Révolution de Juillet, « se fût opérée sans obstacle...

« Les hommes que* touchait la grandeur de la France » avaient à combaiti e des ennemis puissants et obstinés : « parmi les industriels français, beaucoup redoutaient, dans “ le cas d’une réunion, la concurrence des fabricants de la <• Belgique, préférant de la sorte à l’intérêt national l’in- « téréc de leur fortune.

« M. Casimir-Perier. possesseur des mines d’Anzin, aurait “ perdu beaucoup d'argent par libre introduction des “ bouilles belges. Ainsi la France, pays de guerriers, s'était “ Vu condamnée à l'impuissance le jour où elle a vait coii- « senti à être gouvernée par des marchands!... »

fier *s sont destinées à disparaître le jour où l'on aura rayé de notre espèce les derniers préjugés.

Et quand ils sont à bout d’imprécations, ils en empruntent aux autres, aux misérables folliculaires entretenus pa’r leur ami Ouillaume, l’ogre de l’Alsace-Lorraine. Ils parlent avec des éloges hyperboliques des insanités réactionnaires d’un Kichter, l’aboyeur eu chef des centre-gauchers du Reichstag.

Pendant ce temps, les nouvellistes allemands ne cessent de protester contre le régime d’oppression qui sévit sur les provinces annexées et l’autre jour encore on pouvait lire dans le Vonvaerts, organe des démocrates socialistes, les lignes suivantes : « Le sysiéme de compression dont on use « à l’égard des Alsaciens-Lorrains est indigne d’un peuple « civilisé, car il permet la saisie des journaux, entrave le « droit de réunion et confère au statthatter le droit de pron clamer l’état de siège. C’est là une situation intolérable et « nullement justiliée par les circonstances. Les sociulistes « réclameront au Reichstag l’abolition du régime d’excep- « tion. Partout, eu effet, les socialistes sont Tes défenseurs “ des opprimés. »

C’est pour cette raison que tous les anti-socialistes, sans distinction de nationalités, souileurs adversaires irréconci-

Uu ne saurait, en effet, être capitaliste, sans être ami des oppresseurs^ étant oppresseur soi- meme.

Nous informons les collectionneurs qu'il a été tiré de notre premier dessin cent épreuves hors texte, sur papier de luxe et numérotées.

Prix, en couleurs : 2 fr. 25; en noir : 2 fr.

S'adresser cites M. Ed. Kleinrnann, marchand de dessins cl d’estampes, S, rue de la Victoire.

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