‹ Le chambard socialisteChapitre 22 sur 412 · LA BOMBE · texte numérisé non relu

LA BOMBE

C'était à l’heure où la nuit tombé.

Un homme, effrayant do pâleur, Confectionnait, une bombe Avec des soins de ciseleur.

Je lui criai : — Quelle dé uencs !

Il faut aimer, la haine a tort.

Que fais-tu là, dans l’oinbre immense ? il me dit : — Je fais de la mort.

— Pourquoi fais-lu de la mort, frère?»

— Pour me venger d’avoir vécu.

— Comment t'appelles-tu ? — Misère.

— Quel était ton père? — Un vaincu.

— La forme savante et précise De cet appareil abhorré.

Où l'as-tu prise ! — Je l’ai prise Sur le crâne d'un fédéré.

— Tu ne connaissais point naguère Cet engin d’où la mort descend.

Qui te l’a révélé? — l.a Guerre.

— Qui te l’a conseillé? — Le Sang.

— La bombe est lâche autant que vaine, En ton poing stupide et brutal.

— Je l'ai soudée avec lu haine,

Dans la souffrance et dans le niai !

— Les colères sont endormies :

A quoi bon tuer au hasard

De pauvres êtres? — lit Fournîtes?

— Le riche est ton frère. — Ht ma part?

— Quand ta machine sera faite, Réponds, que mettras-tu dedans?

— i'y mettrai ma douleur muette,

J'y répandrai mes pleurs ardents.

— D’où viens-tu

— Que veux-? u

— Quel ést°îon

’ — D'où tu viens loi-même — Mon droitet mon pain, s- tu? — Parce que j’aime!

omplice ? — l.a faim !

Et c’est ainsi, bourgeois rapace.

Que la bombe au vol retlouié Fait, en éclatant dans l’espace, Resplendir ton iniquité!

Clovis Hugues1

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