‹ Le chambard socialisteChapitre 216 sur 412 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Premières fusillades

Le soir du â avril. — Mme Durai cl Raoul Rigault. — La redoute de C/iâliUçit.— Les cadavres de Bivvlrc. — La légende et l'histoire. — Le colonel Lambert devant la commission d'enquête. Les contes bleus de M. Georges Dell. — Mort héroïque de Bavai. L’interrogatoire du général Vinoy. — Le nom d’un martyr. — Le corps de Flourens ù Versailles. — Le beau coup de sabre du capitaine Desmarets. — Les cinq piquets du Mont- Valérie». — Les fusillés de C.hatou. — Une prédiction d'Emile X oln : « du sang jusqu’à mi-jambe ».

... Le mercredi 21 mai, jour do la prise du Panthéon, quelques heures aval» d’êtro tué rue Gay-Lussac, Rigault me rappelait l’un des incidents les plus émouvants des deux effroyables mois que nous venions de passer.

C’était le soir du 1 avril, le lendemain de la première sortie des bataillons de la Commune, celle qui coûta la vie à doux des plus •vaillants parmi les vaillants, Fleurons et Drivai.

La mort de Flourens était déjà connue. A cette heure, son cadavre reposait, recouvert jusqu’au menton d’uu large drap de serge noire tout-maculé de sang, sur les dallos de l’hôpital Saint- Jullien de Versailles.

Le bruit de la mort de Duval circulait aussi. Ses amis voulaient toutefois douter encore. Duval avait été enveloppé et fait prisonnier le matin môme. Chardon, qui était son colonel d’état-major et qui commandait en second à la préfecture do police, avait confirmé lo fait. Mais où Duval avait-il été conduit? N’était-il pas à Versailles, mêlé, sans avoir été reconnu, à la foulo dos prisonniers qui s’entassaient sur la place d’armos ? Avait-il, au contraire, comme ou l’assurait, était fusillé sur le champ de bataille, après la prise de la redoute de Ohâtillon ?

L'heure du dîner était arrivée. La grande table de la préfecture de police était pleine et l’on commentait vivement les événements lorsqu’une estafette entre, porteur d’une dépêche qu’elle tend à Ri-

Rîgaolt ouvre le pli, le parcourt rapidement.

— Ce n’est rien; dit-il. Tout va bien.

Mais sa physionomie a trahi sa pensée. Tout va mal nu eon-

— Vous avez des nouvelles do mon mari ? demande tout a coup, dans le silence de mort qui régnait, uue voLx de femme, trem-

blante d’émotion contenue.

— Mais... il va bien... répond Rigault.

— Et quand revient-il, repart la jeune femme, qui, on le voit, n’était autre que la femme du général de la Commune ?

— Il revient... Non... Il a été fait prisonnier.

Et Rigault, malgré son calme apparent, pâlit. Les larmes lui montent aux yeux. Les camarades baissent la tête, silencieux,

— Vous ne me dites pas la vérité, s’écrie alors la jeune femme. Vous ne voulez pas me la dire...

Le diner s’acheva sous l'effroyable impression do cette mort quo chacun devinait.

Quand on se fut levé do tablo, Rigault so retira dans uno salle voisine, où le suivit bientôt Mme Duval. Lorsque la jeune femme reparut elle avait rabattu son voile et pleurait silencieusement.

La dépêche ilo l'estafette portait que Duval avait été fusillé lo matin au Petit-Bieétro avec deux de ses officiers.

Deux jours après ootte exécution, quelqu’un qui avait voulu visiter le champ do bataille, s’arrêta à ce même endroit. Tout près du groupe de maisons qui bordent la route do Olioisy à Versailles, il remarqua une grande fosse surmontée d’une croix do bois noir. L» avaient été ensevelis, en septembre 1870, les soldats tués dans l’un des combats du siège. A quelques pus, dos monceaux de cadavres de garde? fédérés dans une mure de sang.

Dans ees récits personnels, nous n’appellerons pas souvent à notro secours les documents officiels, d’où qu’ils viennent. Notous cependant ce passage de la déposition, devant la Commission d’enquête parlementaire, du colonel Lambert, commandant la légion de gendarmerie de Paris, au sujet des prisonniers faits le •1 avril à la redoute de Chfttillou, en même temps que Duval :

— Sur ees quinze eents prisonniers — demande lo vicomte do Meaux, membre de la commission — combien ont été fusillés ?

— âe ne pourrais pas vous lo dire — répond le colonel Lambert mais bien pou.

— Oh ! très peu — appuie le marquis de Quinsenas.

L’héroïque mort de Duval a été souveut racontée, comme celle do Flourens. Maintes fois, pendant les longs jours inoccupés des premiers mois d’exil, j’entendis refaire, à Genève, lo récit de cotte mort, devant laquelle avait dû s’incliner l’admirution même des vainqueurs.

Cette fin d’nu ouvrier fondeur, simple garde sous le siège au 17(1* bataillon, inconnu de la grande foulo, mais dont l'attitude au procès dirigé en 1870 contre lTutoniatiomilo faisait prévoir la hauteur de caractère, fut vite, il est vrai, traitée de légende. Mais ici encore, les documents parlent. Duval fut vraiment héroïque, et c’est toujoursla déposition du commandant do la, gendarmerie do Paris qui va plaider en faveur do notre héros :

— Quand la troupe de Duval a été prise — dit lo colonel Lam-

n bravemont.

is lo ohef d’éi

sorti des rangs un homme qui a dit : « O’es Lo général a dit : « Fattes-le fusiller. » 11 ( a dit. : « Fusillez-moi. »

Le colonel continue :

• — Un autre homme est venu, disant : «

uni|or de Duval. » Il a été fusillé. Trois en Et lo président de la commission :

fangs°" “ fUS‘llé d°UX “idCS d“ oamp ,le Daval 9»* sont sortis de , Lo document officiel lui-même répond donc, pur ce récit dont i n.r.fvLnî,,1"1’ aU ■ u®r grandeur, à l’accusation de légende don on a voulu masquer la belle mort de Duval

T Pure, a dit M. Georges Bell dans so

llisloiic de la Commune. On en invente beaucoup daus les temp calamiteux pour parler plus énergiquement à l’imagination de lou es L’heroismo a la Romaine lait toujours bien dans ùn réri

Et M. Georges Bell ajoute :

„ ossyârv#? *• ■*>* «. avw.

noire linnée"1™'1 m° ° ° n0,a de ^ nn des S*°rioux vétérans d> La déposition de M. le colonel Lambert, que nous venons d, Citer, est du 10 juillet 1871. (Enquête parlementaire sur 1W tion du 18 mars, édition en nn volume iu-I», page 283). cÆgteî Cü ,|U0. '""cou taie rit, pour compléter le récit di: ?enaioI(L-| b° ’ 1 survivants de la grande lutte de 1871. D’oi tena ent-ds ces renseignements préois? Je l’ignore. De quelque prisonnier épargné et échappé ensuite de Versailles ? Les divort récits, dans tous les cas, concordaient jusque dans les potits dériqu’es01 18 pBUVent Stre cous‘dérés comme parfaitement histo-

tl était environ huit heures du matin, le 1 .avril, lorsque Duval qu accompagnait le chef de légion Houry, fut cerné avec un mil’ arm«af?df0rés danS U • r0'luut0 do Ohâtillon. Ils mirent bas les orian TV.if T", °"U0. HUU double llai° dO soldats, jus-

ll idnwR Bi ?’i',U '!9 .cTser0nt ““ nombreux otat-maj'or h la tete duquel était le général Vinoy. J

, L? yîa°y descendit do cheval, commanda la halte, cl

s approchant do la colonne dos prisonniers :

— C’est moi, dit Duval, on sortant des rangs.

\ ous avez aussi deux chefs de bataillon avec vous?

Les deux eommawlauts viurout so plaoer anx côtés de Duval,

cénérof1 Vlnnv^'Ft U'Lpalo,ün d-° dix cllasseurs, commanda le gonoral \ tnoy. Et vous, messieurs, passez dans le champ

50 dirigèren t vers la place indiquée, simplement, sans lorfaiitoiuu. Ils s’adossèrent à un mur après avoi.

donner changement reste à opérer ; il consistera à fonder nn ordre de choses dans lequel l’Etat et mm plus la tainillo, héritera des richesses accumulées, en temps qu'elles forment ce que les économistes appellent le fonds de production. La société au moyen d’un système hiérarchique transmettra la propriété c'est-à-dire les

capable; elle les lora passer directement des mains qui savaient le mieux les employer aux mains qui sauront le mieux les employer après elles.

Comment aujourd’hui se fait la répartition des instruments de travail ? D'abord par le plus aveugle des distributeurs, le hasard, qui donne à nu artiste, à un théoricien, l’héritage d’un manufacturier, d’un négociant ou d’un agriculteur, sans parler des richesses tombant au pouvoir dettes nuis, légers on corrompus. El qui donc est clingé do rectifier les erreurs du hasard, de remettre les instruments dans des mains habiles à les employer ?

Précisément ceux que le hasard a désignés par ses capricieuses faveurs.

Des propriétaires et des capitalistes, étrangers pour la plupart aux travaux de l’industrie, incapables de faire valoir eux-mêmes lours fonds do production sont; appelés à choisir des fermiers, les gérants auxquels ils les confient moyennant une prime payée à leur propre oisiveté. La mauvaise exploitation des terres et des capitaux, les erreurs elles fraudes doivent-elles surprendre lorsque l’on sait que les aveugles et les impuissant sosl juges de la force et des lumières ?

Est-il difficile enfin d’expliquor le désordre do l’industrie ?

Il faut donc demander l’abolition de tous les privilèges de la naissance sans exception et par conséquent la destruction de l’héritage le plus grand de tous les privilèges, celui qui les comprend tous aujourd’hui; privilèges dont l’elfe t est de laisserait hasard la répartition des avantages sociaux parmi le petit nombre de ceux qui peuvent y prétendre et de condamner la classe la plus nombreuse à la dépravation, à l’ignorance, à la misère.

Il faut demander que tous los instruments de travail, les terres et les capitaux qui forment aujourd'hui le londs morcelé dos propriétés particulières, soient reunis en un fonds, social et que ce fonds soit exploité par association et hiérarchiquement de manière que la tâche de chacun soit l’expression de sa capacité et sa richesse la mesure de ses œuvres.

Nous ne voulons porter atteinte à la constitution de la propriété qu'en tant qu'elle consacre pour quelques uns le privilège impie de l’ oisiveté, c'est-à-dire celui de vivre du travail d'autrui qu'eu tant qu’elle abandonne au hasard de la puissance le classement social des individus.

üippolïte CARNOT.

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