LE GRATIN
Vacances ! vacances ! les ministres ont pris leur volée. Colle de Raynal n’a duré que vingt-quatre heures. S’il n’avait jamais pris
Seul l'impavide Carnot roste au coin de son feu. Itendons-lui grâces ! Sitôt que le soleil aperçoit lo nez présidentiel, il so cache et les cïéux so mettent à pleurer.
Le Gaulois anuonco une prochaine entrevue du ezar avec Guillaume H.
Que voulez-vous ? nous lie cusquons plus... l’as d’argent, pus
Voilà un mois qu’on nous robat les oreilles do Clémentine, la fillo de Léopold, roi dus Belges, Un jour on annonce son entrée en religion, le lendemain on prétend Iq contraire.
Voyons, Clémentine, décjdez-vous. il faut qu’une princesse soit
« Chambard » en Province
Nancy, 28 mars.
J’ai entendu, do mes oroillos ontoiidu, tout co qu’il y a de plus entendu, la chose la plus énôrmo qu’il soit possible d’ontondrô. C'était l’autre dimanche. Un monsieur grave, dos Débats, est venu ici nous raconter des histoires à faire pleurer une borne-frontière, sur l’état insuffisant- de nos fortifications do l’Est. M. Malo, c’est le nom du conférencier, nous a dit, sans détour, quo los Prussiens pouvaient, quand il leur plairait, entrer dans Nancy, saooagor la ville, mettre tout à feu et à sang. Rien no los arrêterait parce quo Nancy n’est pas fortifié et quo la frontière, de ce côté, manque do défense.
Il a clé tiré du dessin : Aujourd’hui ; cent épreuves lithographiques, hors texte, sur papier de luxe, numérotées de I à 100. Prix 2 francs en noir ; 2 fr. 25 en couleurs.-
S’adresser chez M. Kleinmann, marchand de dessins et d'estampes , 8, rue de la Victoire. ^
Les collectionneurs trouveront à la même adresse et aux mêmes prix des épreuves lithographiques , hors texte , des dessins publiés par le Chambard : L’Attentat du Pas-de-Calais ; l’ Epouvantail bourgeois ; la Bonne Année ; la Cadette ; la Misère sous la Neige; Pauvre Pandore ; Psychologie du Militaire professionnel ; Jolie Société ; Le Cri des Pavés ; Suprême argument ; En Carême ; Cent millions ; Sans le sou ; Liberté du Travail; 18 Mars; Le dernier guet-apens.
L/V PETITE RÉPUBLIQUE
Journal socialiste
RÉDACTEür EN CHEF : A. MILLERAND
PRINCIPAUX RÙt) ACTEURS :
le. Itamlin, J. (iiicsdc, J. Jaurès, Clovis lingues, Camille Pcllclan, G. Itouanct, Marcel Seiuhat, lé. Vaillant. René Vivian!, députés; J. Allcmane, Paul Brousse, Henri Brissao,
L. Rnhreuil, E. Eournière, fâéraiiH-Ricliartl, Albert Goulle, V. Jaelard, Henri Pellier, Geurges Kenartl, Henri 'l'urot, etc.
lf. numéuo 5 centimes le numéro EN VENTE PARTOUT
L’imprimeur-gérant : Géiuult-Riciuhd, H, rue Duperré, Paris.
mis bas leurs vareuses. Le peloton fit feu. Ils tombèrent foudroyés.
Certains réeits enregistrent, sans que l’on puisse vérifier leur authenticité, cette apostrophe du général Vinoy à Du val :
— Qu’auriez-vous fait de moi, si je fusse tombé outre vos
le vous aurais fait fusiller — aurait répondu Duval.
Et, puisque nous parlions de légende, donnons place ici à l’une dos plus touchâmes, celle de ce bravo homme qui vient, quelques jours après la mort du général fédéré, déclarer à la mairie de son
— Los prénoms de l’enfant? demande l’employé municipal.
— Charles-Duval, répond l’homme.
- Mais, roprepd l’employé, Dnval n’est pas un prénom, il n’est pus dans le calendrier. Ce n’est pas le nom d’un saint.
— Ce n’est pas lo nom d’un saint, reprit le père, mais c’est celui d’un martyr.
Ou rirait aujourd’hui do cotto naïve et admirablo réponse. Dans cos jours lointains, où l’béroïsmo était à l’ordre du jour, elle semblait toute naturelle. Autres temps, autres mœurs.
Ce même soir du ! avril, un escadron do gendarmerie entrait au grand galop dans Versailles.
— Nous vous amenons Flourens! criaient les gendarmes.
Et les officiers, groupés aux terrasses - des cafés, regardaient défiler lu cortège. Car c’était un véritable cortège que l’on faisait au cadavre haché et sanglant du général de la Commune
Le tombereau roulait bruyamment sur le pavé, sautant ot cahotant, avec des étincelles aux sabots des chevaux que l’on fouettait.
— Et où est-il, cria quelqu’un ! Qu’on le fasse levor, le fameux général !
Flourens était couché sur un lit de paille, la tunique arrachée et souillée, pieds nus, la tète découverte fendue sur toute sa hauteur, informe, une bouillie ronge déjà exsangue.
Devant la porte do l’hôpital militaire, le cortège s’arrêta. En un clin d’œil, il y eût là une foule énorme, hurlante et vociférante...
— Montroz-lo nous ! nous voulons le voir, lo gueux !
— Debout le général!
Et l’on entrevit alors un spectacle inoubliable, nu mort que l’on Soulevait par los aisselles, et qui s’affaissait mollement, la tête partagée eu doux moitiés effroyables, les yeux' démesurément gonflés hors des orbites...
La foule se tut, terrifiée. Les infirmiers recouchèrent le mort. Deux hommes l'empoignèfent et on l’étendit sur los dalles do la morgue de Saint-Jullion, dans une salle basse et glaeee.
Cinquante fédérés, tués ou fusillés dans los combats de la veille, y dormaient déjà côte à côte, recouverts de simples toiles. On laissa à Flourens son uniforme. On n’eùt même pas la pudeur
de cacher sa pauvre tète, d’une indicible tristesse, et qu'un coup de fou, tiré après le n magistral » coup de sabre du capitaine Desmarets, avait fait éclater.
' Comment était mort flourens ? On interrogeait les gendartnes de l’escorte. .Chacun apportait son récit. On no sut que le lendemain la vérité, lorsque, sur les trois heures, arriva à l’Assemblée, dans la galerie des Tombeaux, nn témoin oculaire.
Flourens avait été cerné à Ohatou. Conduit, avec force violonccs devant un oàpitaiue de gendarmes qui so tenait à cheval sur la
— Capitaine, il est lèche do frapper ainsi un homme désarmé,
— Ah ! tu tires sur mes gendarmes, et tu demandes ta grâce, riposte l’officier. Tiens, voilà ta grâce!...
Lo capitaine lève son sabre nu, et, se dressant sur ses étriers, d’un coup formidable, fend la tête du prisonnier. Un gondarmo s’approclio ot donne le coup de grâce.
— C’est un boau coup de sabre ! dit un témoin.
Voilà co qui se racontait à l’Assemblée, le 5 avril, en présence d'nne vingtaine de députés ot d’un gronpo do journalistes.
Flourens mort, l’ol'fioier qui conduisait la colonne ordonna que l’on fouillât le cadavre. On trouva dans une poche un ordre do la Commune : « Ne passez pas sons le Mont-Valérion, nous sommes trahis ». Et, dans l’autre, un pli décacheté adressé à M. Flourens, rue d’Aguesseau, Paris. Une lettre de lanière dn général insurgé.
Quelqu’un qui rencontra, quelques jours après, à Versailles, le capitaine Desmarets, confirma ces details, dans une fort, curieuse brochure aujourd’hui introuvable. « Lo capitaine Desmarets, disait-il, est taillé athlétiquement. I! a des mains « comme des épaules de mouton », et plus Ao force qu’il n’en laut pour s’expliquer ce coup de sabre. II prétend même que si la lame n’avait pas un peu glissé sur le képi de Flourens, il lui aurait littéralement partagé la têto on doux, depuis le sommet du crâne jusqu’au maxillaire iuférieur. »
Pour un beau coup de sabre, c’était un beau coup de sabre !
Et cependant, le général de la brigade, lorsqu’on lui présental’état de proposition pour la croix du capitaine que M. Thiers avait eu l’idée do faire décorer, déclara qu’il ne demanderait jamais une récompense pour un soldat qui avait frappé un homme sans défense.
On ne fusillait pas qu’au Potit-Bicèlro, on fusillait à Chaton, à Rueil, à Puteaux, dans la plaine qui s’étonil au pied du Moul- Valéiion, où la gondarracrio, le jour du 3 avril, chargea on fourragours, et où, à toute minute, suivant la pittoresque et dure expression d’un témoin, se levail sous les pieds dos chevaux, uu homme effare, comme un gibier pris au gîte.
La veille déjà, lo dimanche, jour des Rameaux, on avait inau-
guré à quelques oont mètres dn Rond-Point de Courbevoie, le système des exécutions sommaires. L’escarmouche du pont do Nouilly avait fait ciuq victimes.
Le lendemain, sous lo canon du Mont-Valérien, quelqu’un s’avança on rampant jusqu'au lien maudit. C’était un champ presque inculte, sur la lisière duquel fleurissaient des rosiers précoces. Des cerisiers laissaient éclater des boutons déjà blancs. Au milieu du champ, cinq piquets.
Sur l’un, un képi de garde fédéré. Sur un autre, un bonnet d’ouvrier de drap bleu râpé, bordé de fourrure vulgaire, une de cos coiffures d’hiver quo l’on portait alors.
Au bas, des tramées rouges, Rgéos.
Ce témoin do la première fusillade so renseigna. Los morts étaient un caporal de fédérés, un soldat de la ligue, un mobile, un ouvrier, ot un jeune homme de quinze ans,
Le même jour, lo crieur public do Chatou proclamait, après los roulements d’usage du tambour de ville, que tout habitant qui donnerait asile aux ennemis de l’Assemblée serait « passible dès lois de la guorro ».
Entre neuf ot dix heures, lo général de Galiffet, que lo gouvernement avait choisi « comme tout désigné pour une notion énergique », avait fait passer par les armes un gros do fédérés qu’il avait surpris à Rueil.
Lo 7 Avril, M. Emile Zola, alors courriérislo-parlomentaire d’un journal parisien, écrivait, après avoir dépoint la rage de répression de la droite de l’Assemblée : « En vérité, je vous le dis, s’il n’y a pas dans le gouvernement un homme sage qui comprenne nettement la situation.., les gens de Versailles auront du sang jnsqu’à mi-jambe pour rentrer ici, et longtemps ils garderont aux talons la boue sanglanto dos routes ».
Moins do deux mois après, la prédiction dn futur autour do Germinal s’était réalisée.
(La suite au prochain numéro).
Un vieil insurgé.
Satirique, illustré, paraissant tous les samedis
IPRIMERIE* CENTRALE q , . UN ^ABONNEMENTS :
1-i, Rue Duperré, 14 RédâCtGUF GD Chef : GÉRAULT-RICHARD blX MOIS