‹ Le chambard socialisteChapitre 224 sur 412 · ON VOUS ÉCRIRA · texte numérisé non relu

ON VOUS ÉCRIRA

D'puis six ans j’cherohe un' place honuête. C’t'inouï c’ que j'ai crevé d’soulters,

C que j’ai tiré d' cordons d’ sonnette,

Et c' que j'ai grimpé d’escaliers.

Maintenant, chaqu't'ois qu' je m'présente,

J’ sais d’avanc' comment ça s' pass'ra :

« Je r'grett', mais y a pas d'plac' vacante,

On vous écrira »

La premièr- fois, j’rentr’ dans ma chambre,

Je m'dis: ", Ça va v’nir. » Et j’attends.

On était en juin. En novembre Je m’dis: « Ils y mettent le temps.»

En janvier, je m'décide.et j'teute Une autr’ démarche. On m’répond là :

« Il va y avoir un’ plac’ vacante,

On vous écrira. »

Pendant six mois encor ça dure.

En fin j’ me dis: « Décidément Il paraît qu'ils ont la vt’ dure.

Ça conserv', d’.avoir un trait’ment. »

j’ tent' le coup dans un’ grande agence,

On prend mon nom, et cætera :

« Dès que nous aurons un' vacance.

On vous écrira /,

J'ai fait comm’ ça quinz’ ministères,

Vingt-deux banqu’s, quarant'-trois huissiers, Cinquant’-deux étud’s de notaires,

Sans compter soixant’-dix placiers.

Les uns m'disaient : t. Trop d'conijMssances! »

Les autr's : « Comment ? Vous n’savez qu' ça ? » Et tous en chœur :?Y t pas d’ vacances,

On vous écrira »

J’suis garçon, faut-ètre en ménage,

Je m’suis marié, faut-ètre garçon.

J’suis jeun', faut-ètr’ d’un certain âge.

J’suis gueux, faut avoir boun’ façon.

« Puis, les candidats, c'est un’ presse,,

Les places., j' sais pas quand y en aura. Laissez-tnoi toujours votre adresse,'

On vous écrira. »

Jvlon adresse? j’ s' rais bien en peine Si me fallait la rédiger,

A cause que d’puis l’autr' semaine,

J’ai pris 1' parti de n’ plus m’Ioger.

Seulement vous verrez ma veine;

J’ pari’ qu’ c'est maintenant qu'on m' nomm'ra;

Et j' couch'rai sur les quajs d' la Seine L’ jour qu’on m'écrira.

P. Vrignault.

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