CHAPITRE V
Le camp des Barbares
.1 Versailles. — L'arrivée îles prisonniers. — La médaillée de Chtilitlon. — Les jolies dames aux ombrelles.— I boire , à boire ! — .1 mort les brigands ! — Le chariot des blessés. — Fit récit vursuillais. — La muiy, sanglante. — Le témoignage de Théophile Gautier. — « L’immonde » vieillard. — Le « geste » des prisonniers. — La folle des chantiers. — l'ne peau de pétroleuse., s'il vous plaît.
... — Non ! vraiment, c’est trop !
En un olln d’œil, moins qu’il ne faut pour la simple réflexion, l’imprudent qui s’était permis cette timide protestation fut enlevé, bousculé, porté, comme par une mer en jurie, jusqu’au poste do police le plus voisin, celui de la rue Jouvencel.
— Le misérable, le faux-frère, lo bandit ! Qu’on l’arrête, qu’on l'enchaîne, qu’on le fusille !
— Ce ne peut-être qu'un Parisien !
— A la police ! A l’Orangerie !
Pour uu peu, on oui crié à iaiianterue — ou à Satory — et on y ont mené, et accroché, l’infortuné.
Que s'était-il donc, passé dans la grande avenue de Versailles?
Quoique Prussien, habitué do la bonne ville, avait-il eu l’audaco de venir rendre une dernière visite aux hôtes qui l’avaient hébergé depuis de longs mois, sans quitter son casque à pointe, ce casque qu’il avait peut-être, dans l’inoubliable et honteuse joUrnéo de la capitulation, ceint des lauriers tranquillement cueillis dans les jardins dm grand roi ?
L’homme arrêté et chargé par la foule de tant, d’injures n’était rien moins quo prussien. Il était bel ot bien Français et Parisien. Vorsaillais par dessus le marché. Mais pas à un si haut degré cependant qne la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux lie lui eût arraché, peut-être contre son gré, un cri de protestation
— Non! vraiment, c'est trop de lâcheté! avait-il dit.
Par l’entréo principale, tout près de la barrière de Viroiluy, un convoi do prisonniers de la Oommnne débouchait.
Les gens do Versailles, coux qui ont vu l’invasion, l’oecupulion et la proclamation de l'empereur allemand, sans vomir leurs dernières entrailles, sont là, assis sur les bancs qui bordent l'avenue, respirant à pleines narines l’odeur des lilas fraîchement éclatés.’
— Les voilà ! les voilà !
Un gros nuage de poussière monte à l’horîzon. Ce sont les vaincus.
Çà ot là, dans la tonalité grise, des flamboiements rapides
apparaissent, un pommeau do sabre, la plaque d’un ceinturon, Ce
sont ensuite lés lames nues. les canons «les cliassupots, les dorures, affaiblies par la poussière, des uniformes.
Le gros de la troupe se dessine enfin.
Tout le monde s’est levé.
— Ce «pi’il y en a aujourd’hui !
— Tiensj il y a dès femmes.
— Des femmes ! dos femmos ! glapit uu vieux, dont une ride profonde commo un sillon, coupe le front d’uu signe de dureté sadique.
Enfin, ils passent la barrière. Lé convoi s’ost ralenti. La fouie grossit et roule, criant ot gesticulant. Ori voit au-dessus d’elle dus cannes splevor, dos ombrelles se fermer et s’agiter mona-
II y a de tout dans cotte, foule, dos bons bourgeois qui ne pinceraient pas l’oreille de leur matou, des députés qui, il v a trois ou quatre jours, bouclaient do peur leur valise, des journalistes de la galerie des Tombeaux, des offtoiers on tenue de campagne, des gamins qui ouvrent leurs yeux tout grands, ot do profonds et austères philosophes qui ont déjà vu et analysé plusieurs révolutions, mais dont l’iime vile, ou simplement faillie, Uu peut vaincre la lâcheté.
— Tiens, la belle cantinièro ! crie subitement une voix.
Ello est superbe en effet, et martialo, sous sa tunique oouverte do ftoussiére, avec sa joue balafrép, son visago ruisselant de sueur. L’œil noir étincelle de dédain. De" temps à autre, elle porto la main au côté gauche de la poitrine, où brille comme une étoile dont elle essuie soigneusement la poussière.
— Mais, c’est la médaillé militaire...
— Pas possildo! Elle l’a volée! répond la même voix. Une gueuse (je sou espèce, la médaille militaire..'/
Elle ne l’a pas volée, la bravo fille, cette médaille qu’elle a courageusement gagnée lorsqu’elle suivait, pendant lo siège, un bataillon de marcho de son quartier. Elle l’a gagnée à OhfitiUon, dans la terrible journée du 13 octobre...
Les injures redoublèrent dru comme grêle. Et l’on vit tout à coup, do cette foule délirante el écœuranle, un bras sortit, pt d’un geste brusque, arracher de la poit rine do la prisonnière, la médaille que la même main brandit comme un trophée.
— La voilà ! la voilà !
Et les cannes se levèrent encore on signe de triomphe. Les ombrelles se gonflèrent d’aiso. Quelques uns ramassèrent de* pierres. D’autres voulaient forcer la haie des gendarmes, arriver jusqu’à cette maudite qui avait eu le courage de battre cbs Prussiens dont ils respiraient encore l'odeur.
La fureur devint sj effrayante, quo les soldats eux mêmes durent s’interposer. L’officier qui commandait la colonne lova son sabre, commo une dédaigneuse menace pour ces barbares assoiffés do veangeauce.
Le convoi se dirigeait' vers la place d’Armos. C’était lit que,
chaque jour, où fêtait la razzia faite sur l’armée" de la Commune. Dos députes félicitaient les Soldats. Quand il y avait des canons oh . alors, c’était jour de réjouissance, tout comme si ont les eût pris aux Bavarois ! Oes canons français, teints du sang de la France on les fleurissait de lilas. Les prêtres les bénissaient. On avait’ ossuye tant de (lefaites qu’il fallait bien se contenter, faute de
dos victoires de la guerre civile !
Tout le monde n’avait pas applaudi cependant, lorsque la main naît victorieusement redressé une main fine et soigneusement œt-e agitant au bout do ses doigts effilés la médaille arrael.éo à
Fuuiforme de la communarde,
— Bravo ! Bravo ! avait hurlé la foule.
— Non ! c’est vraiment trop ! avait protesté quelqu’un, avec dos sigues non équivoques do dégoût. Attendez qu’on les juge 1
Comment s’appelait ce courageux?
Les journaux de Versailles qui racontèrent, l’incident tout à 1 honnenr de son auteur, omirent son nom.
Sarcey, dons l’une do ses chroniques d’alors, datée du 5 avril nous dépeint une scène à peu près semblable. Je veux noter sonliv ment quo Sarcey étau alors à Versailles, qu’il était certainement sur le passage du convoi, qu’il a donc vu ce dont il fait part à ses lecteurs. Ecoutez cela. C’ost court, mais, comme l’on dirait aujourd’hui, suggestif.
« Dans la foule, dit Sarcey, quelques uns étaii tons, ot frappaient les prisonniers, glissant leur baïonnettes des soldats do l’escorte.
« — Ce n'est pas. bien cela, hasarda un officier.
« — Gardez votre pitié pour d’autres, répondit durement F « sulteur.
.* ~ Non, pas de pitié ! A mort, i
Et les femmes battaient des mains île sang. Sarcey le constuto.
C’était, du reste, l’aristocratie en personne, de vraies grandes dames qui crachaient ainsi à la face des prisonnières, cherchant es plaies sanglantes pour y fouiller dn bout de leurs linos ombrelles.
Si elles eussent connu lour histoire, les belles marquises, elles auraient compris alors pourquoi, eu ses jours de victoire, le peuple promene triomphalement., fichée au bout d’une piqne, une tête do princesse sous les fenêtres des palais..
Enfermes dans l’escorte, marchaient, harassés, poussiéreux, los yeux éteints, une ceutaine de prisonniers. Tous étaient tête nne, ‘"‘"- l ardent soleil qui faisait bouillir les cervelles. Lorsqu’on les par ordre, jeté leurs képis, afin
colonne, ils avaii pussent so sauver à.
nés niessures entourées de mouchoir elles de leur nniformo.
— A boire ' à boire ! criaient certains d’oux, bridés de fièvre.
, "J0™ les brigands ! Répondaient les huflemeuts.
I i?5 datons de se lever, les ombrelles do frapper, los injures
hordes socialistes ot je chaulerai les grandeurs do Mir, sa fortune, sus capacités. Banquet démocratique. Le mardi, je redeviens ministre : Banquet démocratique tout de même. Je décore Boverini-Vico, etc.
Le /ils Marti/. — Il ne l’est donc pas encore?
Le pure Marti/. — Au fait, c’est nu gaillard capable de tout, même d’être décoré. S’il ne l’ est pas, il le sera par moi. On ne saurait trop encourager de tels serviteurs.
Le /ils Mari//. — il préférerait peut-être une augmentation.
Le /lire Marti/. — Le soupçonnerais-tu de vénalité?
Le /ils Mari;/. — Quo Mercure, dieu dos coquins, r. ’ ' '
Mais Vice a des bosoint
e Mari;/. — Il n’a qu’à faire appel au dévo
l ,1e Tut
roi, ou à la hourso do Mir.
I.e fiU Marti/. — Le dévouement de Turrel, passe, nul no le conteste, il est ouvert à toutos les nécessités. Mais la bourse do Mir, c’est différent.
Le père Marty. — Un homme si riche, cependant ! Le gendre de Péreire. A propos, sa femme vient de lui faire un nouveau cadeau.
Le fils Marti/. — Ah ! un héritier ?
Le père Marty. — Non une forme ! c’est la quatorzième. Voilà
Le fils Marty. — Si je me convertissais au judaïsme ? la synagogue est peuplée de dots.
Le père Marti/. — -Je redouterais pour toi, le coup de sécateur. Je ne veux pas' qu’on entame ma postérité... Ott en étais-je ?
Le fils Marty. — A la décoration do ce coquin de Vi...
Le père Marty , ( interrompant ). — Je te répète que je ne veux pas qu’on touche un membre de ma famille. D’abord je no vois lias ee que la circoncision a de décoratif.
Le fils Marty. — Il y a quiproquo entre nous. Vous m’avez interrompu lorsque je prononçais le nom \ ico-Beyermt. \ ous al lez le décorer. Et les mille autres citoyens auxquels Mtr a promis le ruban rouge?
Le père Marti/ — Nous renouvellerons les billets, :j échéance lointaine. Apres Lésignan, je visite une autro ville de France, Bruxelles par exemple.
Le fils Marti/. — Bmxollos? Permettez moi vénérable auteur de mes jours do vous dire que vous vous fourrez le doigt dans l'œil. Bruxelles n’est pas en France.
Le père Marti/. — Tiens, c’est drôle! j’y ai cependant do fortes relations.
Le fils Mari'/. — Uni; vos anciens clients : Dupont le notaire que vous avèz défendu lorsque vous illuminiez le bureau de Carcasonne du tlambeau de votre éloquence ; Lebouc autre notaire et autre escroc que vous défendîtes pareillement. Us habitent Bruxelles oii ils se sont mis à l’abri des conséquences de vos plaidoiries. Mais cela no fait pas que Bruxelles soit française. C'est lu capitale du royaume de Belgique.
Le Père Marti/. — Tant pis pour Bruxelles! Entre un roi ot une République gouvernée par Carnot et le ministère Casimir Poriorj dont jo suis, il n’y a pas à hésiter. Bruxelles a mauvais goût, voila tout. Elle n’aura pas ina visite. J'irai ailleurs, à Perpignan par exomple. Là, banquet démocratique. Je bois a l’apaisement dos esprits. Après Perpignan jo me rends à Marseille ; banquet démocratique, jo bois à la marine. Le lendemain je suis à Lille; banquet démocratique, je bois au commerce, à l’industrie.
Le fils Marti/. — Vous buvez beaucoup, mon père. Souffrez que je vous suive nanti du manteau de Japhet, pour vous couvrir dans le cas où les vapeurs du vin vous joueraient le même tour qu’à Nom
Marty
lia
temp-
Le fils Marty. — Frésowptif, s’il vous plaît
Le père Marti/- — Présomptif, soit ! Placé par. la volonté du peuple à la tété du pouvoir exécutif, je dois donner l’exemple do l’obéissance aux lois, même à celle du dictionnaire. Donc rassurez-vous, jeune présomptif.
l,e fils Marty. — Dans ce cas il faut dire : présomptueux.
Le père Marty.
%dticoles.* ia'Ke , ... .
.le veux frapper un grand eonp et prouver que lu politique de sagesse inaugurée pav Spuller et Perier u’a pas do dessous.
Le fils Marty. — Prenez garde, vous allez chagriner Turrel.
Le père Marty. — Qu’importe le chagrin d’imc vague humanité comme celle de Turrel, si le geste est beau !
L’entretien prend lin sur oetti r m w d t poète qui (ut récemment victime des entremets de la maison Foyot.. M. Marty lit comme il l’avait annoncé. Le dimanche il prêchait l’Esprit Nouveau à Carcassouno. Il allait poursuivre te cours de sos banquets lorsqu’une indigestion le cloua sur son lit de douleurs. On remarqua une hausse sensible dans la vente des vins do 1 Aude et une baisse sur le prix dos engrais. . ,
Malheureusement la viticulture n’eu continua pas moins tle gémir. Encore une mécontente !
El le socialisme ricanait dans son coin, I infante .
pas! Jo vais écouler les i
sde nos vigdes e