‹ Le chambard socialisteChapitre 244 sur 412 · L. J. R. St-Savino. — Il ne manque rien, merci · texte numérisé non relu

L. J. R. St-Savino. — Il ne manque rien, merci

Th. Gén. La Oiotat. — Oui, contre l franc on bon de p* Lernoux, Bruxelles. — Comment so fait-il qu’il

Réponse u dépôt.

\A PETITE REPUBLIQUE

Journal socialiste

Rédacteur en chef : A. MILLERAND

PRINCIPAUX RÉDACTEURS

IL Ha ■■ diii, J. Gncsdc, .1. Jaurès, Clovis Hugues, Camille I»ellelan, fi. Ronanet, Marcel Seinbat, IL Vaillant, René Viviani, députés;

.1. Allciuane, Paul Brousse, Henri ltrissae,

I,. Riilireuil, IL Fournièrc, Hérault-Richard, Albert fioiillé, V. Jaelard, II»nri Pellicr, Georges Renard, Henri Turot, etc.

lf, numého 5 centimes le numéro EN VENTE PARTOUT

Fermant la marche, une charrette devant laquelle les cris redoublèrent.

C’étaient tes blessés.

Blessés sur 1e champ do bataille. Blessés le long de la roule, a coup de sabre ou à coup de crosse, retardataires ou réfractaires, ceux qu’un moment de révolte avait secoués, et qui l’avaient payé d’une estafilade ou d'un coup de pointe, quand le revolver n’avttn pas joué. ....

Plus tard, nous en verrons bien d’autres, lorsque, sur 1 ordre de lours vainqueurs, tes prisonniers, décimes, devi

nos la ft

u „u bord do laquelle ils serodt fusillés.

, qui demeura à Versailles pendant les deux

delutte, a v„ „„ j-..., - . , ,

comme il l’appelle, dont la main avait cto separeo en deux par un coup de sabre — un magistral coup de sabre, comme celui de Flourens — donné par un gendarme de l’escorte.

L’infortunée avait voulu fuir. Rattrapée, elle résista. Le gon-

tendîiVdtf te^onno Ville, qno lus doigts, détachés, p.-ndnioitt do chaque côté. La main avait été fendue jusqu’au poignet.

No changeons pas une parole à cet effroyable récit :

Lo sang ruisselait par la fente béante, raconte le témoin,

comme par un tuyau. Ou voyaitUes deux lambeaux séparés pendre au bout du bras. La malheureusè ne put faire que quelques pas. Elle allait tombersur la route lorsque le sous-officier lui dit de monter dans la carriole. Elle fit un effort. Elle posa le pied sur lo marche-pied, et saisit le bord du véhicule avec la main qui n’otait poiut blosséo. Elle ne put s’enlever seùle ; on la souleva. Par un mouvement instinctif, elle chercha, de sa main ganclie, la barre du devant. Je vis deux horribles mains, l’une de trois dotgts et l’autre dé doux doigts seulement, décrire une courbe en répandant du sang Lo mouvement les lit so fondre et su disjoindre. La femme poit'sa mi cri et retomba sur tes roues. On la ramassa évanouie et on la coucha dans la eariolo parmi les autres bles-

Voilà, entre mille, tes spectacles dont on so réjouissait a Versailles et qui soulevaient de dégoût quelques rares spectateurs.

— . de ne point citer lo récit' célèbre de Théophile Gauthier. L’unie' île pierre du poète ne s’est pus autrement émue de ee spectacle effroyable. L’olympienne indifférence du maître ès-siyle, n’a rien à voir dans eo terrifiant tableau, qu’un motif de chronique délicatement ciselée, dont la vérité so dégage toutefois, sceptique et accusatrice. Nous sommes sur la place d| Armes. O'est le spectacle de tous les jours. Lo maître a donc pu effiler à son aise son magistral pinceau, y jeter, en connaissance de cause, les tous gris ou rouge, les couches de poussière de la route ou les traces de sang des blessures. • , ,

« O’élait — écrit Théophile Gauthier — une halte do pnsonuiors qu’une escorte conduisait n Salory. U faisait ce jour-là nue chaleur à moitro les cigales en nage. Pas un soulio d’air, pas un nuage

au ciel. Lo soleil versait sur la terre des cuillerées do plomb fondu Oes malheureux, amenés dos portes de Paris, à pied, par des hommes à cheval qui los forçaient involontairement à presser lo pas, fatigués du combat, en proie à d’affreuses iranses, haletants, ruisselants de sueur, n’avaient pu aller plus loin, et il avait fallu leur accorder quelques testants de repos. Leur nombre pouvait s’élever de cent cinquante à deux cents. Ils avaient dû .s'accroupir ou se coucher à terre, comme un troupenu de beufs que leurs conducteurs arrêtent à l’entrée d’une ville...

« Chose étrange, parmi ces monstres so trouvait une charmante fillette de treize à quatorze ans, à la physionomie candide et virginale, blonde, vêtue avec recherche ot propreté d’un veston bleu clair à soutaclies noires, et d’une jupe blanche, courte comme celles des très-jeunes filles, laissant voir des bas bien lires et des bottines élégantes, quoique .poudreuses. Quel hasard avait mêlé ee petit ange à ces démons, celte pure fleur à ces mandiwores ? Nous n’avons pu te comprendre. Personne no le savait cl notre point d’interrogation est resté sans réponse. ,

« Un pou en arriére, sur un chariot, sur uno prolonge, était couché sur le dos, avec une raideur cadavérique, un vieillard u graudo hardie blanche, dont le crâne reluisait au soleil comme un casque. Quoique immobile et dessinant tes ligues anguleuses d’une statuo allongée sur un tombeau, il u’étaii pas mort cependant, ot dans son œil qui palpitait sous Pavonglanto lumière, vivait un regard noir de tenue irréconciliable et de rage impuissante. Rien diTplus effrayant que ee Nestor de la révolte, que ee patriarche de l’insurrection, à la fois immonde et vénérable, et qui semld ut ur les barricades... ^ ’ ’U 1 ’

poser pour 1e pore eternel sur l O impeccable et sceptique p< t-il fuit battre aucun libre de v Continuons la citation. Elle mit le taire ationn autre récit

e pour-

« Une soif ardente, inextinguible, brûlait oes misérables, altères par l'alcool, te combat, la route, la chaleur intense, la fièvre des situations extrêmes et les offres do la mon prochaine, car beaucoup croy

iu bout do leu

a fusillât!'.

„ ., ... „..jstataiion, sont à retenir.

« Us' haletaient et pautelaient comme des chions do chasse, criant d’une voix enrouée et rauque, que ne lubrifiait plus la salive : de l’eau ! de l’eau ! de l’eau !...

« Ils passaient loin' langue sècho sur leurs lovros gorcous, mâchaient la poussière entre leurs dents et forçaient leurs gosiers arides à de violents et inutiles exercices de déglutition. Certes, c’étaient d’atroces scélérats, des assassins, des incendiaires, pou intéressants il coup sur, mais, dans cet état, des bêtes memes eussent inspiré de la pitié. Des âmes compatissantes apportèrent quelques sceaux d’eau. Alors, touto la bande se rua pelo-molo, se heurtant, so culbutant, se traînant à quatre pattes, plongeant la tète à même lo baquet, buvant à longues gorgées, sans faire la moindre attention aux horions qui plouvaienl sur eux, avec des

peine a retrouver

gestes d'une animalité pure, où Pop i l'attitude de l'homme... »

•Fermons cette pago lngubre. Beaucoup se sont pâmés devant l’admirable forme littéraire. Nous ne pouvons y voir qu’un témoignage cruel, que nous nous serions bien gardé de ne poiut

Un mois plus tard, lorsque « lu geste d'animalité pure » dont parte Gauthier aura fait son chemin, 1e « camp des Barbares» verra des choses que l’histoire n’a point encore enregistrées, et qu’nu Michelet do l’avenir tirera peut-être un jonr du l’oiubre et de l’oubli.

Une brochure que j’ai ici sousles yeux renferru s les dépositions des anciens prisonniers des Chantiers, alors qu'y régnait en maître le communiant M... Voici l’horrible histoire que raconte uni

« ... De nos cavos, nous apercevions les prisonniers qui plissaient en corvée. Us s’arrêtaient non loin de nous. On leur faisait creuser de grands trous. C’était leur fosse. Ensuite on les fusillait là . Je m’efforçai vainement d'empêcher ma compagne de regarder. La veille de notre transfert aux Chantiers, elle vit passer son mari. Elle le vil creuser sjt fosse. Elle l’entendit fusiller.

« On ne dépeint pas uno pareille agonie. Elle était blanche et mûolte. Aux crépitements de la fusillade, elle s’évanouit. Lorsque nous arrivâmes aux Chantiers, elle n’avait, encore rien dit, ot, pendant quelque temps, elle ne desserra pas les dents.

« Ce jonr-là, M... nous passa eiurevne avec sou insolence habituellu ci s’arrêta dovaut ma pauvre compagne. II l'interpella grossièrement, lui demandant sou âge. Elle lo fixa d’un regard vague; puis, doucement, tristement, elle cria : « Vivent les bleus! vivent

» ... Elle était très douce. Sa folie — l’horrible scène de la fusillade l’avait rendue folle — consistait à répéter do i -mps en temps : Vivent tes bleus !

« M... la fit descendre la nuit dans la cour, et, après lui avoir administré une volée do coups de canne, il la fit frapper encore

is argou

Plus~dc dix fois, M... lui infligea cotte horrible correction. C’était toujours la nuit qu’il la faisait descendre dans la cour, et là, R la battait jusqu’à la laisser pour morte. Un soir enfin, il la lit jeter dans le. manège oii los détenus prenaient leurs bains. Ni 1e lendemain, ni les jours suivants, ni jamais, nous n’avons revu uotre malheureuse compagne... »

Aux beaux jours de la semaine sanglaute, un Anglais, lord R..., mis en veine par l’atmosphère do sang qui montait du champ de bataille, cherchait à acheter, à coups de dollars, la peau d’une pétroleuse fraîchement fusillée, qu’il voulait faire tanner pour en recouvrir deux volumes de son choix. L’Anglais s’étonnait, à lion droit, des refus qu’il essuyait. 11 clair, cependant bien — on 'ne lo niera pas — - dans lo mouvement.

lUn vieil insurgé.

(La suile au prochain numéro.)

BUREAUX

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Satirique, illustré, paraissant tous les samedis Rédacteur en Chef: GÉRAULT-RICHARD

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