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LA MARATRE

Le lundi de Pâques est pour la colonie espagnole d’Alger, un jour solennel. Tous les Hispano-Algériens se donnent rendez-vous an bord de la mer, depuis Hassim-Dey, j’usqu’à Sidi-Ferruch. Ils sont tous là, petits et grands, jeunes et vieux, riches et pauvres. Ils fêtent la traditionnelle Monu (mouna).

Cette fête tire son nom d’un gâteau confectionné pour cette solennité. Les familles amies se réunissent et s’en vont, dès l’aube, dans les carioles bondées de vieillards, d’enfants, de femmes, de vivres, de harpes, de guitares, de mandolines et de castagnettes. Les jeunes gens vont a pied quelle que soit la distance. Les seuoritas ont revêtu leurs plus beaux atours, leurs jupes les plus voyantes, leurs mantilles les plus coquettes. Les hommes ont une « capa « très propre, une ceinture mirobolante, un « sombrero » tout neuf. Tout ce monde est calme, souriant, heureux.

A peine arrivé, on s’installe. Puis, les hommes se livrent à l’inoffeusif plaisir do la pêche à la ligne, les vieilles apprèteni le repas ; les jeunes causent sur les rocs ou dans l’herbe, cueillent les Heurs des champs et jacassent.

Mais « l’ancien » donne le signal. On prend place autour de la nappe blanche tendue sur le sable ou sur le gazon ; on mange de tout, on boit surtout ; au dessert, la plus âgée apporte le gâteau, la monu , qu'elle découpe solenellement, puis la passe à l’ancien qui, avec une majesté comique, prend deux morceaux, en remet un au novio (le prétendant), et l’autre à la novia (la désirée). 11 y a toujours un novio et une novia.

Les fiançailles- sont faites. Le novio embrasse la novia, les hommes trinquent, les vieilles enlèvent la nappe, et tout le monde danse.

Comme les immigrants espagnols viennent, pour la plupart, de Valence, d’Alicante, de Palma, de Malion. il s’en suit que los danses espagnoles sont partout les mêmes dans le département d’Alger.

Les Malionnais et les Mayorquins dansent un semblant de fandango à deux, femme et homme, tout comme les AGlicantais et les Valenciens.

Les liguros de ce fandango, empruntées à l’andalousie, sont très simples. Elles constituent une sorte do vis-à-vis, dans lequel danseur et danseuse doivent rivaliser de grâce, on allant, venant, puis en agitant los bras en Pair, et prenant los poses que nous voyons imiter par nos ballerines dans Carmen, le Cid, la Cigale Aladri-

Qui se douterait qu’en ces jours de radieux printemps, des êtres humains songent à mourir et disent un volontaire adieu à la vio?

Le bonheur coûte si peu ! Tant de joie court dans l’air, tant de bonté fait palpiter la nature, que l’on croirait la douleur à jamais disparue de notre planète.

Eh bien, ce bonheur si facile est refusé à beaucoup. Cette joie leur est misère. La faim, l’horrible faim los martyrise ; le paradis entrevu est changé pour eux en un enfer.

Dans une soûle semaine et dans le seul Paris, cinq suicides ont fait huit victimes. Une mère et son fils menaoés d’être jetés à la rue. Un homme et une jeune femme cherchant dans la mort — mort horrible, sous un train ! — un refuge contre la prison. D’autres, d'autres encore, relancés jusque dans les reooins sombres de la désespérance, qui préférèrent le saut dans le néant à l’existence suppliciante que leur réservait cette société marâtre.

Et pendant ce temps là, joyeux, inconscients, pleins d’ivresse et d'ignominie, des misérables, qui n'ont de l'homme que le vontre, se rient de pareils crimes, célèbrent l’argent et disent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et ils s'imaginent que ça durera toujours ! Aussi bêtes que canailles !

CORRESPONDANCE

Job. — Votre pièce est intéressante, mais lu place me manque pour insérer des vers.

P. B. — Grand plaisir à vous voir.

E. P. — Amusant mais je craindrais que l’ironie 11e fût pas clairement saisie. Vous trouverez la lithographie chez Kleinmann, 8, rue de la Victoire.

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