‹ Le chambard socialisteChapitre 285 sur 412 · DANS LES LILAS · texte numérisé non relu

DANS LES LILAS

Printemps cl lilas. — Le parc de Neuilly. — La place es) toute chaude.' - Croix roiti/es et ambu lancées. - U « Chant du départ » et le « Sire de L iclUan-Khan » ■ - Le square de la Tour Saint-Jacques. - Ali.' les beau* toi; aands ! — Les femmes de Trasmene. — Le cactus homicide. — La barricade de la rue Perronnet. — Les francsmaçons et la paix. — Reprise des hostilités. — Grande felc à Versailles. — Les canons d Issy et de \anves. — Les députés de Paris applaudissent . — Le canon du journal « le Siècle ».

... Tons les jours le même et poignant >pectaclc. Les bataillons „„i a, fllp.nl les uns retournant du combat, les autres s en allant aux rànuSè;. Au loin gronde le canon. Pour peu que l'on s’approche des remparts, nn entend crépiter la fusillade.

Le ciel est d'une impeccable pureté. Cos deux mois de révolte on 1

été exceptionnellement superbes. Si on ne les “ °“®

uniformes tachés de boue — la boue glorieuse des , ...

distinguerait facilement les delachements qui reviennent de la bataille aux branches de lilas <[ui fleurissent les fusils.

— Admirable, le parc de Neuill.v - .ne raconte un ^commandant de ...PS amis relourdes avant-postes — merveilleux. Tout est en lleurs. Nous passons la nuit dans desserres d'une extraordinaire richesse, ■sous des bosquets où fleurent le chèvrefeuille cl la pervenche...

— Et où te battais-tu?

— Mais, là-bas, tout près (le la rue Perronnet.

Et s'interrompant brusquement pour interpeller, avec un joyeux éclat de rire, des fédérés qui passent, drapeau déployé :

— EU! bonne chance, camarades! Vous trouverez la place toute

^Nous étions rue de Rivoli, et nous avions croisé le 147- bataillon qui venait très probablement de faire la traditionnelle visite ù 1 Hôtel de Ville, avant de partir au fou - à la victoire, ouu la mort.

Précédant lo bataillon, une douzaine d infirmières, la croix rougt de Genève au bras. Pauvres filles - la plus àgee na peut-être pas

§’EST LE jp-GPULO

Quoiqu’on prétend' qu'il n’y a qu'un’ seul' classe, Les uns turbin’nt, ies autr’s ne foulent rien ;

L’ travailleur est toujours dans la mélasse,

N’ consommant pas, s’esquintant comme u L: premier qui rogn’ sa portion,

— C’est I' patron.

Qui la r’chip’ presque en entier ?

— C’est 1’ rentier.

Qui la tui r'gratte en passant ?

— L’ négociant.

Et qui l'agrippe en dernier ?

— C’est I' banquier.

Il reste juste la peau

— Pour le populo.

Fils de bourgeois ou fils de prolétaire.

Astreints tous deux aux mêm’s devoirs sociaux. Quand il s’agit du servie’ militaire,

Voici comment vos deux sorts sont égaux :

Qui réform’-t-on pour fluxion ?

— C’est 1’ patron.

Comm’ pied-plat qui s’ fait charrier ?

— C’esi 1' rentier.

Qui profit’ d’ l’ajournement?

— L’ négociant.

Qui command’ comme officier?

— C’est 1’ banquier.

Qui seul porte le flingot ?

— C’est le populo.

Au travailleur on reproch' tous les vices ;

On I’ dit ivrogne, immoral, dégoûtant 1 L’ bourgeois, par contre, à des besoins factices Jamais — dit-on — ne s’adonne.,, et pourtant : Qui est-c’ qui boit I’ meilleur picton ? — C’est 1' patron.

Qui qu’est chaud comme un levrier ?

— C’est 1’ rentier.

Qui s’ pay’ des femm’s à l’av’nant?

— L’ négociant.

Qui sait I' mieux les prostituer ?

— C'est I’ banquier.

Et qui traite-t-on de salop ?

— C’est le populo !

Les bons avis pourtant ne sont pas rares, Tout’s ses passions on devrait comprimer, Quoiqu’ les bourgeois fument de bons cigares, Les travailleurs devraient s’ passer d’ fumer. Qui les fum’ de dimension ?

— C’est I’ patron.

Qui fum’ du tabac princier ?

— C’est 1' rentier.

Qui fum’ des cigar’s d’un franc ?

— L’ négociant.

Qui les fume longs d’un pied?

— C’est I’ banquier.

Qui devrait n’ fumer que I’ mégot ?

— C’est le populo.

Quand l’ travailleur usant du droit de grève Se crois' les bras par solidarité,

Dame Justice aussitôt prend son glaive Pour le punir de sa témérité.

Qui dit : « Qu’on 1' fourre en prison » — C’est 1' patron.

Qui reprend : « Faut le châtier ! » ?

— C’est 1’ rentier.

Qui est-c' qui le trait’ de brigand ?

— L’ négoèiant.

Qui voudrait l’ voir supplicier ?

— C’est P banquier.

Qui qu’est toujours le ballot?

— C'est le populo.

Nouvelle militaire

Le ministre de la marine, dont on connaît l'esprit d'initiative, vient, à ee que nous annoncent les journaux officieux, de rendre la boussole aux bataillons d'infanterie de marine.

Ah çft! ils l’avaient donc perdue! Je ne metonnoplus que "’D'aifieuraJe doute que ça marche mieux, même avec la boussole.

Tout petit, pas plus haut qu une botte, fi se moiitiait déjà .i tous les passants. Sa nourrice avait beau lui défendra de si mettre â l'air, il relevait continuellement un coin de son vélum et s’exhibait impudiquement. Ç’.a lui valut un magistral coup de soleil sur la joue gauche et une ophtalmie purulente que Ricord, malgré sa science, ne put jamais radicalement guérir.

Uu jour, entre les deux boites â lait de la brave femme qui avait pour mission fie le sustenter, Q laissa échapper uu ver» solitaire :

Nounou, Q-Q sera magistrat comm' son père!...

Les parents du petit Rectum furent considérablement épatés et en même temps, convaincus — de Beaurepture — que la voix de Dieu se misait entendre par l’orifice... buccal du jeune Croupion. Aussi décidèrent-ils de le bourrer d’articles des codes civil, pénal et criminel. Le premier serait administre eu allusions, le second ou lavements, le troisième en injections.

Bientôt Q-rare fut à point. 11 connaissait, à dix ans et quatre mois, les sept cent trente-deux mille articles des difierents bouquins qui servent ù soutirer les écus — de Beaurepane — de la poche des naïfs pour les faire tomber dans lg poche des magistrats. , „ , ... „„

O continua de baiytonner jusqua 1 âge de vingt et un ans. époque â laquelle il attrapa une pernicieuse fievre suppurante qui le rendit aussi chauve, aussi sec, aussi moisi que son vieux copain « le Petit Père-la-Purteur ». Il pleura, a chaudes larmes, sa toison disparue, poussa des... soupirs à fendre son aine, essaya de tout, dans r espoir de voir renaître le cresson sur le O-'lot déplumé, avala du Q-bèbe, s’empiffra de Q-Q-rbitaces, firmiiota du O'-min, — le tout en vain. Alors, Coccix, voulant vivre loin dès siens, sollicita du gouvernement une chaise Q-rule ignorée, l’obtint, et alla vivre à Saint-Q-Q-fin .

Dans cette localité, Ecrouelle resta tout d’abord solitaire. Personne n’osait s'approcher de cette chose étrange, nue, tannée, néiforme. Mais, peu à peu, on la palpa, on lui prodigua de bonnes claques amicales. Les Saints-Q.-Q.-Finois prétendaient que ça portait bonheur, et ils n’auraient bientôt plus lâché leur Soldés pour tout l’or du denier de Saint-Pierre.

Sphincter devint une curiosité. Les touristes venaient le voir, les femmes stériles lui faisaient brûler des cierges, les maris co-Q retrouvaient chez lui le bonheur perdu.

Mais hélas !...

Les gens néfastes, méchants, hargneux qui nous gouvernent, avaient reconnu en N’a-Qu’un-Œil, uu gaillard prêt a faire toutes les besognes malpropres, capable de trouver de faux témoins, de fabriquer de fausses pièces, de condamner

vingt ans — la croix d'ambulance ne les protégera pas contre les horreurs de la guerre civile. ( tantinières ou ambulancières, que Ton serve îles petits verres ou que Ton panse les blessures, c'est tout un . 1 ouïes des garces! clament à Versailles les belles marquises.

Après elles, doux fourgons, numérotés au numéro du bataillon. De gros fourgons verls que tache un écusson blanc crucifie de rouge. Un drapeau blanc avec la croix de Genève à l'avant. Et les hommes qui suivent ne sont point autrement émus. Ils seront peut-être couchés là-dedans demain, écharpés et saignants. Pour l'instant, ils sont tout â l’action prochaine. Ce qu'ils voient, ce n'est pas le drapeau d hôpital. mais l'étendard rouge aux franges d'or qui llolte sur la nappe bleue du ciel. . „

Deux autres bataillons suivent, le 84“ et le Uo». -es musiques iouonl le Chant du départ. Tout à l’heure, elios se tairont, ponr laisser chanter les clairons. Mais celle rois, sur une note autrement gaie, que les combattants accompagneront â pleine voix, comme aux jours du siège ;

C'est le sire de Fich-lon-KhaU Qui s’en va-t-en guerre...

Dans les rangs, quelques-uns ont arboré leurs insignes maçonniques. le large ruban bleu en sautoir, avec des temples brodés dor, des triangles, des compas. Paix et fraternité !

A côté, contrastant avec leurs visages sévères, de tout jeunes gens, presque des gamins. Souvent leurs fils. Tout le monde en est de la Commune. SL Ton pouvait, aujourd'hui que les os sont saches et le sang envolé à travers le gazon, découvrir les jardins, dépaver les boulevards et les quais, creuser les coins isolés où se multiplièrent les exécutions, c'est par milliers et par milliers que l'on retrouverait les vestiges de cette multitude disparue dans le massacre final.

Hier encore — il u'v a de cela qu'une dizaine do jours — en creusant une tranchée dans l'horrible charnier du square de la Tour Saint- Jacques, les ouvriers heurtaient de la pioche, presque il fleur de terre, tes ossements blanchis dos victimes de la grande hécatombe.

H v a vingl-trois ans, on les avait empilés, morts ou râlants, dans .les fosses creusées à la lutte. Les bras sortaient. La nuit, des gémissements s'échappaient. Les sentinelles, affolées, se réfugiaient, ramifiantes sous les voûtes do la salle basse do la Tour.

Ne me dites pas que c'est faux. J'ai vu les montagnes do cadavres, le soir à jamais maudit du jeudi 25 mai 1871.

C.o jour là, le sang pissait dans la Seine, s'échappant en ruisseau delà cour de la caserne Lobau.

Ges choses lugubres n'étai chantant qu'ils partaient a joyeux, prêts à retourner à !

mt point encore survenues. Et c'était en i combat. Ils on revenaient également l morl, l'âme pleine d'allégresse et de

Sur la place de THôtcl-de-Villo, les bataillons défilaient chaque jour, et c'était chaque jour de nouvelles acclamations, de nouveaux serments de vaincre ot de mourir. •

.le me rappelle, entra autres, la semaine qui suivit la première ren-

contre, le retour d'un bataillon, tl'une masse d'hommes plutôt, à peine équipés, â peine armés.

Ah ! les beaux brigands !

Point d’uniformes. Parfois point de képis. Des vareuses du siège, usées, loqueteuses, des pantalons de toutes couleurs, serrés dans la botte, effilochés sur de vieux godillots, des bérets, dos bonnets fourrés, des casquettes, dos fusils fl piston, à tabatière, quelques rares chassepots.

D'où sortaient-ils? Quel numéro? Quels élaient leurs chefs? Qui lu savait, qui le saura jamais?

Ils étaient l'innombrable et à jamais invincible armée des misérables. Et comme ils hurlaient, sous les fenêtres de la Commune déjà installée, un « Vive la Sociale» retentissant à faire éclater leurs poitrines demi-nues !

Plus tard, lorsque la Commune aura pris les dispositions nécessaires, les bataillons défileront, avec autant d'enthousiasme certes, mais mieux équipés, lo drapeau rouge frange d'or, comme une véritable et martiale armée. A leurs acclamations, deux ou irois membres de rassemblée communale descendront, viendront donner l’accolade aux com-

' **— Allez, araiBt combattons pour le droit, pour la justice, peur ceux qui viendront après nous !

Et ils s'en iront joyeux, allumés au cœur de cette flamme qui fait les croyants et les héros.

— Quelques jours de repos seulement, et nous reteurnons, disentils. Le temps d’embrasser nos femmes...

Mais les femmes sont parfois là. Elles ont voulu le suivra le mari, l'amant, lo frère...

C'esl duo les femmes, elles aussi — je parie de celles qui n'elaient pas du peuple, bourgeoises ou peut-être même plus encore — ne pouvaient s'empêcher d'applaudir à tant d’énergie et à tant de courage.

Un soir, j'étais seul au Père Duchène, dans l'étroite échoppe qui nous servait do bureau. .T’entends frapper discrètement à la porte. Je me retourne, et je vois, dans la pénombre, une silhouette noire.

— Citoyen... ...

La visiteuse a pris un siège. Le costume est correct, l’air distingué. Elle n'a point enlevé son voile, et je no sais, ma foi, si je dois l'appeler « citoyenne ». Ce vocable révolutionnaire va peut-être la froisser. A quoi bon?

Mais voici que la visiteuse dépose sur ma labié une bourse, qu'elle ouvre, et dont elle lira une poignée de bijoux...

— Monsieur, prenez-les, vendoz-les, et versez en le produit aux

— Mais, madamo, impossible...

Je n'eus pas lo temps de continuer. La dame voilée a disparu avec uh salut rapide. Force me fut de conserver les bijoux, que je serrai précieusement dans ee qui nous servait de caisse, ayant comme un vague espoir qu'un jour prochain, je connaîtrais le nom de la dona- Irice, et que je pourrais lui rendre son offrande.

La défaite vint avant que j'aie pu recueillir aucun renseignement.

les libertaires et d’acquitter les chéquards. Ils mandèrent Cyclope dans la capitale et lui dictèrent des jugements.

Naturellement, le Trouûgnon public se mit à la disposition entière de ses maîtres les ministres, qui s’en payèrent à... cœur-joie. Pidon fut très infâme, ce qui lui valut, ces ‘jours derniers, les compliments de son patron direct, le vieux cambrioleur, qui termina ainsi son speech :

— Vous avez été adroit, superbe, magistral, mon cher Néo. Il y avait là besogne pour deux et vous vous eu être fort bien acquitté tout seul. Ce qui prouve, aimable Q-vette, que tfentesix magistrats font dix-huit Beaurepaires !

E. Violard.

Froussagnac

Après avoir, pendant vingt ans, vécu sur une réputation usurpée de bravoure, Cassagnac bat en retraite et prend la sienne. L’âne devenu vieux, ne rêgimbe même plus aux coups de pieds des roquets.

11 faut raconter l’histoire. Un rédacteur du Journal, Jules Huret, interviewait l’autre jour, Laurent Tailhade, ce poète amoureux et victime du beau geste dynamique qui maltraita assez sérieusement le mange-tout Cassagnac et le verdâtre Arthur Meyer.

Dès le lendemain, V Autorité ripostait par une note aussi anonyme que grossière, où l'interviewer et l’interviewé étaient dédaignés pour le directeur du journal, M. Xau, qu’elle traitait de bas en haut.

M. Xau envoya ses témoins à Cassagnac. Cassagnac se déroba et désigna l’un de ses collaborateurs comme l’auteur responsable des injures. Or, pour tous ceux qui connaissent le styde poissard et platement insipide du grand macaque, le doute n’etait pas possible. C’était bien lui l'insulteur, lui qui, par conséquent, en devait rendre raison.

Mais si, contrairement au chocolat nourricier d’Yves Guyot, Cassagnac ne blanchit pas en vieillissant, il devient d’une lâcheté croupissante. Autrefois il gueulait très fort pour cacher sa frousse. Aujourd’hui il ne peut même plus donner de la voix, autrement que par en bas. C'est dire qu’il a l’haleine plus mauvaise que la plume. M. Xau eut beau le provoquer de toutes manières, le tourner et le retourner pour le couvrir de coups de bottes, le misérable subit toutes les avanies sans protestations.

Cet aveu d’une lâcheté qu’il avait cachée si soigneusement jusqu’ici, édifiera probablement les derniers naïfs. Il est dû à une cause assez amusante pour qu’on la révèle.

Voilà quelque quinze ans, Cassagnac, qui, en sa qualité de nègre dégénéré, croit à toutes les sornettes de magiciens, somnambules et autres diseurs de bonne aventure, consultait une extra-lucide.

— Vous avez eu plusieurs duels heureux, soupira la mégère d’un air inspiré, mais méfiez-vous. A la prochaine rencontre, vous recevrez une blessure qui mettra vos jours en danger.

Depuis ce temps, Cassagnac but toutes les avanies, essuya placidement tous les camouflets, encaissa tous les coups de pieds au derrière. Il se rappelle la lugubre prédiction. Il a peur, le lâche. Lui qui se donne comme l’envoyé de Dieu, il tremble à la seule idée de l’enfer, où pourrait l’envoyer l’indiscrète épée d'un adversaire. Il se voit suffisamment fumé sans cela.

Ce n’est plus Cassagnac, c’est Froussagnac qu’il doit œ nommer.

CORRESPONDANCE

Carlus. — Vous me demandez une réponse par retour du courrier et vous oubliez de me donner votre adresse. Une chanson de route Trop vieux, n'a pas été mise en musique. Utilisons votre envoi.

Bernard Georges. — Adressez-lui votre demande à la Chambre, il se fera un plaisir de vous adresser la pièce en question.

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