LES ASSERMENTÉS
Les tribunaux ne reconnaissent, à la vérité, qu’une sorte de témoignages : ceux dos agents assermentés.
Lorsqu'un homme a prêté serment de fidélité a un gouvernemen l quelconque, parfois à plusieurs gouvernements consécutifs, ce qui prouve la sincérité do sa parole, les magistrats infèrent qu'il ne peut
Or, il ne se passe guère de semaine sans que, devant un tribunal quelconque, des assermentés comparaissent sous les accusations les plus graves.
Voici un cas de ce genre. Mercredi dernier, la cour d'assises de l'Yonno a condamné à huit ans de travaux forcés, pour incendie volontaire, lo garde champêtre révoqué de Villiers-sur-Tholon, Léon Bouillant, qui au mois d'août dernier, avait déjà comparu devant les assises sous l'accusation d'empoisonnement. Il avait été acquitté.
Pour se venger do son beau-père qui avait encouragé sa femme à quitter le domicile conjugal alin de so soustraire aux mauvais traitements dont olle était l'objet et à plaider en divorce. Bouillant mit le fou à la ferme du vieux paysan, après avoir mutilé tous les arbres du jardin.
Ainsi il a fallu que l'individu en question commit deux crimes pour qu'on se résignât à lo condamner.
C'est dire ce que pouvaient valoir ses témoignages qui furent sans doute préférés à ceux d'honnêtes gens. Et il est probable que bien des malheUretlx lui valurent leur condamnation.
Le drôle était assermenté!
Les bureaux du CHAMBARD sont transférés
Nous prions nos abonnés qui n’ont pas encore réglé le prix de leur abonnement, de nous l’envoyer sans retard en un bon de poste, afin d’éviter l’interruption de leur service.
L'Impr imeUr-gérci n t .- Gérault-Richard, 123, r. Montmartre.
PRIX DE FABRIQUE — CHOIX CONSIDERABLE
Comptoir Général
Suspensions LAMPES COLONNE Brome d' Art
et d'AmeuWement 9 boul* POISSONNIÈRE (Ce Marbres
Sentier) PARIS.
ENVOI FRANCO du TARIF-ALBUM
Bijouterie
JOAILLERIE
Orfèvrerie
Coutellerie
BORLOüEJllB
— Tu ris, loi, petit... me lança Courbet, tout sérieux.
Ab! si je no riais pas à gorge déployée, c’est que je me pinçais les lèvres à les faire saigner. A côté de moi, je voyais lo nez en trompette do Vermerscli qui remuait de rigolade contenue. A la Un, je n’y tins plus, et nous nous en donnâmes tous deux à cœur joie.
La lettre que nous montrait Courbet était uno de ces missives idiotes comme on est exposé à en recevoir aux jours de luttes semblables à celle au milieu de laquelle nous vivions tous. Le correspondant imbécile, ou simplement fumiste, menaçait Courbet do toutes les foudres do l’univers, si la colonne tombait...
Le jour où « mou vieil empereur » tombera, écrivait-il ou à peu
près, le fil do tes jours sera tranché, misérable, assassin, etc...
Courbet nous «11 montra ainsi un paquet. Sur l’une, on menaçait de le poignarder, la nuit, lorsqu’il rentrerait seul chez lui. Sur une autre, de le jeter à la Seine quand il passerait les ponts — il demeurait, sur la rive gauche. Un troisième lui prédisait la mort à table par le poison, etc., etc. Et c’étaient des signatures cocasses, des poignards en croix, des « vieux soldats de Napoléon I" », « des survivants de Sainte-Hélène », qui juraient do venger le vainqueur d’Austerlitz sur la peau du pauvre grand arlisto.
Nous rassurâmes de notre mieux Courbet.
Veux-tu que nous te fnssions accompagner par un piquet des
Enfants du Père Buchênet lui disions-nous. Ce sont dos lascards qui n'ont pas froid aux yeux, et qui se foutent un peu de tes vieux
Courbet finit par en rire avec nons. Il semblait complètement rassuré quand nous arrivâmes place de l'Opéra.
Une foule énorme emplissait la rue de la Paix. Au-dessus d'elle, droite dans lo ciel d’une pureté superbe — un ciel de Floréal — la colonne montait. Le drapeau rouge, fixé à la balustrade, voilait de temps à autre la face du César. Un triple cordage pendait du sommet, se rattachant au cabostan qui, tout-à-l’houro, allait tourner et attirer à lui le monument. Un grondement s'éleva de la foule. Etait-ce déjà la dernièae heure de la colonno?
Filons vite, me dit Vermeoscli. On dirait que ça branle !
Mais la masse humaine était compacte. Pas à pas, nous avancions. Nous entendions ce que disaient nos voisins. Peu do gens récriminaient au fond. La note dominante était la crainte de voir s'effondrer quoique chose. Et cependant, la curiosité les scellait aux pavés, ces timorés.
Ça va crever l'égoùt de la rue do la Paix, disait l’un.
— Si ça démolissait les maisons de la place . reprenait l'autre.
De la colonne elle-même, de Napoléon, de la Grande-Armée, d'Aus-
terlitz et de Marengo, rien.
Les boutiques étaient ferméos. Collées sur les carreaux, d bandes do papier en croix, pour amortir les vibrations.
Enfin, nous arrivâmes à la barricade qui fermait la pic présentâmes nos caries à ta sentinelle. Pondant qu'elle b nait, j'eus tout le temps de voir l'installation du cabestan, sol par uno ancre, et des deux poulies sur lesquelles e'enrou cordages fixés au sommet do la colonne.
Quant à la colonne elle-mèiho, j’avais grimpé la veillo sur son piédestal. Lo projet des entrepreneurs de la démolition était fort simple. La colonne, coupée « en sifflet* au ras du fût, du côté do la rue de la Paix, avait été sciée du côté opposé. L'entaille et la partie sciée représentaient chacune un tiers de l'épaisseur du tube de pierre — et non de bronze, le bronze ne formant qu'un mince revêtement. Par la manœuvre du cabestan, la colonno devait céder à sa base, et son sommet tomber lu premier sur lo lit dû’ fascines qui avait été préparé au-dossons d’ello. Le fût se brisait alors en deux ou trois morceaux. Ces prévisions des entrepreneurs' so réalisèrent complètement. La colonne, n'ayant que 34 mètres de hautour, ne pouvait, renversée, atteindre l'entrée do la rue de la Paix.
La barricade traversée, nous nous dirigeons vers la ministère de la juslico. Nous avons là nos meilleurs amis. Chaque matin, à peu près, j’y vais déjeuner. Oli ! un déjeuner très frugal, que chacun do nous paye trente sous. Le seul luxe me semble être les couverts d'argent aux armes do France, fleurdelysés, dont nous nous servons à table. La grande table est mise dans la salle du premier étage qui s'éclaire sur ta place, et dont je 110 me rappelle qu’un seul détail : une toile de Danliigny, un champ d'épis mûrs que sarcle une belle fille, avec un ciel très bas et un bouquet d'arbres.
— Un beau jour, je roulerai ce Danbigny, disais-je en riant àProtot qui présidait la table.
Avant do grimper l'escalier, je jeite un coup d'œil de commiséralion sur le pauvre petit Henri IV de Bosio, que les fédérés ont, aux premiers jours qui suivirent lo 18 Mars, jeté bas de son piédestal et planté, la tète ou bas, au beau miliou d'une pelouse. L'infortuné petit bronze est manchot, et lo foureau de son épée gtt à terre. Je m’accuse ici de l'avoir ravi, ce foureau. Lorsque jo fus délivré de la cour inare tîalo du Luxembourg, oû jo passai la journée du jeudi delà Semaine sanglante, jo lo donnaiau sergent qui me sauva, et qui s'empressa d'en faire présent à son colonol — eu lui affirmant que c'était, un morceau de la colonne !
11 y a foule dans la grande salle du ministère. Le balcon est déjà tout, occupé. Par les fenêtres largement ouvertes, la place apparaît, grouillante d'uniformes. Le soleil brûle les pavés. Debout, appuyé contre la balustrade do la colonue, un jeune commandant d'un de ces multiples bataillons de Vengeurs, do Défenseurs 011 de Turcos, on vareuse toute rouge, sur laquelle, resplendissants, scintillent une quadruple rangé do galons.
Aux angles de la. place, des musiques, dont on voit étinceler les
An dessous de nous, quelques membres de la Commune, Miot avec sa longue barbe blanche — une crinière de lion d'Afrique, disait Vallès, — Forré, dont les deux yeux brillont d'une flamme étrange, sous lo lorgnon scellé au visage. Avec lui, cause un petit vieux, aux gestes rapides, tout riant. On me dit plus tard quo c'était Glais- Bizoin. D'autres encore, dont plusieurs survivent.
Sur le piédestal, une demi-douzaine d'hommes, causant avec, animation, accroupis, interrogeant la fente énorme qui coupe la base du
— Encore quelques coups de scie, semblent-ils dire.
Et ta scie recommence à entamer lo tuf. Depuis longtemps lo bronze est coupé. Un léger nuage blanc s'échappe de la tissure.
— Çà va bien ! entendons-nous. On peut tirer...
Il est trois heures et demie.
On tire.
Murmures de déception. On dit qu'il y a des blessés, que l'on est trahi... On va chercher d’autres poulies. Une grande heure d’at-
Et Ton roule, dans un coin de la place, la lunette do l’astronome on plein vent, oubliée-là, et qui eut éli écrasée, olle aussi. Lu
... Cinq heures un quart. Sur le piédestal, des hommes enfoncent toujours dos cotes dansla blossure.au pied du fût.Le inons/tre résiste. Les musiques jouent la Marseillaise, La rue de Gastiglione, comme la rue de la Paix, est plaine do tètes qu'on aperçoit, grouillantes et hurlantes, derrière la barricade. U11 mouvement so fait dans celte foute. Les musiques se taisent. Un officier ost eu haut. Il enlève le drapeau rouge qu'il ramplaco pur un tricolore.
U11 frisson court dans mes veines. 11 me sorablo que la colonno bouge. Eu bas, 011 enfonce toujours les coins.
— Si In colonne allait s'écrouler. L'officier a [disparu, U descend l'escalier. Si, à cette minute, elle iombail avec lui!
Mais lo voici qui réparait, au bas des aigles qui regardent tout cola do lour œil figé.
Je pousse comme mi soupir de soulagement. Quelle folie m’a traversé ta cervelle! Ah! elle est encore solide, et pour sûr, le cable va se tendre en vain. Est-ce qu'on a pu la jeter à bas en 1814?
Devant mes yeux passo subitement comme un battement d'aile d'un oiseau gigantesque... Un zig-zag monstrueux... Ali ! je ne l'oublierai jamais, cette ombre colossale qui traversa ma prunelle!... Bonfl... Un nuage de poussière... Tout est fini... Elle est à terre, ouverte, ses entrailles de pierre au vent... Je suis sûr que bien des cœurs se serrent quand même. Monument arrosé du pleurs et du sang. Mais on nons Ta tant vanté, ce César glorieux...
Le voilà à nos pieds, gisant décapité, La Victoire, qui reposait sur sa doxtro, s’est envolée. On no l'a plus revue.
11 est là. Sous trois pas un enfant lo mosuro.
Depuis, on a raccommodé le César tombé et écrasé, mais la Victoire n'a point été retrouvée. Ou a dû on commander uno neuve...
Ua vieil insurgé.
(A suivre)
ÎO Centimes